Il paraît selon les spécialistes, que la série diffusée par Canal+ intitulée « le bureau des légendes » est extraordinairement proche de la réalité des services secrets. Si cette appréciation est exacte il faut se faire une raison la démocratie n’a pas grand sens dans bien des pays puisque tout ce qui y est présenté est en marge d’absolument toutes les affirmations officielles. Qui dirige ? Qui décide ? Qui agit ? Qui répare ? Il faut bien se demander quelle est la légitimité de cette manière d’agir de par le monde ? Terrible puzzle international dans lequel les trafics, les trahisons, les compromissions, les crimes ne sont que des échanges d’amabilités sur la base d’œil pour œil, dent pour dent. Le secret n’existant quasiment plus du tout en raison de la sophistication exponentielle des techniques d’espionnage, on assiste à une gigantesque partie d’échecs avec des méthodes qui rappellent les comportements d’une autre époque. Quel est le prix de la vie humaine dans ces affrontements dont on ignore absolument tout ? Aucun ! Quel est le poids des manipulations ? Total ! Derrière tous les faits exceptionnels dont se régalent les médias le cheminement opérationnel paraît être d’un extraordinaire complexité. Les règles des romans d’espionnage ne sont plus de mise puisque le poids des services est devenu énorme.
Bien évidemment il doit y avoir une large part de fiction dans cette série mais rares sont les personnes pouvant réellement en apprécier le contenu. On se vend. On s’achète. On se revend. On se rachète. On se détruit. On se reconstruit. La patience l’emporte sur toute autre considération car la seule victoire possible est celle que l’on obtient millimètre après millimètre. Tout le monde espionne tout le monde et il n’y a que des alliances purement circonstancielles. On le sent bien. Au sein même de l’Europe les rivalités de pouvoir sont exacerbées avec les coopérations de façade car les rivalités passent avant tout le reste.
L’actualité regorge de ces coups tordus savamment montés avec des résultats parfois pires que le mal. Tout n’est qu’iceberg avec une partie visible et surtout une immense masse immergée invisible pour celles et ceux qui n’ont ni les moyens, ni les compétences pour plonger dans l’eau glacée des réalités. En fait à tout instant se pratiquent des parties de poker menteur stratégiques que seulement quelques grands joueurs peuvent décoder. Chaque soir sur le bureau du Président de la République arrive 2 feuillets synthétiques rédigés à partir de dizaines de rapports parfois contradictoires. Ils vont conditionner bien des prises de position à l’échelle internationale mais aussi nationale. Bien malin celle ou celui qui est en mesure de percer les mystères de certaines attitudes politiques qui paraissent décalées ou incompréhensibles. Il est impossible de ne pas évoquer les attentats, les exécutions sommaires à distance, les échanges de prisonniers, les meurtres non élucidés, les libérations providentielles lorsque l’on suit ces épisodes méthodiques, complexes, millimétrés de cette série qui justement fait froid dans le dos !
Personne ne peut croire un seul instant à la spontanéité d’une révolte, d’un coup d’État, d’un krach économique. Les guerres partent de germes dispersées par ces services secrets rivaux. Ce ne sont que des virus dangereux placés au bon endroit qui désorganisent et détruisent des zones d’influence capitale pour le camp adverse. L’argent coule à flots. Les balles ou les explosifs ne sont pas autant utilisés que le proposent les scénaristes des films américains. Le « bureau des légendes » recherche surtout des hommes d’influence capables de bâtir un système pyramidal avec souvent des gens du peuple comme socle de la véritable action. Et ils sont dans notre quotidien.
Les militaires sont tributaires désormais de tous ces réseaux technologiques ou humains qui tissent leur toile sur des terrains où il ne faut surtout pas engager des vies humaines. Les opinions publiques n’acceptent plus que leur armée soit mise en danger par des interventions trop coûteuses en vies. Les camps adverses le savent et c’est par exemple l’une des raisons de l’intervention de Daesch sur Palmyre : tenter de pousser les Occidentaux à une intervention terrestre. Les services secrets le savent bien et conseillent de baisser els yeux pour ne pas voir !
La récente loi sur la sécurité intérieure ne fait que légaliser une partie de pratiques secrètes actuelles. Le vrai problème c’est des avoir jusqu’à quel point ces services peuvent évoluer dans ce qui se prétend encore une démocratie. Enserrés dans un système de plus en plus oppressant, de plus en plus mouvant, de plus en plus complexe la France tente de tenir sa place. C’est un objectif ambitieux car la concurrence est rude et vraiment sans garantie d’efficacité. Impossible de mener une véritable réflexion sur ces sujets secrets et surtout biaisés par la situation d’insécurité mondiale actuelle. Alors on regarde la télé !