Que reste-t-il réellement du 14 juillet ? Un défilé sur les Champs-Elysées à connotation « je montre mes muscles et ma puissance militaire »; quelques bals se voulant populaires sous surveillance de vigiles pour éviter les débordements violents de participants sur-alcoolisés ;  parfois quelques gerbes au monument des morts pour la France; des feux d’artifice racoleurs ? … Pour le reste Bison Fûté en a fait une pierre noire sur le calendrier des vacances et les marchants de pétards grandioses une récolte prometteuse. Un sondage parmi les 90 % de bacheliers de l’année donnerait peut-être d’énormes surprises avec une majorité qui penserait au jour de la finale de la Coupe du Monde de football.

En fait toutes les fêtes nationales qui deviennent de plus en plus pour certains une fête « nationaliste » n’ont d’intérêt que si un effort d’éducation profond aux valeurs républicaines est maintenu dans le quotidien des plus jeunes générations. Or chacun interprète désormais la notion de « liberté » ; tout le monde sait fort bien que celle « d’égalité » dévie vers les seuls problèmes d’accession au fric et que pour la « fraternité » il faut regarder vers le verdict des urnes pour comprendre qu’elle s’est dissoute dans les idées nauséabondes banalisées du FN. Alors que reste-t-il du 14 juillet si ce n’est un jour comme un autre permettant de jouer sur la répartition de ses congés ou de pester contre la météo empêchant de filer vers une plage bondée où la liberté de piquer une tête se réduit et la fraternité des serviettes de bains devient pesante ?. Quel sens donner à ce rendez-vous qui a mis bien du temps à s’installer dans le paysage français ?

Avec une poignée (très restreinte) d’amis de tous bords nous avons imaginer de proposer d’en faire un rendez-vous citoyen. Une idée saugrenue, une ambition démesurée dans un monde de l’indifférence et de la passivité. C’est pourtant bel et bien le fondement de ce rendez-vous avec la mémoire collective. Le 14 juillet ne peut exister que s’il permet de rappeler que la prise de la Bastille marque le passage entre le statut de « sujet » et une autre approche de la vie sociale qui deviendra ultérieurement « la citoyenneté ». Mais comme plus grand nombre sait ce que fut le statut de sujet inféodé au pouvoir arbitraire d’une régime monarchique de droit divin (c’est redevenu très à la mode sur la planète- cf le califat islamique en construction) il est quasiment impossible de rassembler beaucoup de monde sur un tel sujet. Et pourtant jamais nous n’avons eu autant besoin de nous libérer car nous sommes infiniment plus assujettis à des pouvoirs qui nous échappent que les bourgeois parisiens de 1789 !

Les médias de masse nous rendent dépendants dans nos analyses personnelles des situations sociales mettant en jeu l’avenir en nous présentant des « produits » orientés, schématiques, approximatifs aidés en cela par des réseaux sociaux volubiles mais redoutables par l’expression de certitudes présentées sans contradiction. Nous sommes leurs « sujets » qu’ils quantifient via l’audimat ou les sondages !  Le débat n’existe plus car il tourne vite aux querelles personnelles et surtout au déballage d’idées toutes prêtes donnant des postures de Saint Just à des exploiteurs de l’opinion dominante. Les médias nationaux l’ont stérilisé et tué!

Quelle place donne-t-on à l’individu dans la structuration sociale pyramidale actuelle ? Est-il libre quand la réussite ne repose que sur le fric qui permet d’accéder à la consommation paradigme fondateur de la puissance des états ? « Je consomme donc j’existe ! » devient un principe permanent du quotidien d’une pseudo-citoyenneté. L’asservissement au monde du profit est devenu tellement prégnant qu’il ne laisse plus aucun espace réel à la vie de tout un chacun… Nous sommes des clients sujets, des acheteurs sujets, des consommateurs sujets. La vraie Bastille à prendre n’est plus concrète, robuste mais elle devient virtuelle entourée de murailles infranchissables construites depuis des décennies par une classe au moins possédant beaucoup plus de privilèges qu’en avaient la noblesse et le clergé sous la monarchie.

Les partis politiques font faillite empétrés dans leurs affaires de fric ou d’ambitions, tués par leurs propres militants transformés en fans de vedettes du petit écran politique. On s’y assassine entre amis dans les couloirs ou sur les marches du capitole par médias interposés. Le discrédit ressassé à l’égard des élus politiques, par des donneurs de leçons d’autant plus sévères qu’ils utilisent les mêmes moyens pour conquérir une parcelle supplémentaire de pouvoir dans leur administration, leur entreprise ou simplement dans le champ social, continue à discréditer le « tiers-état » actuel. Le 14 juillet n’a donc jamais été aussi essentiel et les « résistants » à la pensée dominante se doivent de réagir.

Organiser le jour du 14 juillet localement, modestement, sans espoir de remuer les foules une journée citoyenne, libre, ouverte, gratuit (pas un euro d’organisation) marquée par des manifestations symboliques (plantation d’une arbre de la laïcité, inauguration d’un parvis conçu comme une agora à partager, débattre sur la démocratie de proximité…) devient paradoxalement un acte de résistance. Comme toute prise de position sur cette base il ne bénéficie pas d’un écho similaire à un « feu d’artifice » sur la côte atlantique ! Comme il y a 70 ans, il y aura, j’en suis certain des résistants de la dernière minute prêts à brandir leur mitraillette toute neuve contre le pouvoir et ses élus mais c’est ainsi et en en ayant conscience on évalue la valeur.

Je mets lentement mes actes en accord avec mes dires en transmettant mes mandats parfois durement acquis grâce à un travail de fond inlassable, sans nostalgie, sans acrimonie, sans regrets. Il me reste à transmettre cette valeur qui me poursuit : la citoyenneté qui a fondé toute ma vie personnelle, sociale et professionnelle. Alors au boulot en ce 14 juillet !