Il existe des paradoxes permanents dans les sociétés actuelles. C’est ainsi que les Françaises et les Français de tous bords font du libéralisme économique la clé de la croissance. Ils adorent la concurrence destructrice des plus faibles ou ils vantent les mérites de ceux qui réussissent en accumulant les profits plus ou moins tordus. Ils croient encore massivement que le système « libéral » qui ne repose que sur le principe du « plus fort » dans tous les sens du terme leur permettra de sortir du marasme. Supprimons tous les règlements, tous les impôts, toutes les taxes, toutes les cotisations et laissons faire la nature ! Et laissons agir la célèbre concurrence libre et non faussée qui a bouleversé les rapports de production en Europe.
Il faut bien avouer que la faiblesse du politique à l’égard du monde économique leur donne cette sensation que la « liberté » donnée au marché les sauverait de la crise. Or dès qu’une catégorie de ces libéraux qui s’ignorent se trouvent confronter à la moindre difficulté personnelle ils appellent à la rescousse l’Etat. Ils ont voté ou se préparent à voter pour les défenseurs à tous crins du profit quand ils sont leurs victimes quotidiennes. Pire ils sont nombreux à refuser de se prononcer ou à opter pour le seul parti qui n’a aucune véritable proposition politique utile. Ce sont ceux-ci qui veulent « foutre dehors tous les fonctionnaires », abolir tous les contrôles et qui clament « laissez nous bosser ! Laissez nous gagner notre pain ! Foutez nous la paix ! ».
En fait les événements viennent une nouvelle fois de prouver que le système libéral magnifié par la Droite traditionnelle et il faut bien l’avouer défendu par une part du gouvernement a démontré, lors de ce que l’on a appelé la « crise du porc », sa force. Les producteurs légitimement mécontents du prix d’achat de leur production ont roulé pour la très libérale FNSEA, se sont laissés embarquer par un appel à l’Etat régulateur, ont manifesté pour réclamer un interventionnisme européen que justement ils ont refusé via le traité constitutionnel et, à l’arrivée ils sont allés droit dans le mur. Le Ministre ne peut rien contre la loi de l’offre et de la demande pas plus que tous les ministres européens. Il n’y a absolument aucun moyen (sauf si d’autres formes d’économies existaient) de peser sur le prix d’achat de la viande de porc. La preuve ? L’Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne a annoncé renoncer à l’objectif d’une cotation minimale de 1,40 euro pour le kilo de porc, montant fixé en juin par le gouvernement afin de soutenir les cours et les revenus des éleveurs.
Il n’y a pas d’acheteurs à ce niveau de prix vu qu’ailleurs en Europe le dumping social fait que l’on regorge d’offres bien moins onéreuses pour les transformateurs et les industriels. Le responsable de l’Union ont parfaitement résumé la situation : »le comportement d’achat doit refléter, à la baisse et à la hausse, la réalité des marchés. Au vu du contexte des marchés en Europe et dans l’objectif de conserver une cotation publique, transparente et équitable pour tous les éleveurs de porcs, la section porcine de l’UGPVB demande aux abatteurs acheteurs au cadran et liés à la distribution de ne plus acheter à 1,4 euro ». Un aveu de défaite en rase campagne et donc un retour à la réalité ! Les mots d’ordre de la FNSEA sont restés à Paris ou perdus dans le vent des chevauchées des tracteurs.
Cette décision de retour à la case départ vient après la prise de position du groupe Bigard, premier transformateur de viande en France, de fixer son propre prix d’achat. Il a fait les cours puisqu’il reste le plus gros acheteur sur le marché français et en refusant le prix de 1,40 € fixé par négociation entre le gouvernement et les syndicats. L’abatteur propose 1,32 euro le kilo et trouve des vendeurs mettant toute la filière à genoux. Le libéralisme dans toute sa splendeur puisque les situations de quasi-monopole permettent de dicter sa « loi »…. Le groupe Bigard et la Cooperl, qui transforment chaque semaine environ 100.000 porcs chacun, ont pris leurs distances avec le marché organisé car selon eux il est susceptible de mettre leur entreprise en péril.
Le principe est simple : la prospérité des uns ne repose que sur leur capacité à étrangler les autres ! C’est ça le système libéral. Les éleveurs voteront FN mais ne changeront rien à cette réalité d’une France paradoxale. Elle refuse toute réforme au nom des avantages acquis ; demande des interventions d’une puissance publique qu’elle veut priver de tous ses moyens d’action ; appelle à la solidarité ponctuelle mais refuse celle constante qu’impose la République ; accable les élus de gauche incapables de réguler la loi du marché qui leur a été imposée par les décisions de la droite. Le « cochon de contribuable » paiera pour eux les libéralités officielles !