Montebourg s'en va-t-en guerre plutôt qu'aux labours

Il y a plusieurs manières de succomber à la tentation de Venise, consistant à se retirer d’un monde qui ne vous comprend pas ou qui vous a meurtri. On connaît tous, à un moment ou à un autre, cette soudaine envie de disparaître de sa propre vie, quelques heures, quelques jours, plus même sans ne rien dire à personne pour échapper à ses obligations. Cette tentation est la soupape secrète de la cocotte-minute de notre vie sociale trop pleine… et dans le milieu politique c’est monnaie courante. Les plus optimistes diront qu’Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Aurélie Filippetti ont donc été brutalement atteint par le burn-out des temps modernes et qu’ils ont décidé de plier leurs bagages ministériels pour aller s’épanouir ailleurs.
La comparaison faite par l’ex-Ministre de l’Economie (qu’il ne faut pas confondre avec « austérité ») avec le mythique Lucius Quinctius Cincinnatus atteste de cette volonté de tourner la page afin de tracer un autre sillon dans la glèbe. Le seul problème c’est qu’une part de la fameuse histoire de ce dictateur romain ayant quitté le pouvoir pour cultiver son jardin serait totalement inventée… et qu’il s’agirait d’une légende tout comme celle voulant que les femmes et les hommes de pouvoir puissent vraiment s’en passer. La référence est en effet plus ambiguë qu’on le pense. En effet Cincinnatus n’a jamais quitté les allées bien ratissées des hautes charges puisqu’après avoir imposé un régime autocratique avec l’accord des patriciens (les citoyens qui appartenaient, par leur naissance, à la classe supérieure ancienne et traditionnelle, et par ce rang détenaient diverses prérogatives politiques et religieuses) il revint comme magistrat extraordinaire détenant les pleins pouvoirs pour mâter la révolte de la plèbe (le peuple qui était au-dessus des esclaves). Le « dictateur » fit tout pour imposer l’ordre dans une cité romaine en proie aux manifestations sociales. Cet aller retour ne peut vraiment pas être pris en exemple par le tenant de la gauche pure et dure ! Il y aurait même du sang sur les mains de Cincinnatus!
On peut aussi envisager qu’Arnaud Montebourg ait eu besoin de méditer sur le régime monacal imposée à la France par le chanoine de Latran François Hollande ou le Compagnon catalan de Jésus, Manuel Vals. Il a en effet décliné l’œuvre de « Saint Augustin » avec une bien belle citation sur « l’avoir » et « l’être » alors qu’il aurait pu dénicher celle-ci plus adaptée aux circonstances : « les temps sont mauvais ? Soyons bons et les temps seront bons car nous sommes le temps » ! En fait là, le choix est plus conforme à l’avocat Montebourg puisque ce philosophe et théologien d’origine berbère fut un orateur et rhéteur redoutable qui mena durant sa vie une série de controverses orales et surtout écrites contre les tenants de la réalité sous toutes ses formes. Le vrai problème c’est qu’il ne s’agit absolument pas d’une citation directe du Saint qu’a décliné l’ex-Ministre mais d’une synthèse de la vision de l’amour par l’évêque faite par une exégète de son œuvre. Vraiment pas de circonstance !
En fait ce fut plutôt « Montebourg s’en va-t-en guerre ! » avec ses lieutenants Hamon et Fileppetti car pour l’instant on ne sait pas si d’autres seront virés à l’insu de leur plein gré. Il part tel qu’il en a l’habitude, flamberge au vent venant de la gauche, pour en découdre avec le reste de l’armée en déroute. Avec son glaive et son écu « made in France » il va pourfendre les principes économiques en vogue et en découdre avec la « merkelisation » de l’Europe. Un combat louable, à la Cincinnatus comme l’a également revendiqué Jean-Luc Mélenchon à plusieurs reprise. Une conjonction d’effets de style d’ailleurs très bizarre autour d’un «dictateur » romain. Montebourg espère qu’avant 2017 il sera réquisitionné par la Gauche nouvelle « verte-rouge-rose foncée » pour mener une coalition à la manière d’Oscar Lafontaine en Allemagne avec le succès que l’on sait.
Les discours de Frangy avaient été soigneusement préparés. Il s’agissait avant les difficultés qui se profilent de se faire virer sans être contraints à démissionner dans la tourmente. Une tactique qui découle de la quasi certitude que l’Élysée avait prévu un lessivage pour la fin octobre et qu’il serait trop tard pour ne pas se faire happer par les mouvements sociaux inévitables (fonction publique) et surtout par le tourbillon que va constituer la réforme territoriale aux conséquences désormais imprévisibles (quid du PRG qui va mettre des conditions à son retour au gouvernement ?). Dans un entretien avec Benoit Hamon et le Premier Minsitre précédent François Hollande en voulait terriblement à Vincent Peillon et Christiane Taubira : « le mariage pour tous et les rythmes scolaires ont fout en l’air le début du quinquennat… » avait-il expliqué ! Taubira et Hamon vont payer l’addition ! Hollande va donc certainement en profiter pour réduire l’équipe et faire entrer quelques nouvelles têtes…moins dures que celles qui ont été tentées par Venise mais qui manqueront à La Rochelle car elles auront mis les voiles ! Ils auraient pu attendre le 31 août et les 100 ans du vrai départ de Jaurés !

