L'extension du réseau des LGV est un miroir aux alouettes

L’extension des lignes ferroviaires devant porter les trains à très grande vitesse va largement s’inviter dans de débat régional et d’ailleurs les pressions sont nombreuses pour que les diverses assemblées se prononcent avant le départ en vacances. Dans le sud-Ouest les clivages entre les élu(e)s favorables et les défavorables dépassent nettement les frontières politiques traditionnelles/ Globalement on trouve dans le camp des gens pour de nouvelles lignes la droite libérale et une partie de la gauche qui à peur de contrarier le développement économique prédit par les études très anciennes sur ce mode de déplacement. Or le problème c’est que justement depuis le lancement de la simple idée d’une extension du réseau vers Dax le contexte a nettement changé rendant obsolètes toutes les évaluations de coût et de rendement. Une commission d’enquête ayant patiemment et loyalement réuni les éléments d’appréciation a jeté un pavé dans la mare en se prononçant négativement sur ce projet… C’est un tollé et comme c’est souvent le cas tous les lobbies se sont unis pour condamner ce rapport qui aurait dû être comme les autres… positif.
Il est exact que la commission a souligné des aspects positifs à la construction de quelque 360 kilomètres de lignes nouvelles pour un investissement total de l’ordre d’au moins 8 milliards d’euros. Elle évoque les gains de temps, « les retombées économiques « qui favoriseront les grandes métropoles », les créations d’emploi sur les chantiers et un bilan carbone positif. Or ces arguments sont à double tranchant car ils ont des aspects souvent peu évoqués.
Quelle est la valeur d’une économie de temps de ville à ville quand pour accéder aux gares il faut toujours plus de temps puisque les trajets vers ces lieux s’allongent par la diminution des haltes ?. Combien gagnera une personne habitant pas exemple Bergerac si pour gagner une demi-heure elle doit aller prendre son TGV à… Bordeaux ? C’est la globalité du parcours qu’il faut prendre en compte pas seulement la durée du déplacement entre Bordeaux et Paris. Les retombées économiques ne sont pas quantifiées réellement mais sur la base d’estimations de fréquentation que l’on sait déjà fausses. Il faudrait déduire de ce paramètre les dépenses liées à la construction qui ont coûté en impôts et en restrictions des autres secteurs d’investissement. Mais c’est passé sous silence… 160 millions d’euros de participation pour le Conseil départemental de la Gironde sur Bordeaux Tours c’est… 10 collèges neufs avec installations sportives !
Quant au « bilan carbone positif » il faudrait comparer au développement du ferroutage ou du covoiturage ou des modes de déplacements alternatifs que l’on pourrait développer avec les sommes folles englouties dans ces structures qui ne profitent en définitives qu’aux agglomérations alors qu’elles causent des dommages écologiques sur les territoires non urbains !
Avec lucidité la commission note que l’engouement « quasi pavlovien » pour les LGV occulte le fait que les alternatives ont été insuffisamment explorées donnant raison à celles et ceux qui pensent que la notion de « temps » est dépassée en matière de déplacement ! Elle note aussi que certains impacts environnementaux, notamment l’approvisionnement en matériaux, ont été insuffisamment pris en compte. Elle estime que ce projet d’infrastructure est lourd pour un service non garanti et qu’il favorisera la métropolisation au détriment des villes moyennes et des zones rurales. Comment ne pas être d’accord avec cette analyse quand on sait que la « métropolisation » centralisatrice provoque déjà des ravages en matière d’emplois (peu de travail proche du domicile), de déplacements quotidiens (effet de serre), de recentralisation des services ? Quand on constate qu’il n’y aura plus que 3 arrêts quotidiens à Libourne on ne peut que s’inquiéter pour toute la zone nord de la Gironde et pour le sud-ouest de la Dordogne. Que Dax ne se fasse pas d’illusion ou qu’Agen ne se leurre pas le cadencement depuis ces villes n’aura rien de comparable avec Bordeaux alors que ce dernier est extrêmement limité !
Le tout TGV a tué la proximité des déplacements ferroviaires pourtant essentiel pour la qualité de vie dans les petites ou moyennes villes. Il mettra en péril par ses enjeux financiers le transport par le rail dans sa globalité. Et le paradoxe la SNCF lance cet été une vaste opération promotionnelle pour lutter contre le développement du covoiturage, des autocars et de l’avion. Elle tente d’anticiper des difficultés liées au faut qu’elle ne prévoit plus que 13 millions de voyageurs par an entre Paris et Bordeaux, contre 15 initialement espérés et 18 prévus par le constructeur de la ligne avec une estimation de perte entre « entre 150 et 200 millions par an ». Si Lisea n’obtient pas une augmentation des trajets empruntant sa construction pharaonique permettant d’améliorer la rentabilité de l’opération (la proposition SNCF ne permet d’espérer que 250 millions de loyer) la convention de desserte liant l’Etat et certaines collectivités du tracé ne sera pas respectée et surtout l’entreprise risque de ne plus rembourser ses emprunts d plus de 2 milliards laissant le soin à l’Etat de jouer son rôle de garant ! Alors pour ma part après ces constats concrets c’est clair, net et précis ; je ne voterai pas en faveur de l’extension des LGV 

