Un procès qui n'est pas un détail de l'histoire

Doit-on accorder une importance particulière à un procès concernant un ancien SS de 93 ans jugé plus de 70 ans après les faits qu’il a commis dans un camp de la mort ? Oui si l’on pense que ce type d’événement a un caractère exemplaire et doit servir à l’éducation d’une société oublieuse de ces exactions dépassant les limites de l’entendement. Non si l’on a comme principe que les faits commis il y a 7 décennies appartenant au passé et aux détails de l’Histoire. En fait il y a un coté exemplaire pour l’avenir dans le jugement que prononcera le tribunal allemand sur les actes commis par l’ancien comptable d’Auschwitz Oskar Gröning. Même s’il a demandé « pardon » aux victimes de la Shoah et qu’il a assumé sa faute « morale » il reste l’un des acteurs encore vivant pouvant « témoigner » de la réalité des idéaux de haine raciale, de mise en œuvre d’un génocide organisé, planifié, comptabilisé par des hommes « ordinaires » . N’être qu’un comptable ce n’est a s’exonérer d’une responsabilité dans les actes nazis. « Pour moi, il ne fait aucun doute que je partage une culpabilité morale », a déclaré l’ancien SS, âgé de 93 ans, lors d’une longue déposition livrée d’une voix ferme, appuyée sur des souvenirs précis. Il faudrait enregistrer et diffuser ces propos lors d’un documentaire dans tous les collèges et les lycées afin de rétablir simplement la réalité des propos réputés anodins des adeptes du Front national. Ce procès sera en effet le dernier d’un nazi avéré !
C’est ainsi que le même jour une autre procédure extrêmement rare a été diligentée à l’encontre d’une prof du lycée Renoir de Limoges qui, selon ses élèves, aurait fait en cours l’éloge d’Hitler. Cette enseignante est sommée d’expliquer son attitude en cours lors d’un conseil de discipline qui se tient ce mardi devant 38 personnes. Elle aurait, selon 17 élèves de la classe de première ayant signé un document pour en attester, tenu des propos valorisant Hitler, le IIIème Reich et souhaité que des « chars allemands viennent à Renoir » pour mater les élèves indisciplinés… Elle aurait sa place dans le public du procès de Oskar Gröning pour mesurer la portée de ces propos !
N’éludant aucune question, avec 70 ans de distance, il s’est en effet raconté en jeune SS cantonné à des tâches administratives, dans un contexte de guerre, avec une connaissance limitée du génocide en cours. Pour lui Hitler n’était alors qu’un héros populiste pouvant sauver de la honte passée une Allemagne revancharde. C’est certain que chez les SS les problèmes de discipline ne se posait pas !
Oskar Gröning a évoqué son engagement volontaire dans les Waffen SS fin 1940. Il était désireux de « participer » à l’effort de guerre dans un « corps efficace ». Il a expliqué aussi son premier poste dans l’administration puis son transfert à Auschwitz en 1942, jusqu’à l’automne 1944. « Je ne savais rien d’Auschwitz ni des autres camps de concentration avant d’y avoir travaillé », a-t-il souligné, pressé de questions. Évoquant le quotidien dans le camp en Pologne occupée, devenu le symbole mondial de la Shoah, il s’est efforcé de distinguer son travail de celui des gardiens directement impliqués dans l’extermination.
Il s’est dit « choqué » par sa découverte d’une extermination méthodique sans aucun rapport avec le contexte de guerre mais il a fermé les yeux. Juste après son arrivée, en novembre 1942, il avait vu un gardien tuer un bébé laissé seul « en pleurs » sur la rampe d’arrivée. Trois semaines plus tard, patrouillant dans le camp, il avait entendu des cris « de plus en plus forts et désespérés, avant de s’éteindre » dans les chambres à gaz, puis avait assisté à la crémation des corps. Il faut rappeler que c qui avait choqué le comptable a conduit 1,1 million de personnes, dont environ un million de juifs européens, entre 1940 et 1945 à Auschwitz-Birkenau vers la plus horrible des morts.
Ce procès même tenu 70 ans après la libération par l’armée soviétique le 27 janvier 1945 a le mérite de permettre aux médias qui le veulent de remettre ces réalités des comportements fascistes sur le devant de la scène. Oskar Gröning comptable « ordinaire » de 20 ans a souscrit aux idées des nazis pour aller volontairement tenir les registres de la mort dans un camp où on les mettait en pratique. Si la société doit s’interroger sur la signification de ce passage devant la justice d’un vieillard elle doit le faire en se demandant comment un jeune ordinaire peut basculer vers l’horreur. C’est la question essentielle qu’il faudrait poser à cet ancien SS : « Comment et pourquoi avez-vous accepté de vous rallier au idées du parti national-socialiste de Hitler ? » On constaterait que la banalisation de certaines idées reliées par une propagande intensive peuvent faire tourner des têtes ! Et pas forcément dans le bon sens… surtout quand tout le monde se complaît dans l’indifférence !

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2 réponses à Un procès qui n'est pas un détail de l'histoire

  1. Bonjour et Merci pour ce billet;
    J’ajoute mon souvenir de Mai 2010 : http://www.pertuisien.fr/flash.php?flash=8094
    Avec une émotion et à la fois une révolte … intactes.
    Gilbert de Pertuis, Porte du Luberon

  2. Bernard Gilleron dit :

    Le récit de ce SS est à l’évidence une repentance d’opérette. Quand j’étais adolescent dans les années 60 il circulait encore des tas de livres sur la 2ème guerre mondiale dont un que j’avais lu sur la formation des SS , qui était une formation de barbare et non de soldat. Tout ce qui pouvait les habituer à faire souffrir et tuer sans rien éprouver était au programme. Exemple: le test du chat: l’impétrant devait prendre un chat d’une main et l’énucléer au couteau avec l’autre. Ce n’était pas un acte de guerre où l’on tue pour ne pas être tué. Les chants SS ne sont pas des bluettes pour marcheurs joyeux.Ce sont des flots de haine et de cruauté mis au rang de qualités nazies.
    Cet homme est l’incarnation même de l’Histoire, et toute hésitation sur la gravité atténuée de ses actes, au motif qu’il n’aurait été « que » comptable est de la poudre aux yeux, ses fautes sont imprescriptibles et son système de défense habituel à ces bourreaux: « je ne savais pas », « j’exécutais » doit être considéré comme une circonstance aggravante: le mensonge, le refus de reconnaitre ses turpitudes, et son appartenance à un ensemble qu’on pourrait appeler « tueur barbare collectif », où chacun est substituable aux autres, où tous sont identiques, et sont identiquement coupables.

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