Un système électoral quel qu’il soit doit être apprécié en fonction des dérapages qu’il peut générer pour une démocratie balbutiante. Lorsque la révolution Française lance le principe même du fonctionnement républicain elle s’accorde sur deux points : chaque individu peut accéder aux fonctions électives et on considère que chaque homme dispose d’une voix pour participer à la désignation des membres de la démocratie représentative. En fait il faudra attendre très longtemps pour que les femmes, dans un cas comme dans l’autre puissent participer à un scrutin ! En fait lentement ces principes sont mis à mal par des adaptations circonstancielles qui conduisent à de graves perversions des fondements de la vie collective.

D’abord il est utopique de croire que tout citoyen ou toute citoyenne peut être candidat à un poste électif car si c’est inscrit dans les principes dans la réalité c’est impossible. Si on prend les municipales le nouveau mode de scrutin prive dans les faits toute initiative individuelle au nom de l’efficacité ! Ainsi vous ne pouvez plus, dans  les communes de plus de 1 000 habitants proposer votre volonté de servir l’intérêt général ! C’est un fait indiscutable. Actuellement en milieu ruraL et même périurbain le seul souci des « têtes de listes » voulant absolument être élu(e)s réside dans la difficulté à… trouver des colistiers. La « chasse » aux candidatures factices est lancée et va s’accélérer cette semaine !

En fait c’est une perversion totale : l’élection est réglée dès que M. X ou Mme Y trouve des gens (conjointe, fille, fils, beau-frères, tante, oncle…) pouvant faire acte de candidature ! Il assure son élection personnelle avec la constitution d’une liste même totalement inapte à gérer ! Le dépôt des listes débute le 17 février et c’est le début d’une période d’ultime tractations. Il se murmure que le FN dans certaines communes donne une prime à celles et ceux qui veulent contribuer à faire élire leur chef de file ! Le problème c’est que localement il est extrêmement difficile d’afficher son nom… et donc beaucoup de listes annoncées ne verront pas le jour ou seront « bidonnées ». C’est ainsi que le suffrage universel ne joue pas du tout son rôle car il assure quel qu’en soit le verdict un succès à des personnes absolument déconnectées de la réalité locale ! En fait on peut même obtenir 2 postes avec une équipe fantôme : un communal et un autre intercommunal. Et le tout sans absolument aucun risque  puisqu’on sait par avance que l’on sera élu(e) !

Comme les affichages politiques locaux sont très rares hors des grandes villes on peut ainsi faire élire n’importe qui sans vraiment connaître quel sera la position ultérieure de l’élu(e) ! La proportionnelle permet aux « apparatchiks » de tous poils de faire leur entrée sur un territoire alors qu’ils n’ont aucun ancrage réel et de rester ensuite à vie! C’est l’objectif du FN : positionner par territoire un « nom » légitimé par un vote populaire. On les retrouvera aux élections individuelles (cantonales, législatives…) et aux sénatoriales ! Les système actuel va « professionnaliser » à l’extrême le personnel politique local ou intercommunal puisque le mérite « personnel » s’efface ! C’est probablement mieux pour la diversité mais… c’est encore à démontrer !

Autre mauvais pli : celui des fameuses primaires présentées comme « LA » solution pour choisir le (la) candidat(e) idéal(e). Dans certaines communes le résultat a été surprenant car liée aux moyens financiers déployés par le (la) pré-candidat(e). Désormais il est indispensable de pouvoir financer 2 campagnes pour arriver à s’imposer : celle des primaires puis celle du vrai vote ! Est-ce encore un principe valable que celui consistant à écarter par le financement des citoyen(ne)s désireux de faire acte de candidature ! Derrière ce phénomène plane l’ombre permanente des manipulations médiatiques. Un bon sondage ou une belle révélation montée de toutes pièces (pensez à ce qu’il a pu se passer il y a quelques mois!) vous écartent irrémédiablement de la première étape ! Qui se souvient maintenant avoir eu le choix entre Hollande et Aubry ? Que ne veut pas Sarkozy ? Lui au moins a compris que c’est un piège que d’être « choisi » avant d’être « élu » ! Mais rassurez vous à gauche on continuera avec méthode et application à se tirer des balles dans les pieds pour ensuite se plaindre de ne pas être compris.

On constatera au nombre de bulletins blancs et nuls quelle appréciation font les gens de ces modifications… Il aurait été simple de laisser sur une liste normée le panachage exister au niveau local. On totalisait ensuite le nombre de voix obtenues par les candidats d’une liste et on faisait jouer ensuite une répartition proportionnelle sur la base d celle qui est en vigueur… Ainsi il aurait été impossible de constituer des « équipes » avec des « bras cassés » uniquement là pour être utiles à leur mentor ! Mais on verra bien le taux d participation dans les communes de 1000 à 5 000 habitants… et les progrès de la démocratie locale !