La force colossale du verbe n'est plus !

Il y a fort longtemps, comme disent les vieux, alors que je passais du syndicalisme vers la politique un ami ayant fait le même chemin que moi m’avait, lors d’un repas chez moi, simplement indiqué : « la politique ce n’est qu’une affaire de rapport de forces ». Je peux constater que dans ce milieu ce constat est une réalité croissante ! On n’existe justement que par ses « muscles » et surtout pas par la qualité de ses actions ou son travail ! Bomber du torse, afficher sa force, rouler des mécaniques, impressionner par les apparences continuent à appartenir aux recettes du succès ! De plus en plus il vaut mieux être indispensable comme force d’appoint que d’être un fidèle grognard dans une majorité pléthorique !
Chaque jour il faut admettre cette évidence et ce ne sont pas les derniers événements qui démentent ce constat ! Bruno Lemaire au sein de l’UMP en « décomposition-recomposition » est de fait plus fort que Nicolas Sarkozy, surtout s’il refuse comme Juppé ou Fillon de rentrer dans le système en création. Les « frondeurs » au PS arriveront à se tailler une place de choix en juin prochain grâce à leur prise de position en flèche ! Le parti de gauche bloque le PC dans certains secteurs ! Partout on négocie quand on est « costaud » !
En fait en cette époque de comptables on juge le rapport de force en nombres ou en pourcentages ! On est donc arrivé à ce que dans les partis un an avant un vote on distribue des cartes d’adhésion achetées au prix de gros, la bataille des chiffres fait souvent rage quand celle des idées est reléguée à de la figuration. Ce fut durant des années la principe de Staline apprenant que le Vatican entrait en guerre : « C’est combien de divisions ? «  Nicolas Sarkozy va donc lancer des « promotions » pour attirer le maximum de clients et ainsi s’améliorer un vite décisif sur le déroulement ou l’abandon des primaires. Le rapport de forces vous dis-je et il sait qu’il a moins d’un an pour l’établir.
Il y a d’autres manières de s’installer durablement en politique ! Ne rien dire, ne pas faire grand chose mais observer, glaner quelques secrets et ensuite faire savoir que l’on les connaît ! Durant des décennies les ministres de l’Intérieur ont été au carrefour de ces informations et partaient avec des caisses de munitions. Tous sont devenus puissants et respectés car ils tiennent en joug les gens trop pressés ou trop velléitaires durant quelques années. Cette technique dite â l’ancienne semble révolue quoique depuis que Hollande est installé à l’Elysée elle est utilisée par photographes interposés ou par roman de pie revêche intéressée.
Hier soir en parlant de l’assassinat de Jaurés j’ai évoqué l’échec de la prise de pouvoir par le verbe et et la conviction! En une autre époque tant comme tribun que comme éditorialiste le député de Carmaux à tenté de convaincre et de persuader par les discours ou les écrits ! Un pari impossible â l’heure actuelle puisque plus personne ne fréquenté les meetings sauf les convaincus d’avance et le taux de lecture d’un texte politique ne dépasse jamais les 4 ou 5 %. Si l’on ajoute que cette méthode est exigeante car elle demande beaucoup présence et temps on peut aisément imaginer qu’elle va disparaître ! Il vaut mieux un livre de « nègre » avec révélations croustillantes que textes quotidiens pas toujours passionnants. En 1981 Mitterrand avait renoué avec cette passion pour les mots qui parlent au cœur et â la raison et de Gaulle avant lui avait été un ardent défenseur du discours direct parlant aux foules. Imaginons qu’au cours du grand rassemblement pacifiste de 1914, il y eut au pré Saint Gervais pas moins de 75 orateurs.
Le sondage devient l’arme idéale. On le tripatouille un peu par la manière de poser la question et on entre au Panthéon des gens en qui le peuple croit. Ce n’est plus qu’une question de moyens financiers et de duplicité médiatique pour parvenir à s’installer dans un bon rapport de forces. Attentez cette fin de semaine et vous verrez combien les querelles de feu-l’UMP vont être réglées par une enquête d’opinion bienvenue ! On dit que Manuel Vals va contre attaquer dimanche soir sur France 2 pour tenter de se refaire une santé en quelques petites phrases !
Jaurés a perdu la vie pour être allé au bout des mots et des actes ! Rien de pire pour un tribun de mourir à table, tué par un fou de Dieu qui n’aimait pas ses phrases et ses positions. Ah ! Le discours de Gabin en « président » écrit par Audiard dans un film de notre époque : quel régal pour ce qui croit en la force colossale du verbe ! Je déteste ce milieu de la facilité et du mépris ! Jaures avait choisi et il l’a payé !

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1 réponse à La force colossale du verbe n'est plus !

  1. François dit :

    Vous avez ô combien raison, la force colossale du verbe quand il porte des idées et non une langue de bois, a disparu du débat public. Les médias sont désormais les passeurs d’une certaine idéologie commandée et diffusée par des groupes ayant partie prenante dans la finalité de la communication. Pour cette raison , ils sont un filtre qui retient au passage un verbe trop porteur de conscience qui pourrait altérer la bien bienpensance omni diffusée.
    Les sondages viennent compléter l’uniformisation de l’opinion et sont très pratiques pour fixer un cadre de pensée qui agit comme une clôture pour un troupeau. Si leur efficacité est relativement efficace dans les estimations électorales , il faudrait se poser la question de l’influence qu’ils exercent inconsciemment sur les électeurs eux mêmes..
    Ils sont parfois aussi mal interprétés , un exemple hier à la télé : la même proportion de sondés était à la fois pour et contre la notation à l’école (environ, de mémoire 80% dans les deux cas) les Français sont paradoxaux mais le sondage avait introduit une nuance qui a échappé aux débatteurs de plateau télé. Une question était: 1/ êtes vous contre le POIDS de la notation et l’autre était 2/ souhaitez vous la disparition de la notation. Si les sondés pensent que la peur de la mauvaise note (son poids) peut entrainer , par découragement , l’élève dans la spirale de l’échec , en revanche les parents veulent quand même garder une lecture claire du niveau de leur enfant . Une illustration de la nocivité des sondages quand ils sont mal analysés, qui se rajoute à leur nocivité quand ils cantonnent l’opinion dans un cadre restrictif.

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