CANTONALES.- La vérité est dans la boîte

Pour avoir une bonne idée de l’évolution de la sociologie de son canton, rien de mieux que de prendre son sac à dos et partir distribuer sur une ou plusieurs communes. Cette fois, 7 ans après la même opération en 2008, je suis allé me coltiner au boitage sur le centre ville de Créon, Loupes, Camblanes et Salleboeuf avec au total près de 1 800 documents glissés furtivement avec le courrier ou plus difficilement sur un tas de prospectus publicitaires obstruant l’entrée. La promenade ne m’a guère rassuré car elle m’a permis d’avoir conscience du changement des mentalités en quelques années. Il faut bien convenir qu’en milieu périurbain ou rural la question de la sécurité devient prépondérante. Elle prend corps à travers des constructions répétitives : murs d’enceinte parfois à plus de 2 mètres de haut, portails automatisés, digicodes avec caméra et surtout chiens réputés de garde agressifs surveillant les passages sur la chaussée et se lançant dans des courses folles en parallèle à l’intrus venant vers la boîte aux lettres. Les étiquettes sur les systèmes de sécurité fleurissent sur les murs, sur les portes, au-dessus des sonnettes… Le marché de la vidéo-surveillance est en pleine expansion sur le Créonnais avec souvent des slogans racoleurs mais significatifs de l’état d’esprit actuel !
Pour ma vingt-deuxième campagne électorale et je l’affirme ma dernière, je suis abasourdi par ce repli matériel sur soi qui reflète une peur de l’autre particulièrement vive. C’est un constat ! Des clôtures ceinturent ensuite des terrains bâtis de grande surface que désormais avec la baisse des coefficients d’occupation des sols, certains revendent d’ailleurs en partie au prix fort pour récupérer avec bénéfice une belle plus-value par rapport au prix d’achat initial. Cette densification ne touche pas évidemment les « propriétés bâties » haut de gamme mais celles qui ont un standing plus moyen.
Pas un lotissement sans voir des panneaux « à vendre » et même parfois pour des habitations visiblement à peine achevées. La rupture familiale ainsi que les difficultés financières liées à la nécessité d’avoir des revenus permettant d’assumer la dette sont les principales causes de ces cessions prématurées. Un nouveau phénomène arrive : la vent des biens de personnes âgées afin de faire face au coût du placement en établissement hospitalier pour la dépendance… sur le canton d Créon à quelques encablures de la métropole, le marché de l’immobilier reste actif. Il vient de repartir après un mois de janvier catastrophique selon les notaires. On recommence à construire mais sur des terrains mouchoirs de poche en raison du coût en augmentation constante du foncier devenant de plus en plus rare. On le voit nettement avec les dernières constructions ! Un fossé se créé par l’urbanisme et la montée en flèche du Front national dans ces secteurs ne fait aucun doute ! C’est visible, palpable, concret : le signes extérieurs de style de vie en donnent l’indication irréfutable !
Autre modification sociologique notable : les recomposition familiale qui apparaît sur les étiquettes des boites aux lettres ! Elles portent souvent 2 voire 3 noms différents ! La présence des prénoms des enfants constitue une nouveauté car elle traduit une volonté de bien matérialiser la cellule habitant le lieu. Ce souci de montrer que l’on appartient à un « cocon » ou à un « nid » n’a jamais été aussi forte et elle prend le pas sur bien d’autres considérations. La « famille » doit être visible  car elle redonne une certaine respectabilité !
Ces remarques traduisent en fait une vraie difficulté à savoir combien de ces gens là, installés dans des communes étalées sur l’espace, cloisonnées par des organisations urbanistiques spécifiques, tournées vers la métropole pour bon nombre des services (culture, achats, travail, scolarité des enfants les plus âgés, iront voter pour une collectivité de proximité pas assez connue et reconnue. D’ailleurs dès aujourd’hui le Front National ne s’y est pas trompé en diffusant un tract national sans aucun rapport avec le scrutin (ce sont des stocks des municipales) reprenant un titre du journal « Le Monde » du 4 septembre…2013 avec « Sarkozy-Hollande 84 nouveaux impôts en deux ans ! » Bien évidemment derrière on retrouve le slogan choc : « UMP/PS : le matraquage fiscal plutôt que la relance économique ». Un bulletin d’adhésion est au bas de la page et au hasard de la lecture cette phrases abominables et populistes : « Coût abyssal de l’immigration massive (70 milliards par an ) » ; « plan de soutien aux Roms » ; « financement dispendieux des collectivités locales »… Sûr qu’il sera plus efficace que les 20 000 documents explicatifs, rigoureux distribués par des dizaines de militants, de sympathisants et d’élus soucieux de conserver une majorité de progrès au Conseil départemental… Nous sommes vraiment entrés en zone (années) 30 !

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