Les conférences succèdent aux conférences… les déclarations fracassantes s’empilent… les politiques montrent les muscles face au monde de la finance…les pleureuses éternels du CAC 40 se lamentent sur leur sort… et pendant ce temps la comédie continue. Les comptes truqués, les paradis dits fiscaux, les avantages colossaux accordés à des dirigeants ne dirigeant rien du tout… les « j’aime l’entreprise » ne s’arrêtent jamais.
Des pays entiers font la fortune d’une poignée de leurs habitants en dépouillant simplement les autres et ce, en toute impunité. le Luxembourg est par exemple accusé depuis plusieurs années d’être l’un de ceux-là en raison de ses pratiques accommodantes en matière de fiscalité, mais aussi de son secret bancaire. Le pays avait toutefois montré des progrès dans ce domaine puisqu’il s’était engagé récemment à mettre fin au secret bancaire en 2017 ce qui laisse largement le temps aux tricheurs institutionnels de mettre leur fric à l’abri par le biais d’une carambouille sur de multiples sociétés offshore. De nouvelles révélations sur les pratiques d’optimisation fiscale des entreprises rassure sur la sincérité des engagements luxembourgeois.. Au moins 340 sociétés auraient signé des accords secrets avec le Grand Duché pour y planquer une bonne part de leurs bénéfices, leur permettant de réaliser chaque année des milliards d’euros d’économies d’impôts. Rassurez vous ce ne sont pas les limiers de Bercy qui ont découvert cette véritable escroquerie internationale… Ils sont trop occupés à saborder les investissements publics effectués par les collectivités territoriales accusées d’être trop dépensières et mal gérées.
« Ces accords fiscaux recouvrent des opérations d’ampleurs et de natures très différentes. Ces dernières vont du déplacement d’un siège social au Luxembourg à la création d’entités ad hoc destinées à porter des actifs ou à réaliser des acquisitions », détaille Le Monde et bien d’autres grands quotidiens qui ont mené l’enquête que Bruxelles se gardera bien de conduire. Parmi les sociétés concernées figurent notamment « des géants du Net, des télécoms, de la finance ou de la grande consommation », d’après le quotidien, qui cite notamment les noms d’Apple, Amazon, Heinz, Pepsi, Ikea ou encore Deutsche Bank ou BNP Paribas. Des milliards ont échappé au contrôle des Etats où ils exercent leurs activité pour nourrit le Luxembourg dont l’ex-premier ministre donne des leçons de rigueur à tous les autres pays ! Sabrez dans les dépenses publiques, étranglez le pékin moyen, tuez la croissance car il faut bien que nous puissions recueillir les pauvres entreprises devant licencier pour maintenir les dividendes réels.
Placer son argent dans un paradis fiscal sert à échapper au fisc, mais pas seulement. Ces territoires permettent aussi d’échapper aux lois et les réglementations, le plus souvent sous le sceau de la confidentialité. Les députés peuvent passer des nuits sur la loi de Finances, les spécialistes des grandes entreprises ont déjà anticipé en allant d’un paradis à l’autre ou en planquant par exemple par la division calculée des sociétés les impôts. Il existe plus d’une cinquantaine de pays où il est aisément possible de dissimuler tous les fonds que l’on souhaite. Tenue par le souci diplomatique de ne froisser personne, la France n’en comptabilise officiellement que huit, pour le moins exotiques (le Botswana, Montserrat, l’île de Nauru, l’île de Niue…), l’OCDE en a dénombré jusqu’à… 84 avant de réduire sa liste à zéro sous l’impulsion de Juncker le Luxembourgeois. Rassurez vous il restera à son poste de grand timonier européen et dans quelques heures on aura tout oublié. L’ONG Tax Justice Network en recense 71. Chacun de ces Etats a sa spécialité : la Suisse est parfaite pour cacher les grandes fortunes, Jersey pour transmettre un patrimoine, les îles Caïmans pour accueillir les fonds spéculatifs, Hong Kong pour établir une société-écran…et le Luxembourg pour négocier des accords bienveillants !
Le Grand Duché est accusé de servir d’intermédiaire aux grandes multinationales pour échapper le plus possible à l’impôt dans les pays où ils gagnent de l’argent. L’affaire est grave parce que l’information repose sur une base solide: 28.000 documents qui viennent du cabinet d’audit et de conseil PWC. Ces documents concernent un millier d’accords préalables passés entre l’administration fiscale luxembourgeoise et ces multinationales sur une période allant de 2002 à 2010. Avec des grands noms comme Pepsi, Ikea, JP Morgan, Fedex. Il faut savoir cependant que les critiques ne sont pas nouvelles: les documents de PWC ont déjà été utilisés dans l’émission Cash investigation en 2012 à la télévision française. Mais cette fois, l’affaire prend plus de poids parce qu’elle est publiée en même temps dans 26 pays après une enquête de six mois menée par 76 journalistes. Mais dans le fond rien de grave… Tout est légal au Luxembourg et ce brave Juncker n’était pas au courant. Le nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker était Premier ministre à l’époque où ces documents ont été validés. Bruxelles estime que ces pratiques fiscales très arrangeantes pourraient être considérées comme des aides d’Etat déguisées. Désormais, Jean-Claude Juncker est suspecté de pouvoir intervenir en faveur du Luxembourg pour éviter une condamnation sur ce dossier. Ce qui le fragilise alors qu’il est en poste depuis moins d’une semaine… Mais plaie d’argent n’est pas mortelle !