Le feuilleton des 700 ans créonnais : (épisode 3)

Trois siècles après sa création la ville bastide de Créon qui avait vu passer Henri de Navarre se rendant à la bataille de Coutras, vit arriver un autre équipage royal plutôt original ! Rendez vous le samedi 16 mai à 21 H 30 pour revivre cette histoire en direct sur la Place de la Prévôté de Créon !

1615 : La nuit royale d’après noces

La cathédrale Saint André de Bordeaux a été spécialement réaménagée avec la percée d’une porte latérale avant ce samedi 28 novembre 1615. Il est vrai que ce n’est pas tous les jours que l’édifice accueille un mariage royal. Il faut en effet unir, par nécessité politique et après des décennies d’affrontements religieux les royaumes de France et d’Espagne. Ainsi en a décidé Marie de Médicis veuve d’Henri IV et régente du royaume. Une forte délégation de la cour est descendue de Paris pour se retrouver au début d’un hiver pour le moins rigoureux sur l’Aquitaine autour de Louis XIII l’époux promis à Anne d’Autriche fille du très catholique souverain d’Espagne. Le fameux échange des princesses entre la France et l’Espagne a eu lieu sur l’île des faisans au centre de la Bidassoa quelques semaines auparavant.
A Créon, au marché du mercredi devenu extraordinairement prospère nul n’a ces détails de cet arrangement entre les grands de ce monde même si le Prieur de l’abbaye à la tutelle de laquelle a définitivement échappé totalement la ville bastide a été convié à la cérémonie. Il sera l’un des religieux qui officiera aux cotés des plus hauts dignitaires de l’église française et espagnole. Tout a été embellie et même magnifiée pour l’événement.
Les marchands créonnais ont transféré tout ce qu’il y avait comme victuailles disponibles et des hommes ont été mandés pour participer aux grands travaux. Des arcs de triomphe ont en effet été dressés dans les rues et des aires de jeux, de tournois ont été aménagés et décorés avant que les deux cours fassent une entrée triomphale en ville le 28 novembre derrière les futurs époux par la porte dans une ambiance. On est venu de loin pour assister à ce qui devient une fête grandiose à laquelle le peuple a partiellement accès.
Fiancés par procuration dès l’âge de 10 ans par leurs parents les époux ont le même âge : 14 ans ! Deux enfants pris en otages par les arrangements politiques de Catherine de Médicis, femme à poigne, qui souhaite donner un signe fort aux catholiques après l’assassinat d’Henri IV et la publication du fameux Edit de Nantes. La bénédiction leur sera donnée le 25 novembre 1915 dans un faste exceptionnel.
Ronan, lieutenant du Prévôt, a été envoyé, comme représentant de la ville bastide de Créon pour servir la messe et dès son retour il raconte sous les couverts de la Prévôté cette journée exceptionnel : « Ils étaient jeunes. Deux enfants explique-t-il aux gens qui le questionnent. Ils portaient des vêtements brodés d’or et la messe a duré près de 2 heures. Il y avait du beau monde, des princes, des princesses et des seigneurs. Je devais empêcher les gens d’approcher avec les autres prévôts. Nous avons eu beaucoup de travail car tout le monde voulait voir ! Le roi est arrivé dans un carrosse avec sa mère et sa future femme derrière avec ses parents. Que c’était beau !… ».
Ronan a été le seul Créonnais témoin de cet événement qui va prendre une toute autre allure, beaucoup moins splendide le soir de l’union !
Après un grand festin réservé aux « grands d’Espagne et de France » servi dans l’Hôtel de ville, la nuit de noces va tourner au fiasco. Ronan n’en a pas entendu parler puisque le lendemain la rumeur a parcouru la ville : « le mariage a été consommé ! » En fait si Marie de Médicis a elle-même conduit son fils dans le lit de son épouse avec la cour. Les nourrices françaises et espagnoles ont été laissées dans la chambre afin de vérifier si les enfants avaient découvert les secrets de l’amour physique et surtout les mettre en œuvre. La situation déjà extrêmement intimidante avait été compliquée par ces présences. Ce fut le début d’un drame qui va trouver sa suite à Créon.
« On dit qu’il ne s’est rien passé et que sa majesté est ressorti 2 heures après tout penaud  confie sous le sceau du secret Ronan. Mais vous savez je n’y étais pas ajoute-t-il  aussitôt ». Il ne sait pas encore qu’il faudra attendre près de 4 ans avant que l’on retrouve dans le même lit les deux époux au grand désespoir de la Reine mère et des grands du royaume attendant un dauphin ! Un traumatisme dont Louis XIII ne se remettra jamais !
Après deux grands feux d’artifice tirés les 8 et 15 décembre et avec l’arrivée d’un hiver froid et pluvieux on envisagea le retour vers Paris. Le voyage de noces dura plus de 5 mois à partir du 17 décembre jour du départ de Bordeaux vers Créon puisque la cour choisit la ville neuve pour halte avant d’aller franchir la Dordogne le lendemain.
Les messagers du roi étaient passés prévenir le village qui en fut bouleversé et impressionné. Leur comportement ne rassura guère. On compris vite que ce ne serait pas très rentable que d’accueillir la suite royale. Imaginez un peu ! Il fallait héberger et nourrir le Roi, la reine mère, son épouse encadrée par des dames d’honneur espagnoles et plus d’une centaine de nobles. Plus personne ne parlait à personne dans ce convoi exceptionnel et chaque lignée avait ses exigences ou son rythme de vie.
Ronan eut beaucoup de soucis. Les Créonnais prudents avaient en effet dissimulé ou déménagé tout ce qui pouvait être récupéré ou pillé. On réquisitionna donc et on nettoya les chambres de l’auberge du Soleil d’or à l’angle de la Place pour le roi et celles des marchands située juste à coté du siège de la Prévôté. Pas question en effet que les époux fassent chambre commune. Ils se détestent déjà !
(à suivre)

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