Le massacre d’Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944 a fait, 642 victimes. Toutes civiles, toutes innocentes, toutes étrangères à la guerre conventionnelle, toutes de générations diverses, toutes différentes. Elles ont été froidement massacrées par par un détachement (sorte de commando venu d’ailleurs) du 1er bataillon du 4e régiment de Panzergrenadier Der Führer appartenant à la Panzerdivision Das Reich de la Waffen-SS qui passait par là ! Durant des années ces actes d’une barbarie exceptionnelle ont été cités en exemple de ce à quoi pouvaient conduire le fascisme et le nazisme. Jamais je n’ai entendu la moindre remarque sur l’appartenance religieuse des auteurs de cette barbarie. Tout le monde a condamné l’idéologie qui avait conduit des hommes à déployer une effroyable cruauté. On ne s’est jamais demandé s’ils étaient catholiques, protestants, athées… mais notre société a seulement gardé durant quelques décennies dans son cœur la trace de ces faits dépassant toutes les limites de la cruauté. On a parlé en cette circonstance, de « crime contre l’Humanité » !
La nuit parisienne du 13 novembre relève exactement de la même idéologie, des mêmes pratiques, des mêmes justifications inadmissibles portées par la guerre. Il ne s’agit plus à Paris « d’actes terroristes » mais d’une expédition militaire organisée, souhaitée par des « politiques » prônant la haine et la vengeance. Il n’y a aucune justification autre que celles fournies par une idéologie absolument conforme à celle des nazis et totalement déconnectée de toute référence religieuse. Quand certains assassinaient en criant « Heil Hitler ! » d’autres hurlent «  Allah Akbar ! » mais le résultat est le même : ils tuent sans pitié des innocents ou détruisent par la terreur les résistances à leurs pratiques horrifiantes.
Les uns avaient, en leur époque des années 40 (mais il est de bon ton de l’oublier) aussi leurs soutiens sur le territoire français. Ils étaient organisés en un parti et avaient des chefs qui déversaient sans cesse des propos destinés à justifier la mort des valeurs républicaines françaises. Il faudrait reconnaître lucidement qu’actuellement nous trouvons aux cotés de ces hordes décervelées, des comportements similaires. Si nous considérons que nous entrons dans une guerre mondiale se posera tôt ou tard le fait de savoir si la notion de « collaboration avec l’ennemi » doit être remise dans l’arsenal juridique français. Elle existe en effet actuellement sur notre sol mais elle n’a aucun fondement religieux pas plus que l’autre en a eu il y a 75 ans ! Les revendications avaient les mêmes justificatifs et les mêmes conséquences : tuer faute de pouvoir convaincre.
Oradour sur Glane a pourtant été gommée de notre Histoire commune ! Tous les crimes de guerre finissent en effet tôt ou tard par disparaître des mémoires ce qui provoque d’étranges amnésies collectives alors qu’ils ont des racines identiques. A la suite du massacre de « la nuit parisienne des Klachnikov » il est indispensable de répéter qu’il s’agit d’un « crime contre l’Humanité » et donc d’entamer les procédures adéquates. Réfutons la simple notion « d’attentats terroristes » mais renforçons celle d’une vision plus large. Il a fallu du temps pour que le Monde libre s’allie face aux forces des nazis et leurs alliés. On oublie aussi que les moyens mis en œuvre pour éradiquer un système pervers et dément ont été colossaux et ont nécessité des sacrifices considérables au nom de la lute pour la liberté, l’égalité et la fraternité.
Comment échapper aux nécessités d’éradiquer les vrais responsables, les donneurs d’ordres de la diffusion de ces idées ayant conduit des jeunes armés et fanatisés à commettre de tels crimes ? Comment échapper à la logique du « œil pour œil, dent pour dent ! » qui en fait ne cesse de nourrir la bête immonde ? Comment rétablir la raison face à l’endoctrinement de masse ? Comment éviter la montée de l’esprit de revanche et surtout la culture irresponsable de la généralisation systématique ? Comment empêcher le financement de ces actes ?
Les fondements même de notre République, de notre système social, de notre humanisme sont de plus en plus fragiles. Hier soir il n’y avait en effet que 48 heures que sur les Champs Elysées et devant des dizaines de milliers de Monument aux morts on avait célébré les millions de morts d’une guerre institutionnelle. Peu de très jeunes, encore moins de jeunes, peu d’enseignant(e)s chargés de transmettre la valeur du savoir, peu de citoyens qui avaient manifesté en janvier dernier se sont retrouvés autour des élu(e)s motivés pour au moins offrir une minute de mémoire silencieuse à ce qui tombèrent sous d’autres balles toutes aussi horribles que celles des quartiers parisiens.
Quand allons-nous simplement cesser l’indulgence à l’égard du plus mortel des poisons des esprits : l’indifférence ponctuée d’éclairs collectifs de lumière compatissante ? Qui va pousser le coup de gueule débutant par… « J’accuse » ! Qui va dépasser le factuel pour poser le problème des consciences individuelles ? Qui va affirmer que l’homme ignorant est un loup sanguinaire contre l’Homme ? A force de faire la grève de l’indignation nous allons mourir d’inanition citoyenne !