Lorsque les républicains décidèrent de créer en plusieurs étapes l’école laïque et obligatoire ils ont mis derrière leurs textes de loi une arrière pensée idéologique : promouvoir la liberté, l’égalité et la fraternité. Aucun mystère beaucoup étaient francs-maçons ou proches de la franc-maçonnerie. Pour eux la liberté devait s’acquérir par le savoir émancipateur ; l’égalité en découlait puisque tout devait être gratuit et accessible sans aucun obstacle ; bien évidemment la fraternité découlait du fait que dans tous les établissements scolaires il n’y avait aucune différenciation ethnique, religieuse ou sociale grâce à la fameuse blouse grise ! Il ne faut pas croire que la farouche bataille qui consista à promouvoir une vision généreuse de l’éducation n’était qu’un caprice idéologique.

Pour avoir lentement mais inexorablement laissé dériver depuis la fin des années 50, par faiblesse ou désintérêt ces principes républicains les gouvernements successifs, de toutes tendances, ont pris la lourde responsabilité de transformer l’école de la citoyenneté en école de consommation. Résultat : l’échec s’aggrave et les inégalités se creusent !

L’ouvrage «Géographie de l’école 2014», publié hier, cartographie les disparités sociales, de contexte scolaire et de moyens alloués à l’école d’un territoire à l’autre. D’un service public unifié solidaire, convaincu on est arrivé à un immense patchwork de disparités catastrophiques que plus personne n’arrive à combler. Alors que les détracteurs de la réforme des rythmes scolaires critiquent des inégalités dans les activités périscolaires laissées à la charge des communes, la lecture de cet ouvrage publié par le ministère confirme que de multiples inégalités à l’école existaient déjà, illustrées au niveau de la trentaine d’académies, des régions, des départements ou des cantons. Bref on est dans le marasme complet avec des entités rivales, concurrentielles, castratrices des initiatives et surtout totalement éparpillées. La réalité territoriale devient le reflet d’une République sans autorité, sans unité et surtout sans programme !

La réforme territoriale en cours va accélérer et intensifier cette déliquescence d’un éducation n’ayant plus rien de nationale. «Le problème des territoires, c’est un vrai sujet», souligne Catherine Moisan, directrice de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP). «Il existe des inégalités sociales, mais aussi territoriales ou de la diversité, dues à autre chose que la dimension sociale. Il y a des facteurs historiques et culturels très complexes». Il faut donc convenir lucidement que selon l’endroit où l’on habite,selon le dynamisme culturel, selon les moyens de sa collectivité de résidence on a déjà un handicap ou un avantage ! La péréquation de proximité jusque là assurée par les départements va creuser ces fractures puisque les intercommunalités quelle que soit leur taille ne pourront jamais , par exemple en Gironde, rivaliser avec une métropole ! Selon. leur milieu socio-économique et leur structure familiale les élèves n’ont vraiment pas les mêmes chances dans une grande ville ou dans une commune rurale sans école ! La République n’assume donc plus réellement la liberté et l’égalité dont elle est pourtant garante.

«Géographie de l’école» met en parallèle une carte des zones à risque d’échec scolaire, précise au niveau du canton, et une carte des jeunes de 15-24 ans sans diplôme non scolarisés, qui va de 19% dans l’académie de Rennes à 36,5% en Corse. Elle s’envole à 62% dans certains cantons de la métropole ! . Par ailleurs les dépenses par élève varient fortement, qu’elles proviennent de l’Etat, qui verse les salaires des personnels, ou des collectivités locales, responsables de la construction des établissements, de leur équipement et leur fonctionnement. Ce sera pire avec la perte de la compétence générale des conseils généraux qui, sur les investissements assurent comme en gironde un soutien au milieu rural sur la base d’un coefficient départemental de solidarité. L’Etat dépensait en 2011 en moyenne nationale 3.130 euros par écolier, 5.570 par collégien, 7.660 par lycéen avec une disparité terrible d’une académie à l’autre. Côté collectivités, les dépenses par élève du secondaire variaient en 2011 du simple au… triple suivant les régions. C’est un constat historique ! On ne juge plus une équipe municipale sur les efforts qu’elle effectue en faveur du temps éducatif (crédits d’enseignement, soutiens aux projets pédagogiques) mais des « services » annexes qu’elle rend (accueils périscolaires, restauration, transports, centre de loisirs et maintenant animation des temps d’accueil périscolaire -TAP-). Il suffit d’assister à un conseil de classe ou à une conseil d’administration pour constater que les débats portent à 75 % sur ces à-côtés du cœur de l’école : l’enseignement ! Aucune solidarité autour de l’enfant devenu une enjeu de pouvoir !

Cette étude enfonce des portes ouvertes mais parfois ce n’est pas inutiles. L’école n’est plus obligatoire (l’absentéisme dans les maternelles et le primaire sont inconnus!). Elle est plus ou moins gratuite selon les moyens des collectivités. Elle n’est plus dans beaucoup des cas très laïque en raison du communautarisme rampant… Elle ne peut plus effacer les inégalités sociales les plus lourdes en dispensant les avoir. Elle n’a plus aucune autorité morale dans une société strictement mercantile. On se chamaille, on s’étripe, on se combat autour de l’école quand tout s’effondre ! Les corporatismes, les « fanatismes », les individualismes, les antagonismes ont envahi le système qui est pourtant dans un état de faiblesse caractérisé pour les plus fragiles, les plus faibles, les plus menacés. Mais je ne suis qu’un vieil « instit » radoteur !