Il n’y a que le curseur à bouger pour justifier l’ingérence militaire extérieure dans la vie interne d’un pays… On peut en effet avec les mêmes arguments que ceux utilisés dans des situations où des minorités ethniques, religieuses ou politiques. Les armées occidentales sont sur de multiples terrains au titre de « forces de maintien de l’ordre » ou de « forces d’interposition ». Elles débarquent avec armes et bagages et s’installent en général sur des positions stratégiques afin de protéger les populations agressées ou menacées. Les phrases des prises de position de l’ONU sont toujours les mêmes et les missions confiées découlent d’un appel au secours de parties d’un Etat en danger. C’est au nom de ces principes que la France intervient encore en Libye, Côte d’Ivoire, en Centrafrique, au Liban, en Afghanistan, au Mali… et sur d’autres théâtres d’opérations plus anciens ! Parfois il est impossible de mettre le conseil de sécurité d’accord pour soutenir ce type d’actions militaires car derrière se dissimulent (et c’est toujours le cas) des intérêts économiques ou de stratégie géopolitique ! On ne sait d’ailleurs jamais ce qu’il y a vraiment derrière les mots… L’Occident parle de « respect des Droits de l’Homme », prône « l’autodétermination » et souhaite mettre en place la « démocratie ». Forts de ces valeurs essentielles il soutient toutes les révolutions destinées à préserver ses intérêts.

Tout va se gâter le jour où les Russes ou les Chinois vont baser leurs volontés interventionnistes sur exactement les mêmes principes. Et on ouvre le premier épisode de cette nouvelle donne planétaire avec la situation en Ukraine. Les scénarios sont tous similaires. Un peuple opprimé se révolte et chasse du pouvoir un dictateur inféodé au secteur du profit le plus puissant. En l’occurrence Ianoukovitch a repris en mains le pays pour le compte de son voisin russe désireux de préserver un marché historique potentiel, son accès militaire à la mer noire et ses gazoducs. Il est impossible pour Poutine de céder ! Il a les moyens politiques et militaires de reprendre la main. Il va utiliser pas à pas la même stratégie que celles des américains.

D’abord exfiltrer le dictateur pour lui permettre d’appeler au secours malgré sa destitution qui est évidemment contestée. Partout et tout le temps la fuite organisée a constitué la première étape. Le président ukrainien déchu explique dans une conférence de presse tenue en Russie qu’il n’a pas encore rencontré Vladimir Poutine (mais lui a tout de même téléphoné) pour l’appeler au secours. Il faut ensuite jouer sur une minorité pouvant être menacée par le nouveau pouvoir central.

Staline avait parfaitement compris l’intérêt de cette démarche en dispatchant dans tous les pays satellites des « colonies » susceptibles de solliciter le soutien de la maison mère. En l’occurrence les russophones de Crimée vont jouer ce rôle ! Le président ukrainien déchu Viktor Ianoukovitch explique dans une conférence de presse tenue en Russie dans l’après-midi qu’il n’a pas encore rencontré Vladimir Poutine (mais lui a tout de même téléphoné). Pendant ce temps, la Crimée continue de bouillonner.

Dans la soirée, l’Ukraine dénonce la violation de son espace aérien par la Russie et assure que 2000 militaires russes ont été déposés en Crimée. Le président ukrainien par intérim accuse Vladimir Poutine d' »agression non dissimulé ». Dans la foulée; Barack Obama met en garde la Russie et la menace de boycotter le sommet du G8 prévu en juin à Sotchi. Motus et bouche cousue à Moscou. Dans plusieurs villes de l’est de l’Ukraine, des dizaines de milliers de manifestants pro-russes se sont rassemblés, pour montrer leur colère après la nomination du nouveau pouvoir ukrainien. A Kharkiv, la deuxième ville du pays, plusieurs dizaines de personnes ont été blessées. A Donetsk, 10 000 personnes ont manifesté contre les nouvelles autorités de Kiev… et le Premier Ministre de Crimée a sollicité l’appui de l’armée russe ! La méthode est toujours la même et l’Occident ne peut absolument rien y faire et surtout n’y fera rien à part multiplier les déclarations indignées !

Afin d’éviter toutes critiques à l’égard d’une décision personnelle dictatoriale, Poutine, singe les démocraties occidentales. La Douma (l’équivalent de l’Assemblée nationale française) commence par appeler Vladimir Poutine à « protéger par tous les moyens » la population de Crimée. Ce dernier demande au Conseil de la Fédération (l’équivalent de notre Sénat) d’approuver « le recours à l’arme russe en Ukraine ». tout est en ordre et des milliers de soldats russes et des dizaines de chars s’installent sur le terrain. On est parti pour une guerre de sécession en Ukraine ! Poutine est bel bien le maîtrise du monde… en exploitant simplement les faiblesses d’un système occidental uniquement centré sur le profit et qui lui revient comme un boomerang !