Depuis des décennies, je lutte inlassablement tant dans ma vie professionnelle d’enseignant (pédagogie Freinet) que dans la vie politique (autogestionnaire convaincu) que dans le quotidien (conseil consultatif citoyen cantonal) afin de remettre en vie le concept totalement oublié par une société strictement mercantile de la citoyenneté active. Des jours et des jours d’efforts avec le sentiment souvent de prêcher dans le désert puisque la marche inexorable vers le précipice s’accélère et que pas une décision annoncée depuis des décennies ne va vers l’autonomie, la responsabilité et la participation. Le pouvoir politique étranglé, anesthésié a été confisqué par l’économie, le médiatique et par le seul concept de rentabilité. Et pas un seul événement du quotidien (regardons simplement l’alerte mondiale lancée hier par le GIEC sur le réchauffement climatique) ne parvient à inverser cette tendance planétaire reposant sur les vertus de la croissance par la sur-consommation.
Dans un entretien sur le SITE www.latribune.fr le politologue belge Nicolas Baygert lance à cet égard les pistes d’une nouvelle vie politique et analyse l’effet des « foules sentimentales » du Web participatif sur la sphère politique. Le titre de l’article me convient à merveille car il souligne le chambardement qu’il est possible d’opérer en concevant autrement le rapport aux habitants afin qu’ils redeviennent des citoyen(ne)s ouvert(e)s, critiques, vivants au lieu de s’enliser dans une consommation castratrice, passive et stérile. Selon lui : « le citoyen, consommateur de politique veut désormais co-créer l’offre ». Chiche!
La structuration via les réseaux sociaux de courants de pensée arrive en France des autres pays et faute d’en prendre conscience les partis actuels vont se vider de leur substance. Malheureusement depuis le début ces groupes virtuels se constituent souvent autour d’opposition à une décision, à une mesure, à un projet mais ne tournent pas encore sur du positif et du concret. Ils permettent cependant souvent d’éveiller ou de réveiller des gens pour le moins endormis. Ils participent à leur manière à la co-construction de leur vie via les nouvelles technologies. Et bientôt au lieu de compter les adhérents ou les manifestants (avec les truquages que ceci comporte) on se référera aux participants à un forum ou à une pétition internet. Le véritable enjeu de ce processus est de savoir si la « consommation politique » actuelle (on suit un nom reconnu médiatiquement) ne va pas virer au cauchemar avant que l’on modifiera en profondeur les gouvernances démocratiques
« Aujourd’hui, beaucoup de citoyens sont effectivement dans une posture de défiance. On le voit avec les Indignés, mais aussi à travers l’essor des modes de consommation alternatifs, comme l’économie du partage ou le troc organisé sur Internet. Il y a une volonté de sortir du système, d’avoir une posture plus ou moins anti-systémique, tant au niveau politique qu’économique. Le citoyen s’est mué en consommateur de politique, il veut aussi en cocréer l’offre. Or, le système actuel ne permet pas de le faire : on est encore dans une logique de hiérarchie, de casting interne de partis.C’est pourquoi on voit émerger parallèlement ces nouvelles formes d’organisations politiques. Elles se façonnent comme dans l’économie numérique » Le constat du politologue belge est totalement vrai et pourtant personne ne réagit car la caste politique nationale vit sur ces principes et n’envisage pas de les changer.
On en arrive donc à ce qu’il n’y ait plus dans le monde actuel que des « anti » quelque chose. On adhère à un parti non pas pour les valeurs qu’il porte mais car on est « contre » un fait, un événement, une décision, une proposition. Le danger est là et Nicolas Baygert le précise : « Je pense qu’aujourd’hui, il y a un risque de déconnexion entre les pratiques politiques et ces mouvements – au départ souvent de boycotts et de réprobation -, qui trouvent avec Internet une caisse de résonance à leur message. Avant, on avait des manifestations de rue, avec des mouvements d’humeur ponctuels et isolés.Désormais, les mouvements d’humeur arrivent à s’interconnecter et à faire corps, grâce au Net. Regardez le Printemps français, on y retrouve des dizaines de combats hétérogènes : contre les Femen, contre le mariage pour tous, contre François Hollande… Une guérilla s’organise et le politique est coincé. Il est incapable de formuler une réponse immédiate, car il se situe dans un autre temps, dans une logique plus longue de négociations et de débats parlementaires ». La démocratie représentative est donc en danger et même très menacée. D’autant que les « politiciens » surfent sur ces tristes réalités puisque l’éducation civique, politique, syndicale n’existe plus dans une société qui se préoccupe de la croissance économique et du profit ! Elle pleurera bientôt sur son triste sort !
(1) http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=newssearch&cd=1&cad=rja&uact=8&ved=0CCIQqQIoADAA&url=http%3A%2F%2Fwww.latribune.fr%2Fopinions%2Ftribunes%2F20141102triba1385a618%2Fle-citoyen-consommateur-de-politique-veut-en-cocreer-l-offre.html&ei=OytXVMUzwfg65KyAqAc&usg=AFQjCNF87hGpGXI-qPIU7S1rps72X3K9Eg&sig2=lBLvJh86eSpFfDaQvdXZRw&bvm=bv.78677474,d.ZWU