Fuite des adhérent(e)s, querelles intestines, affaires en cascade, refus de tenir un langage de vérité, manque de présence idéologique : la politique est tellement discréditée que la société française se cherche d’autres modèles de gestion des a vie collective. Elle n’a plus de valeurs repères et donc poursuit une forme de quête de formes nouvelles de représentativité. Telles des étoiles filantes dans un ciel vide des personnages inédits apparaissent et viennent occuper le système médiatique avide de nouveautés. On a appelé cet appel d’air simplement dans l’ère mitterrandienne le recours à la fameuse « société civile » dont Bernard Tapie a été l’icône avec le bonheur que l’on connait. Comme le contexte déliquescent des médias (essentiellement dû au culte de la polémique, de la « petite phrase », de l’affrontement stérile confondu avec le « débat ») favorise l’émergence « d’anti-politiques primaires » on va vers des élections populistes comme celles qui dans les années 1930 ont conduit en Europe au pouvoir des aventuriers.
La télévision avec ses émissions mêlant arrivisme, spectacle, pseudo-journalisme, show-bizz a fini par créer une caste de « je sais tout » construisant leur célébrité sur le déraisonnable érigé en vérité. Les dirigeants emblématiques du FN exploitent à fond cette évolution comme l’ont fait avant eux les « vedettes » américaines du type Reegan ou Bush junior. Les récentes querelles du clan Le Pen sentent le coup monté et ne servent qu’à masquer totalement l’absence absolu de fond dans l’argumentation. Et ça marche ! Tous les élus FN et une partie non négligeable des autres En fait il suffit d’être « grande gueule », d’ériger en « argumentation » ce qui ne relève que des fondements de la « propagande » pour se tailler une place au soleil de la vie…politique. Une preuve vient d’être fournie par la une de « Valeurs actuelles » qui n’hésite pas à mettre Zemmour en position de présidentiable ! Il est fort probable que dans la semaine prochaine il sera vite valorisé, installé dans ce statut et donc forcément popularisé par ce « petit journal » qui invite le maire de Béziers ou qui vante le langage de vérité du FN ! Il faut bien avouer qu’à gauche on est aussi dans le même registre pour quelques adeptes non pas du parler vrai mais simplement de la polémique personnelle ou historique.
Le dénommé Ménard dont on ne cesse de rendre compte des faits et méfaits avec délectation puisqu’il serait le porte-parole de cette France qui serait muette sauf au moment des élections a encore témoigné de son sens des valeurs républicaines. En visite d’école et de cantine dans sa ville, Robert Ménard aurait traité un enseignant de « petit con » parce que ce dernier refusait de lui serrer la main. Il aurait ajouté qu’il mériterait une gifle et qu’il ferait déplacer l’enseignant de Béziers. Il sera bientôt un héros médiatique et se positionnera en candidat potentiel aux plus hautes fonctions car lui il fait de la « politique » !
Un livre de fiction similaire à celui qu’a publié Michel Houellebecq évoque qu’après une campagne présidentielle de grande volée Eric Zemmour entre à l’Élysée. Cette hypothèse, même si elle fortement teinté de provocation, a été imaginée par le rédacteur en chef de Valeurs actuelles, magazine qui se revendique à la Droite de la Droite. « Une élection ordinaire » (1) évoque simplement un fait clair que pas un autre journaliste a eu le courage d’évoquer c’est qu’avec une carte de presse Zemmour fait tout simplement en toute impunité car non punissable par le suffrage universel de la… politique ! La marge entre son activité de polémiste télévisuel et le passage dans le milieu de la course à l’Elysée est faible. Et d’ailleurs Robert Ménard a apporté le preuve indiscutable que c’était possible, facile et efficace ! Il s’en sert abondamment et connaissant parfaitement les arcanes médiatiques il use du système avec une véritable efficacité.
Pour le rédacteur en chef de Valeurs Actuelles, Éric Zemmour aurait des électeurs parce qu’il incarne des idées défendues par des sympathisants de droite qui ne se reconnaissent pas totalement dans celles des Républicains, ni dans celles du Front National. « Éric Zemmour est aujourd’hui un trait d’union entre Les Républicains et Marine Le Pen. Il n’y aura jamais d’alliance entre Les Républicains et le FN, parce que les programmes sont maintenant trop différents. Mais il y a des idées qui se dessinent entre les deux électorats, et Zemmour incarne ça » explique l’auteur de ce qui est loin d’être absurde. Dans le droit fil de ce scénario le gouvernement ne serait alors composé que de grandes gueules (RMC aimerait ça!) du type notamment de Guaino, Ciotti, Wauquiez… et tant d’autres qui vont de plateaux télé en plateaux télés ou de micros matinaux en micros matinaux.
Partout où la politique avance masquée, travestie sous un pseudo bon sens populaire, débarrassée de ses fondements historiques, déconnectée du suffrage universel direct, encombrée par les égos personnels elle plonge les peuples dans les ténèbres. Nous en sommes au crépuscule !

(1) Une élection ordinaire Geoffroy Lejeune Ring