Ces livres sans intérêt qui apostrophent

Dans la semaine dernière les caméras, les micros et les stylos envahissaient les lieux où étaient remis les prix littéraires. Il paraît que c’était même une cohue indescriptible au Café Drouant pour apprendre que le Goncourt était remis à Lydie Salvayre pour un ouvrage consacré à ses souvenirs autour de la guerre d’Espagne… La lutte avait été sévère et la surprise finalement au rendez-vous ! La France était en haleine! Enfin presque tout le pays car la Ministre de la culture n’ayant pas eu le temps de lire un bouquin depuis 2 ans n’était pas forcément passionnée par ce qui relève des jeux du cirque médiatique.
Il est en effet déjà sorti depuis le 1° janvier près de 73 000 titres français ce qui constituera probablement en record mais tous n’ont pas le bonheur de connaître le sort d’un Goncourt ou même d’un Renaudot ! En fait le succès d’un livre se fait exactement sur les mêmes bases qu’un produit de grande consommation. Ce qui est frappant c’est que les plus grands succès de 2014 resteront donc le pamphlet vengeur de Trieweiler, le pensum révulsif de Zemour et peut-être les deux sorties parallèles au Goncourt.
« Ça reste entre nous hein ! » (1) est un premier titre qui fait honneur à la langue française d’autant qu’il est, de l’aveu même de bien des critiques truffé de mots choisis (un florilège!) du personnage principal, une dénommé Nicolas Sarkozy. Un langage réputé académique, une justesse de ton exceptionnelle et un suspense incroyable : les secrets du best-seller en somme ! En fait on se demande bien les raisons qui l’ont écarté dans la course aux prix ! sa sortie coïncide d’ailleurs jour pour jour avec le rendez-vous de Drouant. Un hasard ? J’en doute ! Le public va se ruer dans les librairies pour acquérir un recueil d vacheries ou d’injures d’une finesse absolue. En fait l’éditeur a longtemps hésité sur le titre qui aurait bien ou être « confidences secrètes publiables  d’un héros sur le retour » mais c’était trop long et pas assez clair pour le lecteur moyen !
Le second bouquin intitulé « Sarko s’est tuer » (2) va vite rejoindre sur les rayons de la littérature française les Goncourt, Renaaudot et Fémina. Là encore il a tous les ingrédients du grand succès d librairie. Une ambiance romans d’espionnage avec un enregistrement (à l’insu de l’intéressé?) effectué par des journalistes d’investigation qui va servir de base à une nouvelle affaire d’État. Dans la série des « Rois -de l’UMP- maudits » on aurait en effet demandé le secours du principal lieutenant du Roi pour accélérer la mise au cachot de l’ennemi commun parti pour mais désireux de revenir dans le jeu de succession. Bref du sang, des révélations, des larmes et de la trahison ! Les lectrices et les lecteurs (à ne pas confondre avec les électrices et les électeurs) seraient prêts à casser leur maigre tirelire pour acheter ce type de « roman » afin d’assouvir leur soif de scandale.
Éclipsés par les auteurs de ces chefs d’œuvre Lydie Salvayre ou David Foenkinos n’ont plus qu’à bien se tenir puisqu’ils ne provoquent aucune polémique. L’essentiel est en effet pour « vendre » reste de transformer le quotidien de la vie politique avec ses querelles de personnes, ses rivalités individuelles, ses faux affrontements, ses complicités malsaines en sujets capitaux pour l’avenir du peuple. La concurrence devient sévère chez les éditeurs. Il faut en effet conserver le secret absolu sur qui observe qui  pour écrire un bouquin car la concurrence devient forte. Trouver le traître idéal ou le faux-cul parfait susceptible de ramener une couverture médiatique profitable devient un travail à temps plein. Et c’est ainsi que le journaliste devient…écrivain car il est idéalement placé pour obtenir des confidences complaisantes qui serviront à remplir des pages inutiles sauf à faire enfler le fameux « buzz » autour d’une affaire commerciale.
La vraie littérature, celle qui peut espérer survivre à l’instant ou à l’événement, traverse une véritable crise car elle est dévalorisée par ces multiples éditions totalement éphémères mais « vendeuses ». Il y a un certain symbole dans la semaine écoulée où deux livres sur « la guerre d’Espagne » et « Auschwitz » sont éclipsés par les élucubrations des rivaux de feu l’UMP dont on sait qu’ils lisent tous deux au moins un bouquin par semaine ! « Qu’une ministre de la culture n’ai pas lu de livre depuis 2 ans est inadmissible. Elle rencontre le prix Nobel de littérature, Patrick Modiano, sans avoir lu une ligne de lui. Elle doit démissionner » a expliqué avec componction Yann Queffelec lors de la remise du Prix Goncourt. Il a certainement raison mais dans le fond ce n’est que l’illustration parfaite de l’état culturel de la France…

