Lentement au cours des 40 dernières années les partis politiques se sont englués dans la « gestion réformiste » alors que durant les décennies certains se voulaient révolutionnaire face aux injustices sociales. Cette mutation a fini pas effacer certaines frontières jugées longtemps infranchissables entre les idéologies initiales et inexorablement les gens se sont détournés de ce marécages des valeurs où plus personne ne connaît réellement la profondeur des engagements. On surfe sur les événements avec des réactions ponctuelles dénuées de toute stratégie ! Les « comptables » ont remplacés les « philosophes » et les « techniciens » ont éliminés les « militants ». C’est ainsi dans une société consumériste et obnubilée par les ratios et le profit.
Dans la situation présente de la France alors qu’il faudrait un grand dessein, une vraie réforme d fond il n’y a plus de place pour l’utopie ou au moins l’imagination. Le pouvoir créatif a été confisqué par l’opinion dominante. On se contente de « réformer » au lieu de « révolutionner » pour construire le monde demain quand le temps est propice à des modifications structurelles. Bien évidemment à Droite elles n’iront jamais dans le sens de l’émancipation des individus et on retrouve les éternelles rengaines sur la suppression des impôts, la déstructuration de la fonction publique et la privatisation croissante des services. Les pseudos programmes de Fillon et Sarkozy sortis dans la même journée tournent autour de ces principes. Ils en sont ridicules tellement ils reprennent les erreurs ayant conduit le pays à la situation catastrophique dans laquelle ils l’ont laissé. Mieux ils se concurrencent dans l’outrance libérale pour tenter de conquérir des partisans impatients de voir détruit ce qu’il reste des spécificités françaises non rongées par les directives ou les oukases européens. L’échec sera au rendez-vous avec des dégâts humains faramineux mais plus rien ne peut mobiliser les électrices et les électeurs engoncés dans un égoïsme corporatiste ou de classe.
La Gauche a un créneau exceptionnel devant elle. Comme elle se contente majoritairement de taper sur François Hollande plutôt que de construire un véritable projet novateur elle le laisse filer. La crise du capitalisme se profile car ses bases antérieures ont été sapées par la financiarisation de la planète et par les technologies en développement. La révolution numérique que nous vivons pourrait en effet selon l’essayiste américain Jérémy Rifkin marquer la fin de l’ère capitaliste et l’avènement d’un nouveau mode d’organisation collaboratif et décentralisé fondé sur l’économie sociale et le partage des biens communs. Partant du constat que les nouvelles technologies de l’information et de la communication permettent de réduire drastiquement le « coût marginal de production » de nombreux produits et services, l’auteur prédit que les individus pourront bientôt soit les produire eux-mêmes, soit y accéder pour un prix modique… et cette théorie se trouverait vérifiée dans seulement 40 ans ! On est loin très loin des programmes totalement passéistes de l’ex-Président n’ayant rien vu, rien entendu et surtout rien fait durant sa présence au pouvoir avec son « collaborateur » devenu son ennemi !
La crise sociale, financière, économique, humaine nécessite une forte inflexion des politiques et, pour reprendre une proposition faite par Jacques Chaban Delmas le 16 septembre 1969 la construction d’une « nouvelle société ». Bien évidemment elle ne reposerait plus sur aucune des éléments de ce discours mais elle en prendrait la signification. Il faut sortir politiquement de positions et aller déjà sur les années 2015-2025 avec des idées sortant des sentiers battus ! C’est ainsi que face au danger de faillite du système actuel il faudrait anticiper et bâtir une stratégie diamétralement opposée reposant sur la capacité des citoyens à prendre leur destin en mains. C’est possible, c’est souhaitable et c’est essentiel pour faire face à la carence programmée de l’État pour faire face aux besoins fondamentaux de la vie sereine en collectivité. La diminution des communes, des intercommunalités, des départements va creuser les inégalités et rendre indispensables de nouvelles formes de réseaux de solidarité comme ce fut le cas après les grandes guerres.
Il faut absolument que la gauche mette tire les conséquences de la défaillance du capitalisme financier et relance un vaste mouvement d’autogestion citoyenne dans tous les domaines comme ce fut les coopératives, des mutuelles, des associations gestionnaires, des réseaux de circuits courts de distribution, de groupements d’employeurs… Bref de bâtir une nouvelle économie solidaire qui concurrencera ouvertement le privé pur et qui sera même incité à le faire ! 248 coopératives ont vu le jour en 2012, créant ainsi plus de 1600 emplois. Ces nouvelles entreprises sont principalement issues de créations ex nihilo (70%), mais aussi de transformations d’associations (15%) et de transmissions et reprises d’entreprises classiques (15%). Ceci porte à 2165 le nombre de SCOP, qui emploient 43830 salariés au plan national. 43% d’entre eux travaillent dans le bâtiment et l’industrie et 36% dans les services. La pérennité des coopératives n’est plus à démontrer: 82,5% d’entre elles tiennent le coup sur trois ans contre 66% pour les autres entreprises. Malheureusement elles ne dépendent pas du Medef !