Les barbares sont de retour

Tous les qualificatifs ont été attribués aux individus ayant commis les crimes odieux qui ont mis en émoi la société française et plus largement une bonne part du monde. « Terroristes », « criminels », « assassins », « islamistes », « intégristes » sans que personne ne parvienne réellement à les placer sous la bonne étiquette. Il est vrai que depuis des mois dans des circonstances similaires les médias naviguent à vue face aux exactions d’Al Qaïda, de Boko Haram ou de Daech comme s’il fallait s’adapter aux jugements de l’opinion dominante. Dans le fond c’est peu important sauf qu’il s’agit du poids des mots dans un contexte de déliquescence forte de leur vraie signification.
La guerre n’est pas que « matérielle » elle peut également reposer sur celle des termes employés pour qualifier un camp ou l’autre. Il existe dans tous les services secrets des spécialistes de l’information chargés de propager les mots appropriés à l’affrontement psychologique. Or dans le cas terrible que la France vient de vivre il faut bien comprendre que chaque utilisation d’une expression est chargée de sens politique. Le problème : rares sont celles et ceux qui y prêtent attention ce qui permet des manipulations de masse grâce à ce que l’on appelle désormais dans la communication politique des « éléments de langage ».
« Marine » qui est loin d’être un bleu a vite été briffée. Elle a insisté sur le fait qu’il s’agissait « d’un attentat terroriste commis au nom de l’islamisme radical ». Elle a parlé du « fondamentalisme islamique » en se posant la question de savoir  quel est le parcours de ces « assassins » ? Ce qui lui a permis de relancer la proposition de retour de la peine de mort. Tout tourne en fait autour, pour le FN de l’islam et pas une seule déclaration ne fera pas sans une référence à cette religion. Bernard Debré (UMP) y va lui aussi de « ces islamistes, (des) dangereux personnages, des sanguinaires ! » Pour Claude Guéant ancien ministre UMP de l’intérieur il s’agit de « fanatiques ». Pour Clémentine Autain (ensemble) ce sont des « djihadistes fanatiques » alors que pour Mélenchon on reste sur des « meurtriers » (…) « assassins  lâches ». Pierre Lellouche (UMP) parle de « criminels » quand François Fillon va plus loin en leur donnant du « criminels terroristes ». Le communiqué de l’UMP diffusé au nom de Nicolas Sarkozy cumule absolument tout ce qui peut être accolé aux actes des tueurs de Charlie Hebdo ou du magasin casher. « Les coupables de ces actes barbares » ; « la barbarie terroriste » ; « le terrorisme, la barbarie, les assassins » se retrouvent dans un texte ne faisant prudemment aucune référence et c’est à noter comme bien d’autres à l’islam.
En fait après mûre réflexion je me range au terme utilisé par Ségolène Royal, Jean-Paul Huchon, Claude Bartolone et bien d’autres personnalité : des « barbares » ce sont des « barbares » au sens premier de ce mot. C’est en effet ce qui convient le mieux à c que nous affrontons. Nous revenons à l’époque où les civilisations romaines et grecques sûres de la valeur de leur système social et du bien-fondé de leur mode de pensée ont été confrontées à ceux qu’ils ont qualifiés de « peuples barbares » dont ils craignaient les coutumes, concepts ou préceptes des violences, la coercition, le pillage, l’aliénation ou des crimes de masse.
On est bel et bien revenu en cette époque où des personnes brutales, incultes, violentes, destructrices ont un comportement, un langage et des mœurs méprisant totalement la valeur de la vie humaine. Les barbares se répandent dans le monde et s’attaquent partout de manière directe aux concepts même de la démocratie dont ils nient toutes les valeurs fondamentales. Et selon claude Lévi-Strauss « le barbare c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie » avec un problème c’est qu’il existe désormais chez nous, près de nous et parfois en nous! La lutte contre une telle situation nécessite patience, solidarité et cohésion.

On ne répond pas à la barbarie que par la force. Difficile à admettre mais le combat à mener passe par l’éducation et la culture ! Le nazisme fut un retour sur la barbarie historique. Le fascisme a ses racines dans l’acculturation de certaines couches sociales. Le mépris engendre aussi parfois des explosions barbares incontrôlables. La France a donc été confrontée à cette montée de l’irrationalité exacerbée qui l’a profondément traumatisée. Elle se rend compte brutalement que la barbarie n’est pas une vision historique du monde. Elle est renaît du ventre de la bête immonde. Elle se développe chaque jour un peu plus pour éclabousser de sang les certitudes sociales reposant sur des valeurs superficielles.
Oui, pour moi nous sommes confrontés à la montée de la barbarie… que depuis plus de 200 ans avant J.C. un certain Plaute avait résumé dans une formule éternelle : « l’homme est un loup pour l’homme ». Et les loups sont entrés dans Paris !

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3 réponses à Les barbares sont de retour

  1. Christian Baqué dit :

    On peut employer les qualificatifs que l’on veut, et c’est une légitime émotion, qui est aussi la mienne, qui est ressentie par l’immense majorité de la population de ce pays devant la provocation barbare que représente l’attaque contre la rédaction de Charlie Hebdo et l’assassinat de sang-froid des victimes, ainsi que des otages.
    Mais au-delà ce cette émotion, ne convient-il pas de s’interroger ?
    Que signifie la gigantesque opération « d’union sacrée » que cherchent à réaliser tous les états-majors politiques ?
    La vitesse inhabituelle avec laquelle les Obama, Kerry, Cameron, Merkel, Netanyahou, l’ONU, le FMI, l’Union européenne et le Vatican… se sont succédés pour appeler le peuple français à se rassembler, à manifester son unité, laisse-t-elle un doute sur le sens profond de l’opération ?
    Chercherait-on à faire oublier l’angoisse sociale que fait peser la politique de ce gouvernement sur l’avenir des travailleurs, de leurs familles et de leurs enfants, dans ce pays, porté au bord du gouffre par la soumission des gouvernements successifs et de tous les états-majors politiques aux exigences meurtrières du capitalisme financier en crise, via l’Union européenne ?
    Quant aux fauteurs de guerre, qui a détruit l’Irak ? Qui a détruit la Libye ? Et avant, qui donc a armé et entrainé les talibans ? Qui aujourd’hui achète le pétrole que vend le Daesh ?
    Oui, au-delà de notre émotion cette semaine, vraiment, ne convient-il pas de s’interroger ?