(1) Flammarion Nathalie Schuck et Frédéric Gerschel
(2) Stock Gérard Davet et Fabrice Lhomme

Ce contenu a été publié dans PARLER SOCIETE, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à Ces livres sans intérêt qui apostrophent

  1. J.J. dit :

    Ces livres qui apostrophent sont le pivot de la littérature….

    Je lis en moyenne deux livres par semaine (en plus des chroniques de JM Darmian…), mais j’avais un point commun avec la ministre de la culture : je n’avais jamais lu d’ouvrage de Modiano.

    Dois-je démissionner ?

    Non, car depuis hier soir je m’y suis mis (à Modiano). Belle écriture, facile à lire, mais trop tôt pour porter un jugement personnel, jusqu’à présent pas vraiment emballé par le sujet. Il est vrai que je n’ai peut-être pas fait le meilleur choix de titre.

  2. PC dit :

    Dans le même ordre d’idée de la médiocrité élevée au rang de culture, il y a le navet de l’année « Lucy » de Besson qui, paraît-il vient de battre le record du nombre d’entrées pour un film français dans le monde….
    Qu’est-ce qui fait le succès de ces daubes littéraires et cinématographiques? tout simplement le battage médiatique qui en est fait, par une presse complice et pas désintéressée.
    Mais, avec 700 nouveautés à chaque rentrée, on comprend que les médias, comme les lecteurs, soient un peu perdus et il est plus simple d’offrir le succès aux bouquins sur Hollande et Sarkozy avec leur côté voyeur style Ici Paris.
    Pour ma part, bien qu’ayant lu environ 50 livres depuis le début de l’année, je n’ai jamais lu Modiano, comme je lis que rarement les nouveautés à grand battage.
    A quelques exception près, je me suis régalé cette année avec Genevoix, Dorgeles, Miquel (guerre 14/18), mais aussi Justens (la mathématique du chat de Geluck), Harlan Coben (Ne t’éloigne pas, moyen), Beaucarnot, Jean Rochefort (excellent), Watson (Avant d’Aller Dormir dans le même genre mais bien meilleur que Coben), Céline Minart (Faillir Etre Flingué, un régal que j’ai lu 2 fois de suite), une vingtaine de romans policiers de toutes époques, etc…

  3. J.J. dit :

    @PC parodie de la BBC « les lecteurs parlent aux lecteurs »

    Il semble que je sois le même genre de lecteur que toi : lecture ou relecture des « classiques » : Vincenot, Anatole France (un peu vieillot, mais il faut se remettre dans le temps) et j’en passe.
    J’aime bien également en policier Carl Hiaasen sanglant, burlesque, pas politiquement corect, mais « vrai » dans le fond.
    J’ai aussi lu récemment un bouquin de Gérard Delteil : « les Années Rouges et Noires (en gros de l’occupation à la fin du XXème), qui mêle l’histoire et la fiction, la lutte entre l’Est et l’Ouest, gaullisme et communisme….

    J’ai terminé mon Modiano sans conviction. Mais je ne suis pas critique littéraire et j’ai parfois très mauvais goût : je n’ai jamais réussi à lire en entier un livre de Marcel Proust….
    Je note les nouveautés (pour moi) que tu cites, c’est toujours bon d’avoir quelque chose à découvrir.
    Amicalement

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.