Parmi les fonctions bénévoles que l’abandon de mon mandat de Maire ne me permet plus d’exercer il y a celles au sein de l’Association des Maires de France. Aujourd’hui s’est tenu le dernier bureau national de la mandature et donc j’ai terminé ma participation à cette instance dont j’ai appris l’importance dans la vie politique. En fait elle a un rôle décisif car elle rassemble des élus de toutes les tendances (hors FN) qui ont le privilège de se prononcer sur la totalité des textes en préparation au sein des divers ministères et avant leur passage au parlement. C’est un travail passionnant car il permet de s’exprimer librement et sans posture politicienne sur les inventions des « gens du tunnel » comme l’a fort bien décrit Michèle Delaunay. Et nous avons terminé aujourd’hui par un feu d’artifice dont ma mémoire gardera la trace. Je maintiens mon avis : il n’y a pas de gouvernement politique en France mais un assemblage de « techniciens » fondus dans le même moule, déconnectés de manière criarde de la réalité…qui dictent leur volonté aux politiques Il faut une révolution culturelle pour renvoyer ces centaines de penseurs ayant fait leur parcours hors du monde. Terrible! Impensable! Inimaginable! Inexcusable mais la droite l’a fait

Après trois heures de présentation de ce que ces gens venus d’une autre planète ont imaginé je suis ressorti démoralisé et atterrée. Je ne peux pas croire que des femmes et des hommes ayant reçu un mandat des électrices et des électeurs puissent inventer ou cautionner des propositions du type de celles qui nous ont été présentées. Pire je ne peux pas envisager un seul instant qu’ils en aient eu connaissance… ou alors ? En fait la réunion a été entièrement consacrée à une énumération de réformes n’ayant qu’un seul objectif : afficher des économies nationales artificielles en les faisant payer directement ou indirectement par les collectivités territoriales ou en les privant de leurs recettes. Une technique simple est en place : diminuer leurs dotations (ce qui pourrait se comprendre) et donc les contraindre à abandonner des pans entiers de leurs politiques au service direct des populations (ce qui est suicidaire). Les « penseurs » ministériels obsédés par les budgets sont incapables de mesurer les dégâts sociaux ou simplement humains que leurs propositions vont générer !

D’ailleurs il s’en moquent !

Si par hasard les élus locaux rechignaient on procéderait à la mise en œuvre de mesures financières coercitives en sachant par avance qu’ils seraient coincés pour augmenter les impôts au moment où le gouvernement empilerait les exonérations. Et c’est ouvertement affiché dans la loi de programmation financière 2015 avec une perspective de calquer les soutiens sur le respect de critères en matière de fonctionnement ou en matière de volume d’emprunts. On calculera les dotations selon des ratios définis par l’Etat ! Finie la fameuse « libre gestion des collectivités » qui ne restera qu’un principe tellement encadré que le « liberté » sera totalement fictive. Les années 2016, 2017 seront terribles car elles sont déjà en point de mire avec un garrot réglementaire et financier posé sur les communes.

Pour tenir quelques promesses nationales on les sacrifiera (objectif seulement 3 000 en 2020 par la transformation amorcée des communautés de communes en collectivité à part entière), les conseils généraux (60 ruraux, 30 en fédérations d’intercommunalités et une douzaine « métropolisés »), une douzaine de régions transformées en « Etats » avec « gouverneur » pour diminuer considérablement la résistance des élus locaux et accentuer la recentralisation. Les techniciens anonymes de Bercy et de la Place Beauvau se régalent puisque les socialistes actuels désavouent totalement ceux des années 80. Gaston Deferre doit se retourner dans sa tombe : sa décentralisation est morte ! Le récent arrêté du conseil constitutionnel qui a considéré que les intercommunalités n’étaient plus des « outils » mais des collectivités à part entière puisque leur délégués avaient été « fictivement » adoubés par le suffrage universel (listes bloquées). C’est l’amorce de l’évaporation des communes dans l’indifférence générale !

Alors on y va : baisse de la DGF, suppression de la taxe sur les spectacles (sport professionnel, grands concerts -1-), refonte de la taxe de séjour renvoyée au niveau national, déstructuration du versement transport, ponction des fonds de réserve des agences de l’eau, financement par les collectivités de l’amende européenne sur les nitrates qui vont entraîner une hausse considérable du prix du m3 d’assainissement, tracas de la CAF pour ne pas payer sa participation aux rythmes scolaires La liste est longue. Les mauvaises surprises arrivent à la pelle !

Dans le domaine des réformes la commission chargée de celle des scrutins municipaux va accentuer la défaillance de la démocratie locale avec des propositions surréalistes. Suppression de cette fameuse carte d’électeur propre à la France ; plus d’inscription et de radiation des listes électorales centralisées au niveau des « chefs-lieux communautaires «  (?), plus de professions de foi ou de propagande envoyées sur papier (internet sert à tout)… campagnes remboursées à 25 %. Et j’en passe ! Tout coûte trop cher et donc on s’attaque même aux symboles républicains. Il suffira bientôt de remplacer les scrutins par des sondages au prétexte que les élections sont trop onéreuses !

Bien évidemment à l’unanimité le bureau de l’AMF a entamé la « résistance » face à cette avalanche de réformes qui vont ensevelir la République sous les considérations financières. La démocratie ? Le lien social ? La vie locale ? L’égalité d’accès aux services ? Des idées rétrogrades que seuls quelques maires utopiques porteront encore pour 2 ou 3 ans ! Désormais on parle fric !
-1- Et dire que les villes des grands stades ont inclus ses ressources dans leurs recettes pour payer des investissements pharaoniques !