Sommes nous toujours dans la France des lendemains qui chantent pour les adolescents qui représentent plus que jamais l’avenir en cette période de crise ? La réponse est non. Ils sont poursuivis par l’échec social, moral et même scolaire pour beaucoup d’entre eux. Deux principaux enseignements ressortent en effet d’une enquête qui sera bien moins commentée que celles relatives à la prestation mensongère et vraiment démoralisante d’un ex-Président de la République de l’égalité et de la fraternité : les enfants en situation de privation cumulent les difficultés en matière d’intégration sociale et par ailleurs, plus du tiers des participants est en situation de souffrance psychologique, et cette proportion augmente avec l’âge, atteignant 43 % chez les plus de 15 ans. La prévalence des idées suicidaires, de la tentative de suicide et des conduites addictives chez les adolescents est elle aussi d’une ampleur inquiétante dans un pays qui paie la politique des années Sarkozy durant lesquelles on a détruit toutes les politiques en faveur de la jeunesse en difficulté. Seuls désormais sur les terrains les plus préoccupants on trouve les conseils généraux. Et encore certains d’entre eux car pour des économies budgétaires certains ont totalement abandonné leurs politiques en faveur de l’enfance hors temps scolaire. Dégâts en perspective encore plus grands !

La consultation menée à l’échelle nationale par l’UNICEF France de mars à mai 2014 dégage de grandes thématiques qui ont été analysées par le laboratoire Cités et Sociétés. Autour de 4 thèmes suivants : les privations et les difficultés d’intégration ; les dimensions du mal-être; les adolescents et le suicide ; et enfin, les adolescents et les conduites à risque ils ont dressé un tableau de ce merveilleux pays qu’est la France. La situation est très angoissante surtout si l’on considère que dans une dizaine d’années ces ados seront les adultes auxquels il faudra laisser les clés du pays. Il ressort tout d’abord de l’étude qu’un peu plus de 17 % des enfants et des adolescents consultés sont en situation de privation matérielle dans cette période de crise. Élevés dans la société consumériste plaçant la réussite matérielle au-dessus de toutes les autres, ils sont en fait des frustrés durables. Cette proportion d’enfants et de jeunes parfois plongés dans la pauvreté complète (un repas par jour pris en temps scolaire, aucune opportunité culturelle ou sportive en dehors de la télé, absence de confort -chauffage notamment…) croît globalement selon l’âge (24 % chez les plus de 15 ans), chez les enfants vivant dans des familles monoparentales (26,8 %) et parmi les enfants vivant dans un quartier « insécurisant » (31,6 %). Ce sont les « cumulards », ceux qui sont vite en situation d’échec scolaire et donc de précarité sociale absolue et donc en situation de non-intégration irréversible.   Ce phénomène de cumul des inégalités, porte pour les enfants et les adolescents une réelle souffrance qui laisse bien des gens indifférents.

Je ne supporte pas personnellement cette dramatique détérioration de l’intérêt de la société pour certains de ses plus jeunes et plus encore de voir un enfant malheureux. Et quand on a été instituteur on le sent, on le perçoit et on ne l’accepte jamais.  On l’a bien vu dans le débat surréaliste autour des rythmes scolaires et surtout des animations proposées. On n’a entendu que les familles nanties, que le gratin de la société qui ont totalement oublié voire méprisé ce tiers des enfants ou adolescents condamnés à vivre dans l’absence totale d’ouverture sur le monde cultuel, sportif, citoyen. Eux ont tellement besoin de sortir des échecs qui les cernent de toutes parts et se foutent pas mal du débat sur les horaires de sortie ou les week-ends perturbés par la classe le samedi matin…

L’UNICEF France explore et c’est le plus grave, la qualité des relations liant l’enfant ou l’adolescent à son environnement proche (parents, amis, enseignants, etc.) et son effet sur son bien-être psychoaffectif. Si les participants se sentent globalement plutôt bien dans leur vie, une forte proportion dit ne pas se sentir valorisée par son père et vivre des relations tendues avec ses deux parents. Ce sentiment de manque de reconnaissance ainsi que les tensions familiales croissent particulièrement avec l’âge, le niveau de privation et l’insécurité du cadre de vie. Et le système scolaire ne fait qu’accentuer ce mal-être. Il ne joue pas son rôle de reconnaissance et de protection pour un grand nombre d’enfants : 45 % des 6-18 ans interrogés « se sentent vraiment angoissés de ne pas réussir assez bien à l’école ». Cette proportion passe à près de 60 % chez ceux vivant une situation de privation…. et qui cumulent ! Catastrophique mais on est loin d’envisager les solutions qui s’imposent car tout est devenu une affaire de « moyens » et de « pognon » alors que c’est une question de réorientation des finalités de l’éducation.
Les difficultés rencontrées par les 6-18 ans se traduisent par des souffrances psychologiques chez un peu plus de 36 % d’entre eux. Là encore le niveau de privation, la qualité de l’environnement dans le quartier ainsi que le profil familial aggravent la situation. Selon les répondants, la souffrance psychologique augmente aussi avec l’âge et frappe particulièrement les plus de 15 ans (43,3 %). Le fait d’être une fille, la peur de l’échec scolaire et le harcèlement sur les réseaux sociaux augmentent de manière significative les risques de souffrances psychologiques. Alors on en arrive aux situations de crise absolue.

L’étude fait ressortir que la question du suicide est fortement présente chez les adolescents (12-18 ans) : l’idée du suicide concerne 28 % des participants, en particulier les filles, tandis que la tentative de suicide aurait été vécue par près de 11 % d’entre eux. Parmi les facteurs de risques explorés dans le rapport, le harcèlement sur les réseaux sociaux apparaît comme jouant un rôle crucial dans le passage à l’acte en multipliant les risques par plus de 3. Quant à la consommation de drogue et d’alcool, elle augmente drastiquement avec l’âge : plus de 41 % des plus de 15 ans disent consommer de l’alcool et avoir déjà été en état d’ivresse et près de 32 % consommer de la drogue ou fumer du cannabis.

Je suis certain que le JT de France 2 consacrera 45 minutes à cet état des lieux et invitera des personnes sincères, engagées, motivées pour tenter de sauver ce qui peut l’être encore. Quelle société pourrie que celle qui conforte les inégalités et écrase une belle part de sa jeunesse !