Retour sur un passé décomposé

Allez, au lieu de commenter dans le vide les mesures prises par les Hongrois à l’égard des réfugiés tentant de gagner l’Allemagne ouvrons un livre d’histoire. C’est parfois plus efficace que d’écouter les habitués des positions manichéennes toutes faites. Revenons dans ces années 1930 qui ont marqué profondément tout le continent européen et imaginons un peu quel est le fondement des positions actuelles d’un gouvernement magyar et imaginons un instant ce qui peut nous arriver un jour dans le beau pays de France. Il y a moins de 2 ans alors que le phénomène terrible des migrants n’existait pas, à Budapest il y a eu une cérémonie officielle d’inauguration d’un buste à l’occasion du 75e anniversaire d’un accord conclu avec l’Allemagne nazie, qui a permis à la Hongrie de récupérer des territoires perdus en vertu du traité de Trianon de 1920. Elle a été notamment organisée par le parti d’extrême droite Jobbik, troisième formation parlementaire du pays. Un mouvement dont l’un des dirigeants, Marton Gyongosi, demandait en 2012 l’établissement d’une liste de citoyens d’ascendance juive avant de revenir sur ses propos… L’homme qui était officiellement honoré s’appelait Miklos Horthy (1858-1957).
En 1920 élu en 1920 régent du royaume de Hongrie, fonction qu’il exercera jusqu’en 1944. Il institua alors un régime autoritaire et conservateur au nom de l’ordre, de la patrie et de l’efficacité. Dès 1920, ce précurseur des nazis édicte l’une des premières lois antisémites d’Europe : l’instauration d’un numerus clausus dans les universités. Par la suite, on estimera que plus de 60.000 Hongrois juifs «moururent ou furent assassinés» avant l’occupation directe du pays par les nazis en 1944. Dans les années 30, l’amiral Horthy rapproche la Hongrie de l’Allemagne. Un rapprochement qui permet à Budapest de récupérer une partie des territoires perdus. En échange, le gouvernement magyar promulgue en 1938 une première loi antijuive qui sera suivie de bien d’autres. Deux autres suivent en 1939 et 1941. Et il engage des soldats hongrois aux côtés de la Wehrmacht sur le front soviétique, notamment à Stalingrad (1942-1943).
En mars 1944, les troupes allemandes envahissent la Hongrie. L’administration hongroise organise les persécutions contre les juifs : leurs biens sont saisis, ils sont regroupés dans des ghettos. Et entre le 15 mai et le 8 juillet, 435.000 d’entre eux, soit la moitié de la communauté juive de Hongrie, sont déportés, notamment sous l’égide d’Eichmann. Mais avec la dégradation de la situation militaire pour le camp nazi et les lourdes pertes du contingent hongrois à Stalingrad, Horthy cherche à se rapprocher des Occidentaux et à négocier un armistice séparé. L’amiral, qui craint un procès pour crimes de guerre, ordonne l’arrêt des déportations. Les Allemands le font renverser et arrêter.
Ils mettent en place un nouveau gouvernement dirigé par Ferenc Szalasi, chef du parti ouvertement nazi des Croix fléchées. Les persécutions antisémites reprennent. Aujourd’hui, les historiens estiment que plus de 500.000 juifs hongrois sont morts dans l’Holocauste. Quant à Horthy, il s’exile au Portugal, gouverné par la dictature d’extrême droite de Salazar, « où il finit paisiblement ses jours en 1957 ». De nombreux de ses partisans déclarés ou « consentants » ont d’ailleurs pris en 1945 la direction de « l’exil » ou ont réclamé le statut de « réfugiés » en France. Il y en a même de célèbres actuellement qui l’ont oublié, vraiment oublié.
Au cœur de l’Europe de l’Est la disparition des régimes communistes a conduit à la résurgence de comportements ancrés dans la société. Dans l’ex-Allemagne de l’Est, en Tchéquie, En Slovaquie, en Pologne, le cœur de notre vieux continent a toujours été hanté dans des idées plutôt réactionnaires et le ventre de la bête immonde reste fécond. Le racisme (même sous le régime communiste!), la haine, le nationalisme sommeillent dans des hommes touchés de plein fouet par la désillusion de cette Europe de l’inaccessible rêve de fric facile. Ils ne demandent qu’à se réveiller exacerbés par une forme d’intégrisme religieux, par des rivalités ethniques nées de « découpages » arbitraires de communautés et par une peur ancestrale du péril venant de l’Orient ! Sommes nous meilleurs ?
D’ailleurs le Premier ministre tchèque Bohuslav Sobotka, estimant que l’Europe est confrontée à une situation chaotique à régler de toute urgence, a déclaré que les quatre pays du groupe de Visegrád insistaient sur la nécessité pour l’Union européenne de renforcer le contrôle de ses frontières, de combattre les réseaux de passeurs et d’établir de nouveaux « hot spots », des centres d’accueil et de tri des migrants dans les pays où ils arrivent. Il s’est prononcé contre la mise en place de quotas de répartition contraignants que préconise la Commission européenne avec le soutien de Paris, Berlin et Rome, un avis partagé par ses collègues. Cette réunion des premiers ministres a été l’occasion pour les dirigeants tchèque, slovaque et polonais d’affirmer leur solidarité avec leur homologue hongrois (sic)Viktor Orban, dont le pays peine à gérer l’afflux de milliers de réfugiés qui transitent sur son territoire pour rallier l’Autriche ou l’Allemagne. « En témoignage de leur solidarité, les Premiers ministres se tiennent prêts à fournir une assistance supplémentaire à la Hongrie ». N’en déplaise à Céline qui prétendait « que l’Histoire ne repasse pas les plats » je préfère en ce moment à regret le constat de Alexis de Tocqueville voulant que « L’Histoire (soit) une galerie de tableaux où il y a peu d’originaux et beaucoup de copies »…

