Les événements ukrainiens font écho en moi aux souvenirs que je peux avoir de ceux de Roumanie il y a maintenant presque un quart de siècle. La fin des Ceaucescu a bien des similitudes avec celle de Ianoukovitch. Le 17 décembre 1989, la Securitate roumaine faisait tirer sur des manifestants à Timisoara. C’était le début de la fin du régime de Nicolae Ceaucescu, l’un des plus sinistres dictateurs du bloc communiste. A Bucarest et à Kiev on retrouve d’étranges similitudes démontrant que les modes opératoires peuvent parfois être identiques dans l’avènement des révolutions. Unité de lieu : une place centrale !… unité de temps : une journée fatale où claquent les coups de feu ! Unité d’action : renverser un tyran ! A l’arrivée une tragédie qui va faire basculer les « spectateurs »  du monde entier. Derrière il a forcément un « metteur en scène » et surtout un « producteur » ou un « mécène » prêt à toucher les dividendes.

La révolution roumaine de 1989 fut un coup d’État facilité par une série d’émeutes et de protestations qui se déroulèrent en décembre 1989 et qui aboutit au renversement et à l’exécution du dictateur communiste Nicolae Ceaușescu et de son épouse, et à la métamorphose du régime communiste en démocratie parlementaire, et de la nomenklatura en une bourgeoisie libérale. La nature exacte de cette « révolution » continue à alimenter la controverse. Les interprétations divergent fortement, car les différents événements recensés vont de la révolte populaire spontanée au coup d’État interne monté par des dirigeants du Parti communiste roumain avec l’aide de services secrets étrangers et accompagné d’une manipulation médiatique dans le but de permettre à la nomenklatura de se maintenir aux affaires, de sorte que toutes les interprétations peuvent s’appuyer sur tel ou tel fait. L’enrichissement subit de certaines personnes « bien placées » après cette révolution est un des arguments avancés… mais bien évidemment ce ne sont que des interprétations calomnieuses.

Il y eut les images du palais ostentatoire des Ceaucescu comme il y a maintenant celles de la tanière somptuaire de Ianoukovitch. Il a eut la fuite de celui auquel le peuple souhaite réclamer des comptes avec un tribunal populaire susceptible de rendre une sentence implacable. Il faut alors se rappeler la fin du dictateur des Carpathes dont a dû se souvenir celui de l’Ukraine ! Selon la version officielle , Nicolae et Elena Ceaușescu prirent la fuite en hélicoptère (tiens donc!), prétendument en prenant en otage son pilote, menacé à l’aide d’une arme à feu. À cause de manque de carburant, ce dernier posa l’hélicoptère dans la campagne, à proximité des bâtiments d’une ferme. S‘en serait suivie une fuite erratique du couple présidentiel, au cours de laquelle il aurait notamment été pris en chasse par des citoyens insurgés tentant de les arrêter, avant de parvenir à trouver un répit de courte durée dans une école. Ils auraient finalement été retenus prisonniers pendant plusieurs heures dans une voiture de police, les policiers restant dans l’expectative et écoutant la radio pour deviner dans quel sens le vent allait tourner, avant d’être livrés aux forces armées.

Selon d’autres hypothèses, le général Stănculescu aurait œuvré pour des puissances étrangères (la CIA et le KGB voulant tous deux se débarrasser du dirigeant) et le détournement de l’hélicoptère présidentiel ne serait pas dû au hasard… Une « exfiltration » de Ianoukovitch devient une hypothèse plausible ! Ou autre solution : l’exécution ! Il faut encore revenir 24 ans en arrière ! Le 25 décembre 1989, à la suite d’un procès expéditif de 55 minutes rendu par un tribunal auto-proclamé, réuni en secret dans une école de Târgoviște à 50 km de Bucarest, Nicolae Ceaușescu et Elena Petrescu, déclarés coupables de génocide, étaient condamnés à mort et aussitôt fusillés dans la base militaire de Târgoviște. Or depuis peu en Ukraine on vient de lancer une enquête criminelle a été ouverte pour meurtre de masse de civils à l’encontre de Ianoukovitch et de plusieurs autres fonctionnaires qui sont en fuite !

Aussi vite qu’en Roumanie d’alors les partisans de l’ex-Président de la Ré&publique ukrainienne ont « viré leur cuti » en prenant fait et cause pour une Révolution qui n’a pas dû faire beaucoup de morts dans leur camp. Dans le camp d’en face où on a rêvé d’entrer dans l’Europe libérale des marchands et du profit réputé facile on commence à se sentir mal. Comment aller frapper à la porte de ce paradis européen qui a le plus grand mal à assurer ses fins de mois, qui traîne des déficits colossaux, qui est endetté jusqu’aux oreilles bruxelloises ! Le ministre des Finances par intérim ukrainien a pourtant annoncé que l’aide macroéconomique dont a besoin l’Ukraine peut atteindre 35 milliards de dollars en 2014-2015. L’Union européenne se tient prête à aider l’Ukraine à honorer ses engagements financiers et à négocier son tournant politique.

Les banquiers sont là et piaffent d’impatience : on va en effet prêter des fonds (le FMI arrive ventre à terre!) que les Ukrainiens devront rembourser alors qu’ils ne peuvent pas le faire actuellement avec une dette somme toute encore assez minime ! On va les arrimer encore plus par la dette à venir au bloc occidental du profit !  Il y a pourtant un hic de taille : la présence, parmi les manifestants, de nombreux militants d’extrême-droite (ils sont revenus en masse en Roumanie dans les élections suivant la révolution), peu intéressés par Bruxelles, et la grande hétérogénéité de l’opposition incitent les diplomates européens à la méfiance. Il plane aussi un danger : la sécession de l’est du pays que va encourager la Russie. On en reparlera c’est certain quand le sang du peuple aura coagulé !