S’il est un mot que je haïs c’est bien celui « d’otage tellement il recouvre les pires comportements humains : la lâcheté, la cupidité et la férocité. C’est dans les périodes les plus obscures de l’histoire de l’Humanité que l’on a donné un prix à une vie humaine, que l’on a transformé un être vivant en marchandise, que l’on a ouvert la porte à une forme désespérante de troc. Bouclier en cas de situation difficile pour celui qui veut éviter une sanction ou une capture, l’otage est devenu un « outil » médiatique, une « monnaie » d’échange ou mieux un « profit » rentable. Personne ne peut nier que sur la planète une inflation des actions de ce type menace même les grands équilibres démocratiques. A coté de la notion de « conflit » on trouve systématiquement celle d’enlèvement et de chantage. Ce mépris terrible de la vie prend des allures de règle en matière de règlement des différends. Premier réflexe maintenant : on se constitue un patrimoine de vies humaines de telle manière que l’on tienne en haleine l’opinion dominante des pays concernés !
Chaque fois que l’on entre dans ce processus on ne sait vraiment pas qu’elle en sera l’issue. Les armées en guerre ont souvent, par le passé, recouru à cette pratique en territoire ennemi pour assurer la sécurité de leurs troupes ou réprimer des actes hostiles. Ce fut notamment le cas durant les deux Guerres mondiales et surtout le cas quand les nazis démontrèrent leur mépris pour la vie humaine. Dans ma propre famille deux personnes ont été confrontées à cette situation terrible. Jean-Louis Normandin au Liban et un autre jeune cousin raflé à la sortie d’un cinéma de Bordeaux par la Gestapo et exécuté froidement en représailles d’un attentat. Dans les 2 cas il faut parler « d’otages » au sens vrai et inhumain du terme alors que dans bien d’autres cas (demande de rançon) on devrait qualifier ces actes de privation de liberté et de séquestration, d’enlèvement.

Dans l’ère moderne, le monde a connu la première grande « prise d’otages » lors des jeux olympiques de Munich qui se termine par un bain de sang et ensuite celle des ressortissants des Etats-Unis en Iran ! En 1972 les palestiniens laissèrent derrière eux onze membres de l’équipe olympique israélienne assassinés et un policier ouest-allemand tué. Cinq des huit terroristes furent tués, les trois autres capturés. La planète avait été frappée d’effroi devant un tel bilan revendiqué au nom d’une légitimité de vengeance et d’idéologie politique. Les « étudiants » iraniens eux avaient capturé 52 personnes, auxquelles s’ajouteront trois autres, capturées au ministère des Affaires étrangères. En échange de leur libération, les autorités iraniennes réclament que les États-Unis leur livrent le Shah qui y séjournait pour raison de santé, afin que celui-ci soit jugé. Ce dernier meurt en Égypte le 27 juillet 1980 après une agonie de plusieurs mois et treize des 56 otages furent libérés dans les deux semaines suivantes, ainsi qu’un quatorzième en juillet 1980. Les autres otages restent 444 jours en détention avant de repartir vers leur pays d’origine ! Et l’engrenage fait qu’en Afghanistan, au Pakistan, puis en Irak et maintenant au Mali, au Nigéria, au Cameroun, en Syrie et maintenant en Ukraine on utilise le principe voulant que la vie humaine ait un prix !
Le vrai problème avec les récents événements ukrainiens on entre dans une nouvelle ère. Jusque là les prises d’otages concernaient des zones dans lesquelles le « terrorisme » avaient des actions sporadiques relevant du comportement tribal. Depuis quelques heures, dans un pays organisé, non en guerre avec un autre, situé aux marges de l’Europe des « groupes » identifiés revendiquent sans aucune retenue la capture d’observateurs internationaux désarmés. Et tout se situe dans une bataille de mots !
Douze observateurs de l’OSCE, dont huit étrangers et quatre Ukrainiens, ont été présentés à la presse. Ils sont considérés comme des « prisonniers de guerre », a déclaré le leader séparatiste de Slaviansk. Or pour être prisonniers de guerre il leur faudrait appartenir à une armée ! Les observateurs « ne sont pas nos otages, ce sont nos invités », a par ailleurs affirmé le maire auto-proclamé de la ville. Peu importe on a remis les doigts dans un engrenage dangereux ! « Dans notre ville, qui se trouve en situation de guerre, tout personnel militaire qui n’a pas notre permission est considéré comme prisonnier de guerre », a-t-il poursuivi, ajoutant que les membres de la mission étaient retenus à la mairie et ne pourraient pas parler aux journalistes.
On est donc bel et bien dans la prise d’otages puisqu’en plus ces derniers ne seront libérés qu’en échange de la libération de militants pro-russes arrêtés par les autorités ukrainiennes. Le mal approche et concerne indirectement les 2 plus grandes nations de la planète. C’est révélateur de la marchandisation idéologique de la vie humaine !