La Gironde reste le plus vaste département de France dans désormais la plus vaste région de France, ce qui ne va pas à terme faciliter l’équité territoriale à laquelle chaque républicain doit être farouchement attaché. Et si on parle beaucoup de Bordeaux devenant Métropole on oublie qu’une grande partie de la population vit en zones périurbaines ou rurales. Il faut donc occulter cette prééminence métropolitaine qui n’a pas besoin du futur Conseil départemental pour s’affirmer. Et ce n’est pas avec un pont pharaonique sur l’estuaire de la Gironde déjà menacé écologiquement (température de l’eau, bouchon vaseux, biodiversité, inondations…) qui va changer la réalité. Il faudra par exemple arracher 170 millions pour protéger les riverains contre les montées des eaux entre Latresne et Blaye . Où va-t-on les trouver ? Sous les ponts ?

La partie rurale nécessite la poursuite d’une vraie politique autour du principe de l’égalité d’accès aux services, l’accès au développement économique et plus encore au renforcement du lien social. Il y aura des cantons dans lesquels le Front National dépassera les 30 % et on constatera qu’un fossé se creuse entre la perception qu’ont les « chaumières » de la situation nationale et celle que l’on peut avoir dans les échoppes » de quelques quartiers bordelais !

La majorité du Conseil général a donc sans cesse œuvré pour redonner confiance à la ruralité. En refusant par exemple d’aller sur les chantiers de prestige de la Métropole qui a de toutes les manières, trouvé les moyens de les financer sans lui, elle a affirmé sa volonté de péréquation territoriale. Mieux vaut la construction ou la restructuration complète de 40 collèges grâce à un plan sur 10 ans qu’un pont sans queue ni tête. Mieux vaut mettre 12 millions d’€, coût estimé d’une étude de faisabilité du pont UMP, dans l’entretien et la sécurisation des routes ou dans les contournements comme celui de Fargues Saint-Hilaire. Mieux vaut garder 50 millions pour l’aide aux communes avec un coefficient de solidarité plutôt que de les engloutir dans le déficit des ouvrages bordelais en cours dont nul ne connaît les vraies retombées sur la totalité de la Gironde.

Dans toutes les décisions du budget 2015 la ruralité a encore toute sa place et notamment par la mise en place dès cette année de « Gironde 2033 » politique adoptée -(il faut le souligner) à l’unanimité par l’assemblée départementale ! Les axes des futurs « pactes » élaborés avec les élus, les associations et les citoyens volontaires resteront la solidarité, l’équité et la proximité. Ils seront déclinés dans la ruralité avec une volonté de rompre ce déclin social en cours sur certains territoires.

D’abord il faut absolument briser une idée toute faite voulant que « défendre les zones rurales c’est être un ennemi de la métropole ». Cette vision simpliste n’a aucun sens mais par contre il est « nécessaire en toute indépendance de créer les complémentarités » dans le respect des spécificités de l’un et l’autre des espaces. Si on prend la Cité des civilisations du vin il a été par exemple convenu aisément que le Conseil général participerait à la plate-forme oenotouristique mais pas au bâti afin d’aider les visiteurs à se rendre dans toutes les appellations girondines. Il y a bien d’autres accords sur le tourisme fluvial, sur l’activité économique navale du Grand Port, sur le « sauvetage » de Getrag à Blanquefort, sur le financement de la LGV Bordeaux-Tours… mais toujours avec le souci des retombées pour tout le Département et projet par projet !

Le conseil départemental devra conforter, dynamiser les « bourgs centres » afin de constituer un réseau multipolaire de proximité avec logements, équipements publics et services de base. A cet égard la majorité départementale espère que la version de la loi NOTRe lui confiera le soin d’élaborer avec l’État les schémas des services publics et au public ayant une caractère prescriptif. Après avoir en vain tenté d’installer un « établissement public foncier départemental » (opposition de Bordeaux et de feu la CUB) il sera nécessaire pour les nouveaux élus de « favoriser des « stratégies foncières différenciées » avec également un travail en profondeur sur la « restauration du bâti ancien » au cœur des villages.

La Gironde a beaucoup d’avance sur les autres départements en matière de numérique grâce à son syndicat mixte. Une étape supplémentaire est en préparation et 45 millions d’euros ont été sollicités auprès de l’Etat afin de faire de la fibre optique un facteur « de dynamisation des zones rurales et de relocalisation du développement ». Bien évidemment ce serait incompatible avec des dépenses somptuaires n’ayant qu’une influence limitée. C’est un vrai choix de gauche et une véritable action concrète au service des territoires périurbains et ruraux.

Le développement des « circuits cours de production et de commercialisation » (travail sur les marchés phares de Gironde), le renforcement de « l’économie sociale et solidaire associative ou coopérative », la montée en puissance de « l’économie circulaire », le soutien au système des « groupements d’employeurs », l’amélioration des dispositifs d’aide à « la création ou à la reprise d’activités économiques de proximité » sont des décisions moins spectaculaires que d’autres. Elles sont pourtant les actions de demain dans le monde rural. Il faut aussi préciser que le « vieillissement des populations dans ces secteurs » ne saurait être considéré comme un handicap mais beaucoup plus comme un atout pour la créations d’emplois de proximité utiles demandant à devenir qualifiés !

Enfin il faudra refuser la fatalité du traité européen sur la « concurrence libre et non faussée » en faisant admettre que, dans les zones à faible densité de population « l’intervention publique est nécessaire, quand le marché n’existe pas ou qu’il est notoirement insuffisant ». Et dans cet esprit un moratoire devrait être décrété en faveur des « emplois publics des métiers de contact avec la population ». Il est indispensable d’abandonner les Zones de revitalisation rurales pour passer tout simplement aux « zones rurales sensibles » car la précarité dans ces territoires est au minimum aussi forte qu’en espaces urbains : parties du Nord-Médoc, du Nord-Blayais, du Nord-Est et du Sud-Est-Libournais ou du Sud Gironde ! Il n’y aucun faste, aucun caractère ostentatoire dans ce travail ; simplement une volonté politique de ne pas voir brisé le principe clair du « refus d’une Gironde à 2 ou 3 vitesses » dans son développement !