embouteillage_paysage619S ‘il est un mot que l’été 2014 doit retenir c’est bel et bien celui de « bouchon ». Il occupe toute l’actualité lors de ce que l’on appelle le « chassé-croisé » entre juillettistes et aoûtiens sur les ondes des radios. En fait il faut avoir le courage de se tirer justement des « bouchons » pour pouvoir aller en retirer d’autres. Car les vacances pour beaucoup c’est bel et bien une affaire de bouchons et leur réussite dépend de la capacité que l’on peut avoir à éviter les uns et à se procurer les autres. Les plus célèbres restent ceux qui permettent de prendre conscience ce que doit être la transhumance pour un mouton.
Chaque année on établit un record de lenteur pour aller du nord vers le sud sans que cette répétition des zones de thrombose automobile n’altère la volonté des protagonistes. Tous les oracles s’évertuent d’expliquer que le chemin ressemblera à une longue procession, rien n’y fait. Il semble qu’il y ait une attirance particulière du conducteur estival pour le bouchon. Il y va pied au plancher avec l’espoir de passer avant ou après mais d’être plus futé qu’un Bison pourtant animal peu réputé pour son intelligence. Les radios ajoutent les kilomètres aux kilomètres et certainement qu’un jour de grand départ on arrivera au mille bornes sans que ce soit une jeu de société. Peu importe le flacon autoroute et son bouchon gazoliné pourvu que l’on ait l’ivresse des vacances.
Les camionneurs roulant la plupart du temps en sens inverse prennent leurs quartiers d’été sur des aires bondées. Cuisine intégrée dans un coffre latéral, couchette dans une cabine climatisée, télévision modèle réduit et en prime les copains avec lesquels on peut justement faire sauter un bouchon ou décapsuler une bière sans courir le moindre risque. Eux, les « professionnels » regardent d’un air narquois ces hordes en mal de bronzage se ruer sur le moindre point d’eau ou se promener en tenue légère sur des parkings surchauffés. Ils s’amusent également des prévisions qui dépassent les « espérances » de organisateurs !
Noir dans le sens des départs, rouge dans celui des retours. Un bouchon pour du rouge : aucun problème c’est normal mais pour le noir c’est quand même différent !A la mi-journée un pic d’environ 994 kilomètres de bouchons cumulé a été enregistré selon le Centre national d’information routière (Cnir). Il s’agit d’un record historique : le précédent record avait été enregistré le 17 août 2013, avec un pic «brutal et bref» de 877 km. En 2014 il aura donc fallu encore plus de temps qu’au cours des années passées pour rejoindre la Grande bleue, les rives de la Côte atlantique ou traverser la France afin de se rendre dans la péninsule ibérique. C’est devenu le prix à payer auquel il faut ajouter celui des autoroutes destinés à éviter, ne l’oublions jamais, les…embouteillages pour pouvoir en arrivant sur place déboucher autre chose qu’une bouteille d’eau minérale.
En fait le meilleur des bouchons est bel et bien celui que l’on enlève du goulot d’étranglement d’une bouteille de rosé. Le conducteur fourbu, collant, énervé, parfumé au goût de bouchon apprécie ce moment précieux où le bruit des glaçons tombant dans le verre lui fait oublier les affres de la queue-leu-leu autoroutière. Les premières gorgées sont les meilleures des vacances car elles sont méritées. Caravane installée, tente montée, location réglée, chambre réceptionnée, adresse trouvée…et enfin devant soi des heures de récupération que l’on va librement dépenser à se fatiguer ! On pense avec compassion à celles et ceux qui sont encore là-bas, quelque part sur la route coincés dans un rassemblement autorisé par la préfecture de police.
Bref il y a un Buffalo Bill qui sommeille dans le cœur de chaque estivant. Nombreux sont ceux en effet qui voudrait avoir un fusil à bouchons pour se payer le Bison futé celui qui aux cotés du météorologiste, s’ingénie à gâcher la première journée des vacances. La France a en effet ce privilège d’avoir les autoroutes les plus chères d’Europe, les plus surveillées d’Europe, les plus profitables d’Europe mais aussi et surtout les moins rapides d’Europe les jours où il faudrait qu’elle le soient. Mais tout le monde sait que bouchon reste une spécialité française…qui appartient à son patrimoine !