  2. le chat François dit :

    1991. Deux ans après la chute du Mur de Berlin, Jean-Christophe Rufin publie L’Empire et les nouveaux barbares. Au credo sur la globalisation et le nouvel ordre mondial, il oppose le risque d’une nouvelle fracture planétaire. Il annonce qu’au face-à-face Est-Ouest menace de succéder un ordre mondial comparable à celui qui prévalait dans l’Antiquité, en particulier pendant l’Empire romain. D’un côté  » nous « , le Nord, qui représente l’Empire, concentre les richesses, la puissance, fixe la norme et dit le droit ; en face  » les autres « , le Sud, hétérogène, auquel serait dévolu le rôle des  » barbares « , forces à la fois marginalisées et potentiellement hostiles, rejetées de l’autre côté d’un limes qui permettrait de les tenir à distance. Or, l’illusion, prévenait Jean-Christophe Rufin, était précisément de croire que la misère, le chaos et les conflits pourraient être durablement tenus en lisière de cet ordre inégal. 2001

    Un Extrait :
    « Nous avons eu très peur.
    La défaillance de l’ennemi Soviétique sur lequel nous comptions depuis 45 ans pour nous terroriser avait plongé les démocraties dans une grande mélancolie
    Que sera Rome sans ses ennemis ? Ironisait Caton après la destruction de Carthage. Nous pouvions nous poser la même inquiétante question. Rappelez vous ce grand trouble devant la chute du mur de Berlin, cette angoisse de ne plus craindre désormais la mort et le danger que de nous-mêmes. Un provocateur, retournant Hegel dans sa tombe pour la deuxième fois, aggrava le malaise en annonçant l’avènement de la démocratie universelle et la fin de l’histoire (F Fukuyama « la fin de l’histoire »)
    Heureusement quelques personnages sensés , forts de leur passé militant , vinrent nous assurer que tout espoir n’était pas perdu. « Le drame est encore devant nous » (A Besançon commentaire n°47 p 476). La menace, la guerre, la vie en somme allaient bientôt nous être rendues (…) Un ennemi de nouveau, nous était né. Je dis un ennemi bien qu’en apparence il eût des visages variés : du caudillo Irakien aux cartels de Medellín des fondamentalistes musulmans aux dirigeants chinois assassins du printemps démocratique ils sont nombreux à prétendre incarner à nos yeux le danger. Pourtant, pas un seul n’est en lui-même un adversaire à la mesure de celui que nous avons perdu. Aucun d’eux n’est l’ennemi ; ils le composent tous ensemble ; Au-delà de leurs insignifiantes personnes, c’est la misère, la violence, la haine des masses qu’ils représentent qui constitue le véritable danger. Tous ces brasiers s’allument du même coté de l‘horizon : là est le péril, multiple, imprévisible, changeant. Seule sa direction nous permet de l’identifier : LE SUD. »
    Ceci est un extrait écrit en 1991.. Si les terroristes intégristes ne suffisent pas aux peurs utiles à notre démocratie pour exister et imposer ainsi sa politique économique, gageons qu’on nous rajoutera avec force arguments, la Russie de Poutine…

  3. batistin dit :

    Qu’il est donc terriblement difficile de choisir entre se taire, souffrir de la peine que l’on imagine, ressentie par les proches des morts assassinés, et le sens que l’on voudra bien donner à tout ceci.

    Il y a-t-il au fond un autre sens que celui-ci:

    tout est vain et creux, il n’y a que l’amour que l’on porte à ses proches qui donne bel et bien un sens à la vie.

    Alors, comment des hommes, nos frères humains, peuvent-ils tuer, aujourd’hui ici, mais ailleurs, partout et tout le temps…

    La chaleur du foyer, quand l’ouvrier d’usine d’armement revient chez lui, est bel et bien la preuve de la monstruosité de nos égoïsmes.

    La douce mère du banquier international avide, qui aura dans une journée dépouillé du strict minimum quelques milliers ou millions de personnes, oui cette douceur est la même que celle que porte une maigre et sidaïque femme de Somalie… ou d’ailleurs, à son squelettique enfant.

    La même douceur brille chez une maman grecque quand elle trouve dans une poubelle de quoi faire sourire un peu son bel amour..

    Quel est donc le sens des vies de nos dessinateurs, luttant chaque jour pour préserver une idée du monde, quand comme nous même, toutes les discussions finissent autour d’un bon repas…

    Quand finirons-nous par comprendre que l’ennemi assassin n’est pas celui qui, devenu fou, oublie le sens et la beauté, la magie de la vie, et tente un dernier baroud, mais bel et bien celui qui calmement, consciemment, jour après jour affame le monde.

    Tout est vain, idiot, violent, inutile, et le restera, dessins de presse et actes de folie meurtrière sont frères ennemis.

    Ils ont tout deux la même raison d’exister, de vivre, et d’en mourir:

    l’avidité de nos chefs respectifs.

    Batistin
    réserviste service défense 2°RIMa
    artiste

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