Peut-on croire encore comme les hussards noirs de la Troisième république à la vertu éducative de l’exemple ? Absolument chaque jour, quasiment à chaque instant, le système médiatique met en exergue justement tout ce qui d’une manière ou d’une autre déroge aux valeurs essentielles du vivre ensemble ! C’est même un mot qui a disparu du langage pédagogique ou citoyen puisque ceux qui trichent sont souvent plus respectés que ceux qui agissent attentivement avec le souci de ne pas être pris en défaut par un décalage entre leurs paroles et leurs actes. Il n’y a rien de plus rapide à se diffuser que le « mauvais exemple », celui qui permet d’émerger de la grisaille du comportement convenu. C’est d’ailleurs parce qu’ils n’ont plus aucun repère positif que certains se tournent vers un modèle religieux leur conférant un statut d’exception. Il est vrai que le quotidien n’incite plus du tout à suivre une voie tracée par quelqu’un d’exemplaire mais plutôt à la marginalisation permettant de se distinguer. Combien de jeunes footballeurs imitent les attitudes désastreuses des vedettes des écrans télévisuels ? Combien d’enfants ou de jeunes se réfugient derrière les dérives ordinaires des adultes qui transgressent sans vergogne les lois ? N’avez-vous jamais entendu si vous faites une simple remarque à un automobiliste mal garé ou un pollueur ordinaire une réflexion du genre « de quoi tu t’occupes… Vas te faire f…..! » Et encore ces propos sont légers.
Dans la vie citoyenne s’il en est qui devraient être au-dessus de tous soupçons ce sont bien les élus ! Or au plus haut niveau de la nation on assiste de plus en plus couramment à une véritable épidémie de destruction de l’exemplarité publique. Détournements, trafics, tromperies, injures, reniements, arrangements… constituent les seules références désormais présentes dans le monde politique puisque la très grande majorité des femmes et des hommes sincères n’a plus du tout de place médiatique et donc d’image positive. Il suffit de regarder les fameuses questions d’actualité dans l’enceinte de l’Assemblée nationale pour constater que plus rien ne pourra empêcher une chute dans le caniveau de la représentation du peuple.
C’est ainsi qu’Henri Guaino vient de démontrer que les jeunes ou moins jeunes qui s’en prennent à tous les symboles de la république ne peuvent pas en être blâmés. Lors du théâtre que constituent les questions au gouvernement, le parlementaire des Républicains, ex-plume de Nicolas Sarkozy et membre influent de son staff élyséen s’en est pris aux « juges infâmes qui rendent des jugements iniques». Des propos que n’importe quelle « racaille » pourrait tenir en sortant d’un tribunal correctionnel mais qui émane d’un parlementaire s’exprimant avec le consentement de son groupe devant les caméras de télévision et qui seront inscrit, eux, au journal officiel de la République.
« Ces comportements deviennent habituels », a affirmé le député que Marion Maréchal Le Pen trouve fréquentable. Il a ensuite multiplié des propos qui dans la bouche de n’importe quel autre justiciable vaudraient une réaction immédiate de toute la classe politique. Là on a continué à écouter sagement comme si un Député pouvait énumérer des griefs en toute quiétude : « écoutes incontrôlées, perquisitions sans raison, violations du secret de l’instruction, du secret professionnel des avocats, instrumentalisation de la presse, instructions à charge, mises en examen injustifiables, mépris de la Constitution, mépris de la loi, mépris des victimes, abus de pouvoir ». Autant d’éléments déjà soulevés par plusieurs personnalités de droite dans le cadre des différentes affaires qui visent… Nicolas Sarkozy. « Voilà le visage d’une justice qui ne mérite plus son nom », a ajouté l’ancien conseiller élyséen qui dit « s’inquiéter pour nos libertés ».
C’est certain que du temps de son mentor l’exemplarité a été de mise et que la liste des casseroles le concernant ne serait que le fruit d’un « acharnement judiciaire ». Et on a assisté à un véritable réquisitoire : «L’indépendance de la justice ne donne pas au juge le droit de juger selon ses caprices, ses préjugés, ses rancœurs». Dommage qu’il n’ait pas donné de noms afin que l’on puisse vérifier la véracité de ces comportements. La généralisation dans toute sa splendeur qui
« Dans la magistrature comme partout ailleurs, il y a des gens honorent leurs fonctions (sic). Il y a aussi des pervers, des psychopathes, des militants aveuglés par leur idéologie (sic) », a estimé Henri Guaino. « Des gens à qui l’ivresse de leur toute puissance fait perdre tout discernement », s’est-il encore alarmé. Pour l’élu, le corps de la magistrature est « dévasté par le syndicalisme et le corporatisme ». Comment aller expliquer à des jeunes le respect de la justice après un tel déferlement de propos ? « Un mauvais exemple est comme une tache d’huile qui va toujours s’étendant. » selon La Rochefoucauld. On le verra avec le nombre d’éditoriaux dans la presse demain et de prises de positions politiques qui dénonceront ces propos !