Il va bien falloir qu’à un moment ou à un autre le gouvernement aborde ce que Jack Lang appelle à juste titre la « révolution éducative » qui ne passera pas nécessairement par une augmentation des moyens mais par une refonte de la formation et de la pédagogie. Dans ce cadre là de nombreuses voix s’expriment sur la situation dans les collèges, niveau d’enseignement certainement le plus exigeant actuellement pour les professeurs et même la totalité des personnels qui y exercent C’est un énorme chantier qui concernera de manière indirecte mais très profondément le nouveau conseil départemental. Il est en effet acquis que ce niveau dé l’éducation nationale restera dans le giron des départements. Ayant reçu un réseau d’établissement de l’Etat en très mauvaise posture en 1983 ils doivent également faire face désormais au fonctionnement de cs établissements depuis 2006. Une lourde charge tant sur le plan financier (intégration des personnels qui rend ridicule les propos sur l’évolution de la masse salariale des conseils généraux) qu’en terme d’organisation.

Le Conseil général doit donc construire, reconstruire, restructurer, rénover ou entretenir en Gironde 104 collèges publics… et assurer dans la totalité d’entre eux la demi-pension, le financement du fonctionnement éducatif et de l’ensemble des dépenses courantes  (fluides, équipement pédagogique, sportifs…) selon le principe de l’égalité de traitement entre les divers établissements. Ce sera long compte-tenu des disparités constatées mais la volonté de la majorité départementale d’arriver à un tarif unique pour la restauration a été réaffirmée au cours de toutes les délibérations budgétaires depuis 2012.

La Gironde est un département particulièrement difficile dans le secteur des collèges puisqu’il y a une double problématique liée à une augmentation constante de population (+ 15 000 habitants/An en moyenne) et des mouvements constants de population à l’intérieur du département. Le conseil général a été durant des années contraint de suivre des décisions en matière d’urbanisme sur lesquelles il n’a pas la main. Les communes restent en ce qui les concernent maîtresses du jeu car on peut supposer que toute poussée démographique a été anticipée par l’amélioration ou le développement des structures d’accueil. Par contre elle est subie par de Département qui… doit, selon les élus locaux, s’adapter à des croissances très rapides sur certains secteurs.

Actuellement les délais moyens de construction d’un établissement neuf est de 52 mois car il faut obtenir un terrain compatible avec une telle implantation (PLU souvent à modifier, achat à effectuer par la commune d’accueil, définition du programme, désignation de l’équipe de maîtrise d’œuvre, autorisations légales de construire, appels d’offres plus ou moins productifs, construction…). Cette réalité échappe souvent aux « demandeurs »… qui considèrent à juste titre que la décision « politique » est suffisante pour régler un sureffectif créé par une urbanisation galopante.

La majorité départementale en votant le budget a toujours, depuis 8 ans, placé les investissements en faveur des collèges en première position. On atteint une moyenne annuelle de 50 millions d’€ dont une bonne part a été affectée sur des établissements bordelais au cours des derniers exercices. Il faudra consacrer les centaines de millions que coûterait un pont sur l’estuaire sans queue ni tête (sauf à « larder » le Blayais et le Médoc d’une voie rapide), à un « plan collège » permettant d’améliorer la qualité des accueils sur l’ensemble du territoire et aussi de les préparer au défi du numérique, à les doter d’installations sportives autonomes, à les adapter aux nouvelles donnes pédagogiques.

La situation constatée en France va probablement conduire le Ministère de l’Éducation nationale à renforcer la notion de « secteur scolaire d’affectation » ce qui contraindra à court terme (2016) le Conseil général à revoir la carte scolaire départementale. Sur le secteur Rive Droite on compte sur 4 collèges (Créon, Latresne, Floirac-2- Cenon-2) plusieurs centaines de « places » encore disponibles… alors que dans d’autres secteurs les effectifs dépassent les capacités d’accueil. Il faut aussi ajouter que l’Éducation nationale étant quasiment à moyens constants les ouvertures de collèges vont nécessiter à terme des « ajustements » ailleurs puisque la croissance du nombre d’élèves par an est en moyenne de 700 élèves à répartir sur plus de 100 collèges publics… Ces réalités indiscutables sont à mettre en rapport avec les « annonces démagogiques » effectuées sur certains secteurs de la Gironde. Rester rigoureux dans la gestion, améliorer l’existant, faire face à des événements démographiques, rééquilibrer les effectifs, poursuivre la mise en place des collèges numériques, ne pas supprimer de personnels dans les établissements… autant d’engagements peu spectaculaires mais beaucoup plus « positifs » que d’autres pour la Gironde !
Jean-Marie Darmian