Si l’on est un tant soit peu objectif, il faut reconnaître que les conseillers de l’Elysée ou même du Premier ministre ont l’art exceptionnel de réformer à contre-temps ou au mauvais moment. Chaque fois qu’ils abattent une « carte » elle ne tient pas face à la réalité du moment. Tout vient en décalage complet avec ce que l’on ressent à la base. Modifier les équilibres des « compétences territoriales » pour aller progressivement vers un aménagement des collectivités territoriales relevait du bon sens. Mais modifier une carte avant de savoir ce que l’on va pouvoir mettre sur les espaces créés c’est tout simplement prendre le problème à l’envers puisque c’est concevoir la « bouteille » sans évoquer ce que l’on mettra dedans ! Sauf les gens qui veulent que soit respectée la discipline partisane, tous les autres doutent vraiment de l’issue de propositions non évaluées, purement parisiennes et sans impact vérifié sur les finances nationales ! Le Sénat vient d’ailleurs de donner un coup de semonce douloureux au gouvernement.

Le débat sur la réforme territoriale, c’est en effet la chronique d’un échec annoncé car il faudra un passage en force à l’Assemblée nationale pour inscrire dans les faits un découpage totalement fantaisiste des régions. Les sénateurs ont prestement supprimé la nouvelle carte de 14 régions proposée par le gouvernement dans le premier projet de loi sur la réforme territoriale. L’UMP, le RDSE (à majorité PRG) et le groupe CRC (communiste) ont voté un amendement de suppression par 177 voix contre 153. Une décision qui vide de sa substance le texte, où reste encore notamment le report des élections. Pas vraiment une surprise. Ce vote était attendu depuis jeudi et les réserves émises par la Haute assemblée.

Mieux Hollande et surtout Valls sont en passe de faire naître une nouvelle opposition, que certain(e)s trouveront hétéroclite mais qui va bénéficier du sentiment hostile générale des élus locaux à cette réforme. Les sénatrices et sénateurs renouvelables qui soutiendront par exemple la suppression des départements ou des régions surréalistes vont le payer cash tellement la grogne est grande et monte dans le milieu rural face à des décisions inspirées par une philosophie urbaine prépondérante ?

La situation politique peut sembler paradoxale : l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin en tête, ont successivement pris la parole pour expliquer qu’ils étaient ouvert à la discussion et au dialogue alors qu’au PS on campe sur un vote rapide et bloqué. Mais en prenant le temps… ce qui paraît légitime puisque les « économies » estimées ne s ont qu’à échéance de 5 ou 6 ans !. Ils se préparent désormais à la seconde lecture, qui devrait avoir lieu en octobre. Soit après les élections sénatoriales de septembre où la droite pourrait reprendre la Chambre haute…et singulièrement modifier le rapport de force. Les caciques du PS, les ambitieux courtisans vont trouver dès le début du chemin une voie sans issue !

C’est assez paradoxal de constater que ce sont les adversaires de la décentralisation qui explique le manque absolu de cohérence entre un pouvoir confié à de grandes régions et le vide laissé par les départements que personne en dehors de très grandes métropoles (et surtout pas sur le volet social) n’est capable de combler dans l’état actuel des finances locales.

Le président du groupe PS, a conforté cette vision vraiment technocratique et très abstraite du pays en proposant que les sénateurs finissent par se mettre d’accord sur un socle de grandes régions, avec des départements maintenus en zone rurale et un droit d’option … ce qui revient à sceller le sort de la Gironde puisque c’est confier les clés des territoires ruraux à une structure qui n’arrive même pas à se mettre d’accord sur le choix de ses propres compétences. Il aurait peut-être été plus sain d’inverser les 2 textes en évoquant d’abord ce que l’on comptait faire des départements pour ensuite voir quelle taille on donnait aux régions… mais le calendrier électoral passe avant tout le reste.

Il n’y a en définitive qu’une seule certitude : tant aux élections départementales et aux régionales ce sera une véritable débandade pour le Parti socialiste qui va laisser l’essentiel de ses élus sur le carrelage bizaarre de ce découpage ! Il paraît que seulement une quinzaine de départements et pas une seule région resterait dans son giron… L’Elysée s’en moquerait car le seul objectif qui compte c’est 2017 et la seconde place… derrière Marine Le Pen (mais chut c’est un secret!) Pour le reste la consigne est claire : il faut se comporter en vrai kamikaze politique en se faisant hara-kiri en chantant les louanges d’une réforme faite pour démontrer que la force est dans l’écrasement du porte-avion « mille feuille territorial »