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2 réponses à Retour sur un passé décomposé

  1. J.J. dit :

    Puisque les hongrois et consorts ne veulent pas prendre en charge les migrants, si on leur renvoyait leurs » plombiers polonais » et autres parasites qui ruinent l’emploi et l’économie ?

    On pourrait profiter de l’occasion pour se débarrasser d’un autre parasite originaire de ces contrées barbares, qui organise le pillage de la nation et qui n’a rien à faire dans notre « Belle France »….
    Nos prédateurs d’origine locale y suffisent.

  2. facon JF dit :

    Bonjour,
    nous pouvons aussi ouvrir le livre d’histoire Française pour nous remémorer l’histoire des réfugiés Espagnol. Une page cruelle de notre histoire dans les camps de contrôle puis de triage que le gouvernement finira par appeler Camps d’internement puis camps de concentration (terme officiel) . Les asilés (terme officiel) sont détenus dans des camps, pour cause de potentielle dangerosité. Les conditions de vie sous le régime de Vichy y sont épouvantables, les autorités des camps utilisent les rivalités entre anarchistes et communistes Espagnol pour faire régner l’ordre. Pétain ne va pas se gêner pour faire de la place, les résistants républicains arrêtés en territoire français n’ayant pas le statut de prisonniers de guerre, ils seront déportés vers divers camps de concentration. Éparpillés dans plusieurs camps (les femmes républicaines arrêtées pour faits de résistance passent ainsi par le camp de concentration de Ravensbrück), ils constituent un groupe important essentiellement dans le complexe de Mauthausen-Gusen, dans lequel plus de 7 200 Espagnols sont enregistrés : sur 7 288, 4 676 auraient trouvé la mort. Au total, 12 000 républicains espagnols seront acheminés vers des camps de concentration ou de travail entre le 6 août 1940, qui marque le premier départ vers Mauthausen, et mai 1945.
    En ce jour de déchainement de la facho-sphère sur les migrants, en prétendant défendre les SDF FRANÇAIS laissés pour compte, notre passé nous accuse aussi.
    Salutations républicaines

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