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3 réponses à Montebourg s'en va-t-en guerre plutôt qu'aux labours

  1. Il vient pas aux Terres de Jim ? 🙂

  2. Torquemada dit :

    2017 nous révèlera si les « frondeurs » sont de vrais socialistes déçus de la dérive libérale du « pédalo » Solférinien , ou des marionnettes jouant une pitoyable manœuvre électoraliste . Le spectacle que donne ce gouvernement est consternant ; Pauvre Jaurès , vivement une 6eme République .

  3. Colas BREUGNON dit :

    AUGUSTINIENS et SOLFÉRINIENS VALSent dans ma mémoire.

    Léon BLUM – avec « Janot » – sa femme – a passé deux années sabbatiques à Buchenwald dans l’une des confortables villas réservées à l’encadrement SS du camp où il était servis, lui aussi, par un esclave au « triangle violet » (Témoins de Jéhova).

    Dans ses « Lettres de Buchenwald », en date du 11 novembre 1943, il écrit à son fils :

    « Mon cher enfant … Nous continuons à sortir régulièrement, et tu n’as aucune inquiétude à avoir sur le confort intérieur de notre résidence. L’existence passe de la même façon.
    Beaucoup de conversations … De la musique (j’ai entendu dimanche dernier la 7°
    symphonie bien curieusement interprétée par Furtwängler), Des lectures … le premier
    Faust …. m’apporte une bien étrange déception. En revanche j’ai contracté UNE VIVE ADMIRATION POUR SAINT-AUGUSTIN … »

    Pendant ce temps d’autres français « contractaient » d’autres maladies dans l’enfer des
    « blocks » à quelques centaines de mètres en contrebas, à l’intérieur des barbelés
    électrifiés. Ils tombaient d’épuisement sous les coups et le travail forcé de la carrière ou
    des « commandos » à Dora et ailleurs …
    Parmi eux, des résistants, des vrais : le colonel Frédéric-Henri MANHÈS, les communistes Marcel PAUL, Henri KRASUCKI et tant d’autres … dont un industriel, un certain Marcel BLOCH (Dassault)

    En avril 1945, devant l’avance inexorable de l’Armée Rouge, Léon et Janot seront extraits de l’Ettersberg et conduits en Bavière, mis en réserve dans l’aile est du « bunker » de Dachau.
    Ils seront remis en bon état, avec quelques autres notables du même genre, aux mains des soldats américains, par leurs geôliers, qui eux-même avaient bien compris de quel côté un avenir leur était possible …

    Pourquoi une telle différence de traitement entre le célèbre constructeur d’avions et son
    coreligionnaire ex premier ministre du Front Populaire ?
    La décision courageuse de « non-intervention » en Espagne, qui laissa les mains libres à Franco (et ses alliés Hitler et Mussolini), ne serait-elle pas la contrepartie de cette « mise en réserve » confortable dont le « camarade » BLUM a bénéficié de la part des SS ?
    A moins que, au vu de ses états de service depuis Août 14, il n’ait été reconnu « utile » par les « faiseurs » de Wall Street.
    Dès 47, avec les « accords Blum Byrnes » sacrifiant le cinéma français sur le TAFTA de l’époque, le vieux Léon démontra que les Masters of the World misent toujours sur le bon cheval.
    (Nizan aurait préféré le terme de « chien de garde »)

    « JEDEM DAS SEINE »

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