Au-delà des joutes politiciennes ou des enjeux électoraux, il va bien falloir que quelqu’un se lève pour clamer que c’est tout le système républicain français qui part en lambeaux. Jamais depuis des décennies la V° République n’a été autant balbutiante, autant malmenée, autant dénaturée. On file tranquillement vers un marécage démocratique dans lequel s’enfoncent toutes les valeurs ayant fondé la vie sociale et rappelé,, ne l’oublions pas, par le programme du Conseil national de la Résistance il y a exactement 70 ans ! Sous la pression des nécessités budgétaires servant d’alibi à toutes les aberrations ce sont les fondements de la gestion collective qui volent en éclats. La fameuse nécessité d’efficacité, de pragmatisme, de rendement a érodé le rôle de la politique au point que désormais il n’y a plus réellement de partis de gouvernement fiables dans le pays.

Pénurie de militants pour les uns, autodestruction des réseaux d’élus pour les autres, affaires scandaleuses répétées, personnalisation outrancière, renoncement face à une technocratie omniprésente, refus du débat réel, montée du populisme…la déliquescence de la « représentativité » a atteint un niveau record. Il n’y a plus aucun repère fiable et deux phénomènes entraînent vers le fond le principe du suffrage universel : l’indifférence majoritaire et la protestation irraisonnée permanente. Uniquement replié sur des vises électorales, les Partis n’ont plus aucune légitimité alors qu’ils constituent les pierres angulaires de la démocratie ! Un phénomène le confirme avec le succès retentissant lors des dernières municipales, dans certaines grandes villes, des dissidents ou ceux qui se revendiquaient comme « indépendants ». On constatera que cette propension à préférer celles et ceux qui résistent, qui ne plient pas face au système ne va faire que s’amplifier ! Le succès des « coordinations », des « associations », des « convergences » dans tous les camps (voir les bonnets rouges ou les anti-mariage pour tous!) est patent jusqu’au moment où les récupérations les discréditent. En tous cas le problème est posé : demain un milliardaire peut devenir président de la France sur la base du rejet des représentants actuels de la vie politique !

Il faut ensuite constater que la République reposait sur un gestion publique par des fonctionnaires de l’intérêt général. Les enseignants, les juges, les policiers, les inspecteurs, les militaires… œuvraient afin que soient respectées les valeurs fondamentales de l’égalité, de la liberté et de la fraternité. Or on ne cesse de réduire leur nombre à la base, tout en conservant une élite qui s’applique à contrôler le pouvoir afin de s’auto-protéger. Récent exemple : la cour des comptes ! Elle prône avec audace une diminution drastique des corps de l’administration sans jamais évaluer les conséquences de ces mesures.

C’est ainsi que les personnels chargées (le cadastre) d’établir les bases d’imposition locale à partir des permis de construire ayant été considérablement réduit, les communes, les intercommunalités et les départements ont une chute supplémentaire de recettes… Dans les services du Trésor ou dans les Préfectures on ne fait plus que des contrôles ponctuels. Il existe de plus en plus des territoires et des niches de non-droit qui s’installent dans tous les secteurs où doit s’exercer le pouvoir régalien de l’Etat. L’horrible tabassage du jeune Rom constitue d’ailleurs le révélateur de cette situation de renoncement dans tous les domaines de l’application des principes républicains. On vire lentement dans une société régressive où faute d’éducation le racisme progresse, faute de culture l’endoctrinement religieux s’accentue, faute de sécurité publique les milices progressent, faute de justice rapide le règlement de comptes s’installe, faute de respect par les élites politiques des valeurs le poujadisme exulte…Le seul vrai problème c’est jusqu’où pourra-t-on aller sans détruire totalement le système républicain ? Il devrait y avoir un vrai débat autour de l’affreux lynchage de Peyrefitte car au-delà de son aspect inhumain il traduit la faiblesse actuelle de l’Etat dans ses propres domaines de compétences.

Alors pour renforcer ce désastre on détruit avec délectation la proximité portée par les collectivités locales et on accrédite l’idée que des économies structurelles seront réalisées alors qu’elles ne découleront que de la suppression ou de la privatisation de services du quotidien. Plus de rôle réel pour les communes qui deviennent de fait des point infos services déléguées par l’Etat….pour les plus grandes d’entre elles. Négation du suffrage universel direct en confiant la gestion aux communautés de communes dont le Président n’est en rien responsable de ses actes vis à vis des électrices et des électeurs. Disparition réaffirmée du rôle péréquateur pour la solidarité individuelle et territoriale du Conseil général. Affirmation de la régionalisation conduisant à moyen terme à la fédéralisation du pays. Mais probablement suis-je trop pessimiste… en 2017 le bonheur sera au rendez-vous !