L’été devient de plus en plus la saison des grands-parents. La société éclatée pour des raisons multiples fait que durant les mois de vacances les papis et les mamies prennent une importance particulière. Ils deviennent « animateurs de colos », « baby-Sitter », « éducateurs culturels ou sportifs », « cantinières », gentils « organisateurs de loisirs », « ludothécaire » et parfois même « financeurs de séjour »s. C’est dire si tout à coup ils ont une importance accrue dans un système social voulant qu’ils n’aient plus grande utilité en raison de leur âge. Les retraités ont pourtant un immense plaisir à rendre service sur une durée plus ou moins longue en accueillant les fameux « petits-enfants » ou pour certains « arrières-petits-enfants ». Une tâche toujours ardue et délicate puisqu’elle suppose une stratégie différente selon les « nichées » reçues collectivement ou à tour de rôle.
En général l’adaptation est difficile d’un coté et de l’autre. Pour peu que les consignes des parents soient précises et contraignantes pour les gamins, les accueillants ont bien du mal à obtenir leur respect ou leur mise en œuvre. Tenez essayez donc de faire ouvrir le fameux cahier de devoir de vacances. Si vous y arrivez vous constaterez que l’écart des générations conduit souvent à des conflits liés au décalage pédagogique. Il suffit que surgisse la formule « magique » : « de mon temps… » pour qu’aussitôt les affaires se gâchent et le quart d’heure de travail périscolaire tourne au cauchemar pour chaque camp. D’ailleurs de moins en moins de grands-parents acceptent cette responsabilité et les plus pénibles sont forcément dans ce domaine les enseignants retraités ! Le moment du repas reste également un repère intergénérationnel. Comment mamie peut-elle adapter ses talents culinaires à des demandes pouvant devenir des exigences de plus en plus restreintes en terme de goût ? En été l’avantage repose tout de même dans la diversité et sur la présence ou non de glaces dans le congélateur.
Proposer une course de petits chevaux en période de pluie ou une partie de jeu de l’oie est plutôt considéré comme un signe de ramollissement de l’esprit de papi ou de mamie. Cet été la tablette parentale laissée avec les gosses ou l’utilisation du téléphone mobile des grands-parents deviennent la clé de la lutte contre l’ennui du quotidien. Il est en effet indispensable d’ouvrir des temps de repos au cours des querelles philosophiques pour chaque camp qui naissent malgré la bonne volonté pouvant exister de part et d’autre. Mais le vrai secret des vacances réussies c’est le niveau du partage. Avoir envie de faire découvrir à ses petits-enfants ses racines, ses passions, ses envies, ses parcours constitue la base de rapports constructifs et affectueux. Le plus grand plaisir vient de la transmission patrimoniale. Elle rajeunit les uns et surtout enrichit les autres. Revenir sur des lieux, retrouver des pratiques, réapprendre des techniques : autant de pépites offertes aux trésors respectifs des souvenirs de chaque génération. Quelle que soit la société cette transmission s’avère capitale mais elle a une affreuse tendance à disparaître. Les vacances passées auprès de papi ou de mamie pour celles et ceux qui ont cette chance deviennent ainsi un facteur essentiel de l’évolution vers le vrai savoir, celui qui repose sur des acquisitions non contraintes fondatrices de la culture générale.
Partir par exemple chercher des cèpes dans un bois va donner des moments de bonheur exceptionnels puisque tout est contenu dans cette aventure. On apprend à connaître les subtilités de la forêt et à en décoder la vie réelle. Il est aussi tellement plaisant de revivre sa propre enfance de libre chercheur bénéficiant de la confiance totale de ses parents pour courir les bois. Actuellement c’est inenvisageable tellement les peurs de l’accident, de l’agression, de l’égarement paralysent le comportement social. Sans être savant ou pédant leur apprendre la diversité des champignons ; amener à découvrir que la nature regorge de produits que l’on néglige ou de curiosités simples mais exceptionnelles pour peu que l’on veuille les voir ; persuader que tout moment de bonheur nécessite de la patience, des efforts sans que l’on soit certain d’obtenir ce que l’on espère : aucun mérite pour transmettre ces éléments culturels ils coulent de source. La satisfaction du grand-père ou de la grand-mère vient alors d’un cri de joie, d’une déception, d’une interrogation ou d’un remerciement… elle est d’autant plus précieuse que l’on n’a pas toujours effectué cette démarche auprès de… ses propres enfants. Faute de temps, de motivation ou tout simplement parce que l’on avait peur de ne pas les intéresser !
Aller simplement se promener sans but précis participe également de cette transmission intergénérationnelle de l’été. Commenter fort de son expérience un événement dont on est témoin appartient à formation citoyenne. Leur accorder du temps, simplement du temps pour les enlever de la course quotidienne que constitue désormais la vie des mômes. Ne rien leur proposer clé en mains et les laisser copieusement s’ennuyer pour qu’ils se décident à prendre à leur compte leur journée… comme quand la télé ne remplissait les vides d’imagination par les heures de débilité animée. Il existe pourtant mille et une façons de construire un été heureux par le partage !