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4 réponses à L'extension du réseau des LGV est un miroir aux alouettes

  1. J.J. dit :

    Descartes prétendait (avec un certain humour) que le bon sens est la chose au monde la mieux partagée.

    Le cas des TGV, LGV et autres projets tout aussi fumeux (malgré la traction électrique…) tendent à montrer que l’humour de Descartes n’a rien perdu de son actualité.

  2. Christian Coulais dit :

    « Et le paradoxe la SNCF lance cet été une vaste opération promotionnelle pour lutter contre le développement du covoiturage, des autocars et de l’avion ».
    Plus d’un million de voyageurs utiliseraient déjà le covoiturage au lieu des trains à grande vitesse, et avec l’extension des autocars Macron prochainement, la chute sera encore plus dure !
    Le tout TGV fut à une époque à la mode grâce au lobby des Gros des Travaux Publics (réalisés par le Privé) et d’Alstom qu’il faillait maintenir en vie !
    Alors que la VRAIE solution était d’utiliser les trains pendulaires sur les voies EXISTANTES, mais la technologie n’était pas française et « y’avait » moins à bétonner !
    Aussi, en juillet 2000, Alstom rachète la société italienne Fiat Ferroviaria, concepteur et constructeur du Pendolino, train pendulaire ETR 450, ETR 460, et ETR 500 des chemins de fer italiens, et à l’origine des rames S220 mises au point par l’entreprise Rautaruukki-Transtech et utilisées en Finlande.
    Mais en avez-vous déjà vu ou entendu parler en France ?

  3. feld dit :

    Jean-Marie, je suis en tous points entièrement d’accord avec toi. Il y a suffisament d’autres réseaux ferrés à remettre en état (Bordeaux/Sarlat) ou à inventer (essayez d’aller rejoindre Rodez, préfecture de l’Aveyron (!) en train!…et d’autres cadencements à renforcer, tentez par exemple le bordeaux/limoges!! (futur déplacement intra-régional surréaliste!!)…et j’en passe évidemment. Comme il y a déjà de nombreuses années, je m’étais opposée (en vain) contre Paris/Marseille en 3h (j’habitais alors Aix en Provence et j’étais utilisatrice régulière de cette ligne), je continuerai à m’opposer à la défiguration des provinces. Cette course à la rapidité est totalement absurde et ne fait que renforcer le trou de la sécu avec le stress qu’elle génère…
    Je te remercie pour cette prise de position sans fioritures que l’on aimerait tellement entendre davantage dans les discours politiques.

  4. Helios33 dit :

    J’adore les discours des soit disant experts qui n’hésitent pas à citer des références élaborées de matériels qui au bout du compte font gagner moins de 20 min sur un parcours de 300km sur voie ferrée existante là où les TGV font gagner plus d’une heure sur ligne nouvelle.
    Et que dire des discours vertueux de ceux qui se disent opposants à la LGV MED là où le fer a gagné 70% de part modale sur l’avion et qui transporte plus de 10 millions de voyageurs par an. Mais c’est vrai, l’empreinte carbone est sûrement réservée à la société bien pensante de l’air du temps…

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