«La connaissance de l’Histoire ne nous préserve pas du pire, le pire peut toujours se produire et c’est en le connaissant que nous pouvons le prévenir», a déclaré le Président de la République, François Hollande, après avoir visité la chambre à gaz de l’ancien camp de concentration nazi du Struthof-Natzweiller, dans le Bas-Rhin. Le camp fut le lieu de détention de quelque 52.000 déportés, en provenance de toute l’Europe, dont près de 22.000 périrent. « L’antisémitisme et le racisme sont encore là et donc nous devons à travers cette cérémonie du Struthof agir pour protéger ceux qui peuvent en être encore aujourd’hui les victimes», a rappelé le chef de l’Etat.
Il a forcément raison dans le contexte actuel et en cette journée de commémoration de la déportation. Il va durant le mois de mai de multiplier les déclarations sur ce sujet et c’est indispensable. La fameuse phrase de Gustave Flaubert « L’avenir nous tourmente, le passé nous retient, c’est pour ça que le présent nous échappe. » n’a jamais été aussi nécessaire pour François Hollande et il semble que son staff de communication commence à s’en préoccuper. Il terminera ce parcours de la mémoire par une cérémonie symbolique dans la cour des Invalides en accueillant Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Jean Zay et Pierre Brossolette, tous quatre figures illustres de la Résistance.
Au moment où légitimement on évoquait au Struthof-Natzweiller les conséquences affreuses de la déportation politique, ethnique ou raciale on pourrait aussi avoir une pensée pour la responsabilité de la Droite réactionnaire en France dans des décisions similaires vite oubliées dans l’enseignement de l’Histoire. Pourquoi la République par l’intermédiaire de son Président ne rendrait pas hommage aux déportés de la Commune de Paris ou à ceux auxquels on a donné le nom de « Kabyles du Pacifique » ? E
n 1871, après la guerre franco-allemande perdue par la France, éclatait la Commune de Paris. Si cet événement est bien connu dans l’histoire de France, la répression de ce mouvement et la déportation qui s’ensuivit l’est moins. En effet, la Commune de Paris s’est achevée durant la « semaine sanglante », qui débuta avec l’entrée des troupes versaillaises dans Paris le 21 mai pour s’achever avec les derniers combats au cimetière du Père-Lachaise le 28 mai 1871. Voici une date qui permettrait de rappeler que la déportation a touché toutes les classes de la société parisienne après cette période terrible qui fut une mini guerre civile franco-française devant les yeux de l’armée allemande qui occupait alors Paris… et qui se garda bien d’intervenir. On estime que 20 000 communards furent exécutés sans aucune forme de procès pendant la reprise de Paris par les Versaillais etque 4 500 prisonniers furent… déportés en Nouvelle Calédonie.
Après avoir subi les cours prévôtales, les prisonniers de la Commune connaîtront des conditions de détention et de déportation incroyablement dures. Ils furent d’abord entassés dans des prisons à Versailles : « dans une salle 300 condamnés vivent au milieu de la vermine et des odeurs pestilentielles. Nombreux sont ceux qui s’abandonnent à leurs passions brutales ». Puis depuis Paris jusqu’aux ports de l’Ouest les communards sont entassés dans des wagons à bestiaux comme vont l’être 70 ans plus tard, les prisonniers politiques, juifs et tziganes des nazis. Les nazis n’ont pas inventé les trains à bestiaux de la déportation, le gouvernement de Adolphe Thiers (encore un Adolphe qui a de belles avenues portant son nom en France !) l’avait fait avec les communards. Le voyage en bateau qui dure plusieurs mois est également terrible et les morts sont très nombreux. Leur seule faute : avoir eu un idéal et avoir tenté de le mettre oeuvre !
La vie de ces déportés dans la Nouvelle Calédonie des années 1870, depuis les jours de l’insurrection de la Commune jusqu’à leur retour relève du plus mauvais visage de la déportation.
Ceux qui sont restés sont en effet souvent morts de maladie, de folie ou de suicide. Certains d’entre eux verront arriver des Kabyles insurgés qui furent eux-aussi amenés d’Algérie dans ce bagne de l’autre bout du monde après une révolte anti-colonialiste. Ce grand soulèvement armé durera d’avril 1871 à janvier 1872. Il étendit une série de révoltes sporadiques qui émaillèrent l’année 1870 et relançait une guerre proclamée le 14 mars par le Bachagha Mokrani, le maître de la Medjana, avec sa trentaine de tribus fidèles.
Cette insurrection qui avait réussi à mettre sérieusement en péril le système colonial est d’autant plus importante que ses conséquences avaient scellé le destin de la population algérienne jusqu’au déclenchement de la révolution de novembre 1954 ! Près de 300 des chefs, des cadres ou des combattants furent à leur tour déportés vers le bagne ou des territoires isolés (Ile aux Pins) après plus de 150 jours de voyage dans des conditions difficiles. Là encore beaucoup moururent et aucun ne revint chez lui. Mieux 2 500 autres hommes d’Afrique du Nord furent ensuite déportés de la même manière sous l’égide de la République ! C’était il y a 140 ans… et c’est oublié. Pourquoi ?