Montée de la droite extrême et de l’extrême droite, développement de l’égoïsme au détriment de toutes les formes basiques de solidarité, renforcement du corporatisme face aux décisions d’intérêt général, refus de la prise en compte de l’avenir au détriment de l’immédiat : la crise morale, sociale et financière modifie à une allure vertigineuse les mentalités et les comportements sociaux. La montée incessante du chômage qui nécessiterait une vraie réforme des rapports que nous avons avec le travail rend encore plus rapide ces mutations. Les valeurs s’estompent devant les besoins essentiels. Les partis politiques totalement décrédibilisés cèdent à la personnalisation pour oublier les vrais débats. L’éducation populaire n’a plus aucun poids face au rouleau compresseur médiatique.
Ainsi près d’un quart des Français se désintéressent des problématiques liées à l’environnement, un chiffre en nette hausse sur un an, indique une étude rendue publique six mois avant la conférence sur le climat de Paris en décembre. C’est vraiment révélateur des changements du climat à l’intérieur de cette société du profit roi ! Au nom de l’efficacité à court terme supposée salvatrice on dédaigne désormais les alertes pourtant angoissantes sur l’avenir de la planète. Les Français sont 23,7 % à être désengagés face aux problématiques écologiques contre 15 % l’année précédente, selon cette étude menée par la société de services en développement durable GreenFlex, en partenariat avec l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Seules un cinquième des personnes interrogées (19,6 %) sont « très soucieuses des problèmes liés à l’environnement », selon cette étude. Presque autant (19,3 %) pensent qu' »agir pour l’environnement n’en vaut la peine que si cela leur fait gagner de l’argent ». Que dire de plus ? Elles étaient 14,4 % dans l’étude de 2014. Le nombre de personnes prêtes à faire des sacrifices dans leur vie de tous les jours pour la protection de l’environnement est tombé à 41,2 %, contre 44,5 % auparavant et 56,9 % en 2010, selon cette étude.
Qui ferait des travaux sur sa maison d’économie d’énergie s’il n’y avait plus à la clé les déductions fiscales ou la baisse de factures jugées prohibitives ? Qui souhaite vraiment l’implantation de dispositifs d’énergie renouvelable s’il n’y a plus de perspective de rentabilité ? Qui est particulièrement convaincu de l’utilité des transports en commun s’ils ne permettent pas de diminuer la part déplacement dans les budgets familiaux ? En fait il faut bien convenir que les propositions en matière de protection environnementale sont considérées par beaucoup de personnes comme absolument sans intérêt. Face aux besoins vitaux on ne s’occupe guère de l’origine des produits que l’on consomme : seul le prix préoccupe ! Qu’ils soient « bios » ou « industrialisés » on ne se pose pas vraiment l’impact sur la santé des ses achats quand on est au RSA ou au chômage indemnisé au ras du minimum vital ! D’ailleurs les « rétractés », c’est-à-dire les personnes désengagées, sont pour la plupart (64 %) des hommes et sont « surreprésentés chez les chômeurs et les populations modestes ». C’est un constat dramatique car il creuse de manière terrible l’écart dans les comportements et explique en grande partie le virage vers « l’efficacité » supposée de l’extrême-droite !
Opposez vous à l’arrosage absurde des jardins d’agrément ou au lavage des automobiles en période sécheresse à des gens obsédés par le paraître ! Allez donc expliquer dans un lotissement qu’au nom de la biodiversité une commune ne tond pas l’intégralité des pelouses ! Venez donc persuader les riverains qu’il vaut mieux de l’herbe sur les trottoirs que de les décaper au Round up ! Allez convaincre de l’utilité de varier les menus du restaurant scolaire pour préserver le goût ! Tentez d’expliquer qu’il faut laisser les enfants aller à pied ou à vélo vers les écoles au nom de la lutte contre l’obésité ! Lancez-vous dans une taxe sur la circulation outrancière et dévastatrice des poids lourds de trafic européen ! Faites renoncer aux désherbants, aux semences génétiquement modifiées, aux nitrates et aux engrais chimiques les entreprises agricoles! Augmentez les taxes sur les déchets en expliquant qu’il faut pourtant trier toujours plus et acheter des produits peu emballés ! Et les exemples pourraient être démultipliés à l’infini.
Cette conjonction des indifférences aux conséquences de ses actes vis à vis de l’environnement propriété collective est en progression de manière inquiétante !
Tout ce qui est désormais considéré comme un obstacle au développement économique et à la fameuses croissance devient suspect et donc doit être écarté. Depuis deux ou trois ans d’ailleurs les réactions violentes contre celles et ceux qui revendiquent la défense de l’environnement se multiplient. Il faudra au sommet de Paris une puissance médiatique exceptionnelle pour inverser cette tendance révélatrice de la montée des égoïsmes.