Si c’est l’ordonnance du 21 avril 1944 prise par le gouvernement provisoire du général de Gaulle siégeant à Alger qui a décidé que « les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes » on oublie trop souvent qu’il a fallu attendre 30 mois pour que soit inscrit dans le préambule de la Constitution ce droit à devenir citoyenne. En effet la République a mis un certain temps pour reconnaître que « la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme » ! Alors que la France avait été l’un des premiers pays à instaurer le suffrage universel masculin, il faudra un long processus pour que ce droit soit étendu. Le droit de vote fut dans un premier temps réservé aux propriétaires de sexe masculin. Les femmes en furent exclues car, estimait-on, leur dépendance économique les empêchait d’exercer un choix libre. Ainsi, sous l’Ancien régime, seules les veuves dotées d’un fief et les mères abbesses pouvaient élire leurs représentants aux États généraux. Il existait seulement un certain nombre de villes neuves du Moyen-Age appelées dans le Sud-Ouest « bastides » dans lesquelles la charte prévoyait parfois que les femmes pouvaient participer à la gestion de la cité.
Même la Révolution n’a pas été aussi loin dans cette « égalité » écrite dans la Constitution mais jamais appliquée sur les conseils de l’abbé défroqué Sieyés partisan du suffrage censitaire. Il considérait en effet que le vote est une fonction et que par conséquent seuls les individus ayant les capacités (intelligence, niveau économique) d’exercer cette fonction doivent y participer. Il avait rangé les femmes et les enfants dans la catégories des citoyens passifs. Le code civil de 1804 leur donnait certes des droits civils mais leur refusait la citoyenneté politique.
Au XIXe et au début du XXe siècle, les arguments avancés changent : les devoirs de mère et d’épouse seraient incompatibles avec l’exercice du droit de vote mais, surtout, dans un contexte d’hostilité entre les partisans d’une République laïque et l’église catholique, les femmes sont jugées sous influence cléricale et immatures politiquement. Bref quand ailleurs l’égalité progresse elle recule en France. De la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » d’Olympe de Gouges (1791) aux actions des « suffragettes » et aux organisations telles la ligue française pour le droit des femmes (1882) et l’Union française pour le droit des femmes (1905), des femmes lutteront pour obtenir le droit de vote, étape majeure sur le chemin de la parité et de l’égalité avec les hommes. Elles finiront par entrer dans un isoloir le dimanche 29 avril 1945 pour les premières élections municipales de l’après-guerre.
Ce matin là du 29 avril à Créon la liste du maire ayant été nommé par l’État Français à la suite du décès du Docteur Marius Fauché également conseiller général, est la seule présente sur la table de la salle de la justice de Paix. Elle a une particularité exceptionnelle puisqu’y figure le nom de Louise Paris ! Elle est la seule candidate. Directrice de l’école publique de filles elle accompagne des militants socialistes et communistes qui ne vont pas rester très longtemps autour de la table du conseil municipal. Reconnue pour sa droiture, son intégrité et son dévouement elle va même le dimanche suivant accéder aux fonctions d’adjointe au maire devenant ainsi non seulement la première femme élue de Créon mais aussi l’une des toutes premières adjointes au maire en Gironde. Tout un symbole qu’une institutrice prénommée « Louise » se fasse une place parmi ces messieurs dont une bonne part avait été des adversaires résolus du droit de vote des femmes. D’ailleurs une rue conduisant à l’école publique porte son nom dans la cité où elle a exercé son métier et son mandat avec la même conviction.Peu de monde fera aujourd’hui le rapprochement avec le droit de vote des femmes !
Il faudra encore de longues années pour que la « parité » fasse son entrée dans les mentalités. Dès 1995 lors de la constitution de la première liste que j’ai conduite aux municipales j’avais instauré alors que la loi ne l’instaurait pas l’égalité entre femmes et hommes. Chaque avancée pour les femmes en France a été décidée par les socialistes et plus généralement par la Gauche. Elle était très présente dans le gouvernement provisoire d’Alger et c’est à son initaitive que l’ordonnance a été prise ! Les femmes ne devraient pas l’oublier mais encore faut-il qu’on le leur rappelle. Lors de leur premier vote dans un scrutin national (référendum et Assemblée constituante) elles n’élisent que 33 femmes comme membres de l’Assemblée nationale constituante (17 communistes, 6 socialistes, 9 MRP, 1 PRL). Parmi elles 6 institutrices de l’école publique ! Combien sont-elles actuellement dans le Parlement ?
Jean-Marie Darmian