En matière de conflit armé Georges Clémenceau savait de quoi il parlait, lui qui avait rassemblé une nation saignée à blanc par le premier affrontement mondial. Il était cependant sans illusion puisqu’il avait déclaré en… 1886 soit bien avant de devenir « Le Père la Victoire » que « la guerre était une chose trop sérieuse pour être confiée aux militaires ». Or nous voici à un nouveau moment de notre Histoire avec un engagement dans une longue période où notre vie dépendra, en grande partie des réussites d’une armée professionnelle payée pour combattre en notre nom. Il va falloir d’une manière ou d’une autre que nous confions une bonne part de notre avenir à des marins, des aviateurs, des fantassins, des canonniers, faute d’avoir su éradiquer le fanatisme religieux, l’intolérance ethnique, l’ignorance collective de notre planète. Une civilisation va disparaître à terme dans ces conflits d’un autre âge ayant leurs racines originelles dans cette quête irrépressible du profit sous toutes ses formes. Partout, absolument partout, derrière les grandes déclarations, derrière les guerres, à toutes les époques, on trouve en grattant un peu le prise de contrôle des richesses naturelles ou artificielles par une armée mandatée dans cet objectif ! Le reste n’a toujours été qu’un habillage qui fut idéologique ou religieux selon les époques. En est-il vraiment autrement maintenant ? J’en doute. La seule différence avec l’époque de Clémenceau c’est que le choc des images a supplanté celui des mots et que l’émotion constitue la justification des stratégies.

Partout dans le monde et pas seulement dans la zone colonisée par Daesh on est passé de la guerre réputée « conventionnelle  » à un mélange complexe de « bombes médiatiques », de « culture irrationnelle », de « retours sur la barbarie », de  »  fusion inextricable entre armée et peuple », de « croyances dévastatrices » mis au service de clans, de sectes, de tribus, de fous ou de tyrans sanguinaires. Et l’Occident ne sortira jamais vainqueur de cette confrontation car toutes ses actions ne feront que renforcer la montée de la haine et donc de la violence incontrôlée. Les « politiques » sont chaque jour un peu plus dans la situation du plombier bouchant les trous du tuyau avec les doigts de ses mains quand les fuites se produisent les unes après les autres.

Les grandes puissances ne sont devenus que des géantes aux pieds d’argile, lourdes, lentes, coincées par leurs opinions publiques tétanisées par la peur. Les terroristes le savent et  ont analysé ces comportements collectifs induits par des médias avides de sang, d’horreur, de mort. Ce n’est pas pour rien qu’ils ont mis au point des scénarios absolument identiques pour toutes leurs actes sanguinaires, exploitables par des vendeurs d’images profitables. Ils savent que les armées des nations « justicières » n’ont pas gagné une seule guerre face à des peuples endoctrinés. Du Vietnam à l’Algérie en pensant par l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, le Nigeria, le Soudan, le Yémen, le Mali, de nombreux autres pays africains, la Syrie… chaque fois elles ont plié bagages dans la précipitation et en laissant parfois une situation pire que celle ayant motivé leur intervention.

Daesh provoque atrocement et sciemment et n’a qu’un objectif : entraîner les militaires va-t-en-guerre dans un affrontement sur le sol de ce qui est présenté comme un embryon  de son Etat. D’abord parce qu’ils obtiendraient une « reconnaissance » de fait par la communauté internationale puisque des armées étrangères seraient considérées comme des « envahisseuses ». Ensuite parce qu’ils savent qu’aux confins du Nigéria, dans les déserts du centre de l’Afrique, dans les montagnes de Kabylie, dans les plaines arides d’Irak ou au milieu des populations de grandes villes ils bénéficient de protections naturelles ou organisées qui leur donnent un avantage stratégique et surtout psychologique. Enfin ils comptent sur l’usure des finances internationales et notamment européennes et américaines dans le contexte de la crise financière. La mollesse ou la complicité des richissimes Etats du Golfe leur permet encore de laisser accroire en un soutien indirect. Leur seule autre préoccupation c’est d’accentuer la dépendance des « armées engagées » des milliards des émirs. Et bien évidemment en Europe il n’y aura pas de réponse réellement collective puisqu’il n’y a pas d’armée européenne et que certains dirigeants regardent de loin pour ne pas accentuer leurs déficits ou provoquer des réactions terroristes sur leur territoire. Daesh sait  que les Princes saoudiens, kowetiens ou les émirs ne mettront jamais leurs armées au service de cette lutte contre des terroristes qui les ont épargnés depuis des décennies.

Face à cette situation les nations de la coalition sont dans le plus extraordinaire paradoxe entre les propos des gouvernants et les actes militaires possibles. Leurs dirigeants ne peuvent pas avouer leur impuissance à des opinions publiques angoissées alors qu’elle est patente alors ils pratiquent la fuite en avant. Et si désormais la guerre était une chose trop sérieuse pour qu’on la confie aux politiques ?En tous cas je suis certain en ce qui me concerne que nous revenons en arrière en un temps où l’homme était un loup pour l’homme. Et avec Albert Einstein je ne peux que constater que « je ne sais pas quelles armes seront utilisées pour la troisième guerre mondiale, si elle a lieu. Mais la quatrième se règlera à coups de massues » Actuellement on recommence déjà à couper des têtes !