Pollueur-payeur : c'est un peu fort de café !

J’ai eu le privilège durant le précédent mandat municipal de représenter les maires au sein d’un organisme national chargé de la mise en place de la collecte des emballages ménagers et assimilés. Productrices massives de ces déchets les multinationales les plus gigantesques ont de par la loi l’obligation d’assumer cette responsabilité qu’ils préfèrent financer au minimum en en confiant la responsabilité aux collectivités territoriales. Des éco-organismes comme « éco-emballages » ont en charge le montage nécessaire à ce financement des opérations de récupération et d’élimination qui sont souvent liées à la mise en place du tri sélectif. Des millions de tonnes de ces productions parfois strictement inutiles sont associées à la grande distribution qui diffusent des emballages supposés recyclables. Tout n’est pas fait cependant pour diminuer les volumes.
Nestlé affiche avec grande fierté son programme de développement durable, mais ça ne l’empêche pas de polluer notre environnement: les capsules de café Nespresso s’empilent dans nos déchetteries! Ce qui se cache derrière cette tentative « d’écoblanchiment », c’est que les machines à café à capsule génèrent des tonnes de déchets. Déjà, en 2012, on avait atteint les 27 milliards de capsules jetées à la poubelle. On a largement dépassé cette statistique avec une production exponentielle puisque bien d’autres fabricants se sont mis sur les rangs ? L’autorité de la concurrence a même imposé le caractère universel de l’utilisation de cet accessoire devenu très à la mode. La suprématie de Nestlé au sein du marché du café haut de gamme repose sur son image de marque. Maintenant, grâce à la pression de l’opinion publique, nous pouvons amener le groupe à prendre le développement durable au sérieux car sa motivation n’est qu’apparente.
Les milliards de capsules que Nestlé jette à la poubelle sont une catastrophe écologique à plus d’un titre. Elles sont faites en aluminium, donc leur fabrication requière d’énormes quantités d’énergie et elles sont difficilement recyclables. Le géant de l’alimentation clame fièrement qu’une étude a démontré que ses produits causent moins de tort à l’environnement que le café filtre: quelle publicité mensongère! Cette « étude » a été payée par Nestlé: des études indépendantes présentent un portrait complètement différent.
Nous ne pouvons pas accepter que Nestlé soit aussi hypocrite. Mais il faut bien avouer que tous les « pollueurs » que l’on avait annoncés lors du Grenelle de l’environnement comme des « payeurs » continuent leur politique de diffusion d’emballages inutiles ou dangereux puisque les consommateurs achètent souvent sur ce seul critère. Or l’entreprise a vendu près de 9 milliards de capsules en 2014, dont seulement 5 % étaient recyclables. Ces produits sont composés d’un mélange d’aluminium, de plastique et de papier, qui rend le tout très difficile à retransformer en matières premières réutilisables. l’ancien dirigeant de Keurig et l’inventeur de la K-cup dans une interview récente donnée à reconnaît ne s’être jamais attendu à ce que ses capsules deviennent si populaires et dit « regretter l’impact environnemental de son invention ».
Dans les années 1990, cet ingénieur a quitté son travail pour se dédier à sa passion du café. Pour cela, il a fondé Keurig : « excellence » en néerlandais, car, selon lui, « tout le monde adore cette langue ». Le succès n’a pas immédiatement été au rendez-vous. Pendant plusieurs années, John Sylvan n’a même connu que l’échec, se faisant littéralement mettre à la porte  par de nombreux investisseurs. Il fut même une fois hospitalisé après avoir bu plus de 40 cafés dans la journée en expérimentant sa capsule. D’abord destinée aux entreprises, John Sylvan n’avait jamais imaginé que son invention envahirait bientôt les foyers. Lorsque ses anciens brevets sont entrés dans le domaine public en 2012, tous les concurrents de Keurig se sont jetés sur le secteur. Selon le magazine Que choisir, 40 % des foyers français sont déjà équipés de telles machines à café. Face à un tel succès, John Sylvan affirme certes avoir « quelques regrets » pour avoir vendu ses parts de la société pour 50 000 dollars en 1997. Une fraction des 4,7 milliards de dollars de chiffres d’affaires générés en 2014 par Keurig. Il est vrai que le café en dosette coûte entre 40 et 70 euros le kilo, soit en moyenne 35 centimes la tasse. Le tout, en générant beaucoup de déchets. Bref rien ne vaut un café à l’ancienne avec des filtres non blanchis au chlore mais c’est moins attractif et moins élégant.
« What else ? » Simplement une autre vision du principe pollueur payeur qui ne suppose pas toujours la responsabilité de l’acheteur mais aussi et surtout celle du metteur sur le marché… qui fait payer l’emballage comme acheteur et lui faire ensuite refacturer au titre de contribuable par la collectivité en charge de l’élimination des déchets crées. Un peu fort de café !

Ce contenu a été publié dans PARLER ENVIRONNEMENT, PARLER SOCIETE, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Pollueur-payeur : c'est un peu fort de café !

  1. J.J. dit :

    Emballement de la machine et erreur de frappe ! Je reprends.

    Je suis vraiment has been, il ne faut pas le dire : j’utilise toujours ma vielle cafetière italienne avec la mesure à café « ad hoc » !

    Et comble de la ringardise, je recycle le marc dans le composteur du jardin, au grand plaisir des vers de terre (enfin, je ne sais pas si ça leur procure du plaisir, mais ça les dope ).

  2. facon JF dit :

    Bonjour,
    le principe pollueur payeur n’est qu’un miroir aux alouettes destiné a générer des milliards d’euros de chiffre d’affaire pour les géants du déchet. C’est ce principe qui a propulsé la redevance incitative enfant chéri des égogologistes. La partie incitative était sensée mobiliser les consommateurs payeurs en les responsabilisant financièrement ( carotte+bâton). En fait, le tri chez les consommateurs représente la majeure partie du travail ( gratuit) de valorisation qu’empochent les géants du déchet. Quant à la responsabilisation elle est maximale chez les résidents en maison individuelle et insignifiante dans l’habitat collectif. Pourquoi faire l’effort de trier correctement si dans le même immeuble un ou plusieurs occupants font n’importe quoi, de plus la diminution des déchets non recyclables, lorsqu’elle se produit, ne compense pas l’augmentation irrésistible de la collecte des déchets.
    La redevance incitative c’est une pompe à pognon et une source insoupçonnée de conflits et de délits qui sont apparus lors de sa mise en place. Des centaines de millions d’euros pour remplacer les poubelles existantes ( qu’il faut jeter) par des poubelles à puce, pour équiper les camions chargés de comptabiliser les levées et les poids, pour mettre en place des logiciels (captifs pour s’assurer une rente de situation) et tout cela au bénéfice des géants du déchet. Les conflits et les délits ce sont les poubelles à clef qui encombrent et parfument les trottoirs, les incinérations domestiques, les dépôts sauvages ou l’utilisation délictueuse des poubelles municipales ou autres. Bref une usine à gaz ou un marteau pilon pour écraser une mouche! Et bien entendu tout à la charge des contribuables.
    Vous avez raison et même mille fois raison la solution c’est le traitement à la source. Et c’est pourquoi j’ai investi il y a bien longtemps dans une machine à expresso de bonne qualité. J’achète mon café chez un torréfacteur qui aime son métier et le marc rejoint mon composteur pour faire du bon terreau pour mon jardin sans pesticide.
    Dis moi ce que tu jettes et je te dirais quel consommateur tu es.
    Bonne journée

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.