Prétendre comme le fait la Droite française de moins en moins républicaine pour une part de ses adeptes, que si le Front National prospère en France c’est essentiellement de la faute du Parti socialiste relève de la plus pure tactique politicienne. Charger sans cesse sur les plateaux des télés ou dans des éditoriaux nombrilistes le Président de la République de tous les maux qui traversent notre société s’inscrit dans le même processus d’utilisation de la démagogie propre au populisme. Partout en Europe les gouvernements de toutes tendances sont mis en péril par la montée inexorable du racisme, de la haine de l’autre, de la tentation de la violence verbale utilisée comme outil politique de propagande. Pour avoir dans une crise financière perdu tous ses repères hérités du siècle des Lumières, les Européens transfèrent vers des concepts moyenâgeux ou idéologiquement barbares leurs frustrations. matérialistes. Quelle position prennent en effet les leaders du sarkozysme dominant sur la dégringolade d’Angela Merkel leur idole dans les mesures de popularité. Elle a atteint son niveau le plus bas depuis plus de 2 ans alors qu’on n’a cessé de nous rebattre les oreilles sur ses succès liés à sa réussite… économique. Tout était parfait dans le libéralisme allemand même si la précarité et la pauvreté étaient supérieures à ce que l’on constate en France.
Le Pegida parti extrémiste ouvertement anti-islam surfe sur la vague de rejet de l’accueil des réfugiés surtout sur le territoire de l’ex-RDA où les populations sont proches de la Hongrie, de la Slovaquie, de la Tchéquie ou de la Pologne. On atteint des records de participation à la dernière manifestation dans les rues de Dresde alors que depuis plusieurs mois l’influence de ce mouvement avait nettement décliné. Le pire c’est qu’an après sa création, le mouvement s’est radicalisé et exploite ce qu’il appelle « le déluge de réfugiés » pour séduire à nouveau.
Pegida a rassemblé 20 000 personnes au pied du prestigieux opéra de la ville de Dresde symbole s’il en est de la culture allemande. Il faudrait admettre que jamais en France le FN n’arriverait à faire sortir un nombre aussi élevé de manifestants sur ce sujet d’autant que beaucoup ont retrouvé des pans entiers des slogans nazis. Ces manifestants ont le sentiment que le pays est bradé et que la classe politique ne les écoute pas, qu’ils n’ont aucune influence sur le cours des choses. Leur colère se dirige certes contre les réfugiés et les responsables qui ne les protégeraient pas : le sentiment d’abandon que l’on rencontre partout en France gagne l’Allemagne. Cette approche sociale née de la notion protectrice de l’Etat contre les ravages libéraux, la réduction des services, des difficultés quotidiennes liées à la baisse du pouvoir d’achat, l’aggravation du chômage, la perte d’identité par un repli dramatique sur la pauvreté télévisuelle , la mort des valeurs de références au nom de l’efficacité du « chacun pour soi » gangrènent inexorablement les couches sociales les plus fragilisées de pays que l’on croyait Outre-Rhin protégé par une prospérité libérale exemplaire. Les classes moyennes abandonnées, les références anciennes de l’ordre républicain (sécurité, enseignement, intellectuels…) basculent lentement mais sûrement vers des positions inimaginables au début du XXI° siècle. Comment si cette digue cède en Europe peut-on ne pas craindre un raz-de-marée des extrémistes de Droite ?
La dénonciation justifiée et courageuse de la violence perpétrée par les barbares incultes de Daesh va céder la place à une autre forme de violence commise au nom de la loi du talion. Lorsqu’un chômeur de 44 ans, inconnu de la police, poignarde la candidate favorite pour les élections municipales de Cologne on a la synthèse parfaite des maux qui ravage l’Europe du profit.. L’agresseur, qui a blessé quatre autres personnes sur un stand électoral de la CDU, a évoqué l’arrivée de nombreux réfugiés contre laquelle il voulait protester pour justifier son geste. « Je devais le faire. Je vous protège tous », aurait-il déclaré. Lors d’une conférence de presse samedi après-midi, les autorités ont confirmé un motif politique et xénophobe pour expliquer le geste de l’agresseur. Chomage, peur des autres, haine culturelle, incapacité d’analyse et Henriette Reker est responsable à la maire de Cologne des questions sociales et donc de l’accueil des réfugiés dans la quatrième ville allemande a payé pour la défense de valeurs contraires. Candidate indépendante soutenue par les chrétiens-démocrates, les Verts et les libéraux lors de l’élection municipale elle n’est que la première victime d cette « intelligence tolérante » prise dans l’étau mortel de la barbarie religieuse et de la barbarie idéologique.
C’est trop tard. Berthold Brecht doit s’agiter dans sa tombe. Il doit faire des cauchemars d’une bête immonde au ventre fécond que malgré tous leurs efforts les vrais humanistes, les vrais républicains accrochés à des valeurs piétinées depuis 5 décennies ne peuvent plus empêcher d’accoucher d’un nouveau monstre.