Qui veut des nuits noires de Noël ?

Durant la nuit qui est derrière vous, si on en croit le scénario religieusement monté de toutes pièces par un pape ayant anticipé sur les péplum hollywoodiens en 354 et encore rien n’est certain, on parle d’images pieuses, de bons sentiments et on se goinfre de… sucreries. L’évêque Libère aurait en effet choisi cette date du 25 décembre sur la base d’un calcul autonome fait au cours du IIIe siècle mais il s’insère aussi dans un cadre plus général de la constitution d’un calendrier liturgique, probablement destiné à concurrencer, à Rome, les réjouissances païennes. Déjà en Europe on parlait de « concurrence libre et non faussée. En fait quand on revient sur le story-board de cette naissance on retrouve tous les ingrédients de la société moderne avec le couple SDF, la procréation divinement assistée et de manière plus aléatoire, la venue des représentants du monde du profit s’associant par charité à l’évènement. C’est ce a fait son succès planétaire.  Mais dans le fond peu importe car l’essentiel c’est désormais le sens que l’on a donné à ce rendez-vous totalement artificl permettant néanmoins le retour vers une certaine idée traditionnelle de la famille idéale. C’est dans l’air d’une époque des enfants roi où existe la notion essentielle du bonheur consumériste justifié par des idées généreuses. Il faut rappeler que partout à travers le monde le moment se veut celui de la naissance du Messie venu apporter sur la terre l’amour, la paix et la sérénité. C’est beau mais on en est loin, à des années lumière de ces valeurs puisque partout la mort la plus injuste, la plus dure, la plus horrible, la plus pitoyable a largement remplacé les actes de vie ! Une naissance est devenue tellement banale qu’elle ne fait même plus élargir le cercle de famille et que l’on défile, on éructe, on se déchire autour des moyens de la provoquer comme si les femmes ne pouvaient pas enfin avoir la liberté de choix. Noël dissimule un mode cruel, injuste, terriblement inégalitaire.

On retiendra ce matin les offices médiatique ou le désordre de ceux où l’on préparé les huîtres, les crépinettes, le foie plus ou moins gras et la volaille rôtie avant la bûche. La journée sera passée tellement vite qu’il faudra absolument en avoir conservé une trace pour que plus tard on puisse évoquer ces moments de partage plus ou moins joyeux. On oubliera vite les fastes pour retomber sur terre. Pourtant Noël 2014 aura pour moi raté son retour annuel puisque là-bas Outre-Atlantique au pays de l’économie triomphante, un jeune noir a payé au prix fort un climat  détestable contraire à absolument tous les principes rattachés au scénario de la nuit de Bethléem . Dans une station-service de Berkeley, dans la banlieue de Saint-Louis, quartier proche de Ferguson, banlieue de la métropole où début août, un policier avait tué par balles un autre jeune Noir, Michael Brown, Antonio Martin a été tué. Peu importe les circonstances car c’est un affreux épisode d’un enchaînement de violences policières à l’égard des noirs qui va finir par rappeler les pires nuits racistes du Sud ! L’incident de Ferguson avait déclenché plusieurs nuits d’émeutes, et de multiples manifestations parfois violentes dans nombre de métropoles du pays et rien n’était calmé d’autant que les poursuites engagées contre les auteurs de ces « bavures » n’ont absolument pas été poursuivis ou ont été acquittés. On est encore parti pour un scénario beaucoup moins attractif que celui de la grotte avec la aille, l’âne et le bœuf ! Le jeune homme aurait pointé un révolver en direction de l’agent qui s’approchait de lui, a précisé dans un communiqué Brian Schellman, un porte-parole de la police du comté de Saint-Louis. Craignant pour sa vie, l’agent aurait tiré… et on remet ça ! La mère, car il en avait une lui-aussi, a en revanche déclaré à la presse que la petite amie de son fils avait offert une autre version de la tragédie. « Elle m’a dit qu’ils sont allés dans un magasin, qu’ils marchaient quelque part. Ils marchaient et la police – je présume qu’il a initié quelque chose et la police a tiré », a-t-elle déclaré. Qui a pensé à lui dans la nuit… noire de Noël ?

Noël c’est aussi ces faits que tout le monde oubliera très vite en ces moments où il faut absolument être heureux. Moi le premier d’ailleurs car il existe une certaine lassitude à lutter contre la bête immonde qui renaît sans cesse des ventres de sociétés n’ayant guère progressé depuis que les religieux ont écrit, sans le savoir, la bande dessinée de la venue du Messie. On crucifie ou on décapite encore au nom de Dieu. On dort dans les rues, sans la paille, sous des étoiles moins brillantes que celle qui suivirent les Rois mages. On ne mange pas à sa faim et on n’a pas l’eau indispensable dans des millions de bidonvilles. On se réfugie dans des tombes ou des grottes sans pour autant être déifiés. Pourtant partout si on regarde bien on trouve dans le yeux des enfants un éclair de bonheur avec ces petits riens qui font la vraie richesse d’une vie. C’est là l’essentiel : ne retenez que les paillettes de la fête car sous les sunlights vous avez de fortes chances de ne pas trouver ce que vous devez espérer d’un rendez-vous devenu théâtral ou formaté.

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1 réponse à Qui veut des nuits noires de Noël ?

  1. J.J. dit :

    Et si on se contentait, avec la venue de l’hiver, de simplement fêter le Solstice d’Hiver et Renouveau du Soleil, date qui, elle, est scientifiquement établie et loin des théories, supposition et autres vues de l’esprit ?

    En réalité, tout le monde sait que si les pères de l’église ont choisi cette date pour célébrer la naissance d’un hypothétique sauveur ( qui, sauf erreur ou omission de ma part, n’a pas encore sauvé grand chose), c’est justement en raison du succès de cette fête païenne et naturelle !

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