Même sur la route ce principe n’est pas respecté alors comment espérer qu’il le soit dans la vie sociale. Et pourtant dans quelques mois, compte-tenu des difficultés de financement que traversent tous les systèmes de vie collective, il faudra bien que les consommateurs (trices) se transforment en citoyen(ne)s et admettent la notion de « priorité ». C’est indiscutable : nous vivons au-dessus de nos moyens actuels et le courage c’est de l’affirmer ! Le parler vrai n’étant pas à la mode on va continuer à faire semblant de tout pouvoir accorder et donc de saupoudrer, d’adapter, de modifier, de réguler mais surtout pas de réformer en profondeur. D’ailleurs on voit bien que toutes les initiatives allant dans ce sens sont vouées à l’échec et même je peux affirmer sans risque d’être démenti qu’il va falloir singulièrement bousculer les mentalités pour que la population admette les choix effectués par les élus quel qu’il soit. Il devient important de mettre en place une autre pratique de l’action publique reposant sur le dialogue (à ne pas confondre avec la concertation), sur la « co-élaboration » des compétences, sur la « co-décision » dans bien des domaines. C’est devenu vital pour la démocratie et pour empêcher la montée inexorable de révoltes imbéciles, attisés par un populisme nauséabond. Les élus, de moins en moins détenteurs du savoir, n’ont plus de temps pour mettre en place de nouvelles gouvernances.
Avec Anne-Laure Fabre-Nadler élue départementale EE-LV sur le canton de Créon nous avons décidé d’amorcer une approche différence du mandat électif qui nous a été confié par les électrices et les électeurs. Dans cet état d’esprit nous avons mis en œuvre un Conseil consultatif citoyen cantonal parfaitement structuré qui sera durant toute la durée du mandat associé à toutes les prises de position que nous serons amenés à prendre. De cette instance inédite dans son format découleront à la fois des propositions et des avis sur l’ensemble des sujets relevant de la compétence départementale. La composition de ce Conseil repose sur la diversité et la liberté. Un premier collège rassemble un représentant par commune ou intercommunalité (27 membres) laissant au Maire le pouvoir de choisir selon les sujets l’élu le plus motivé. Le mouvement associatif dans sa diversité thématique (sport, culture, économie, social, environnement, jeunesse, loisirs…) compose la seconde partie de cette assemblée territoriale. Une trentaine de personnes rencontrées durant la campagne et ayant à un moment ou un autre apporté leur contribution à notre programme complète ce CCCC.
Son installation a été effectuée par l’équipe cantonale dans un climat de confiance réciproque. Une feuille de route a été donnée : déterminer les « priorités » à mettre en œuvre que le secteur. L’objectif est clair. On ne parlera pas de tout et de rien, des déjections des chiens, des bancs cassés, des aboiements intempestifs des canidés ou du chant trop matinal des coqs, des nids de poule, des poubelles éventrées, des véhicules roulant trop vite. Autant de sujets de la plus haute importance qui hantent les conseils de quartiers ou les réunions de lotissements ou de copropriété. L’engagement pris consiste à poser les vrais éléments de la vie du quotidien de ces gens ne voulant plus se déplacer pour voter ou votant en faveur de candidats totalement éloignés de leurs vraies préoccupations de proximité. L’équipe cantonale s’accrochera à cette notion essentielle de « priorités » car il est fallacieux de laisser accroire que demain ne sera pavé que de bonnes subventions données sans souci de « priorisation ». La perte de la compétence générale des conseils départementaux va contraindre les élus locaux à une révision complète de leurs projets et ils vont devoir faire de la politique puisqu’ils devront à leur tour construire un projet sur les bases du « possible ».Les thèmes qui seront abordés dès la rentrée pour le conseil consultatif citoyen tourneront autour de toutes les facettes du trajet « domicile-lieu de travail » car l’équipe cantonale a considéré que bien des difficultés viennent de cette contrainte.
Infrastructures routières, diversité des solutions de déplacement, développement des espaces de co-working, logement, structures d’accueil de l’enfance, isolement social, transports collectif, secteurs scolaires : l’ensemble de ces aspects du quotidien du plus grand nombre d’habitants parmi beaucoup d’autres constitue la base des premiers échanges. Il serait présomptueux de penser que cette structure citoyenne va réconcilier les élus avec les électrices et les électeurs mais elle constitue une ébauche de nouvelle gouvernance qui sera renforcé par une approche révisée des politiques départementales. Nous aurons en Créonnais un temps d’avance et nous aurons déjà tenu l’un de nos engagements de campagne ! C’est déjà pas mal !