Trois jours de deuil national et mercredi soir on tournera la page pour revenir aux affaires courantes. On se rencontre sans jamais s’être côtoyés antérieurement, on se retrouve alors que l’on s’est oublié depuis belle lurette, on se blottit pour une minute de silence, on dépose des fleurs ou on allume des bougies puis on se sépare pour retomber dans le marécage du quotidien. Que se passera-t-il après cette période officielle où on redécouvre le ciment de la Marseillaise ? On écoute des heures et des heures de commentaires spécialisés, on revoit sans cesse la détresse, on se frotte à la mort lointaine acceptable pour tous les téléspectateurs, on ouvre le dialogue et on le referme parfois très vite quand les arguments ressemblent à de slogans du prêt à porter idéologique du F.N., on redécouvre la diversité mais on l’oublie vite.
Depuis le soir du massacre la France qui le veut, tente de se réchauffer avec des recettes qui ont montré leurs limites. Un Président d’une République touchée dans la plus tendre des chairs, celle de sa jeunesse joyeuse, a démontré qu’il était possible d’établir un catalogue de mesures destinées à lutter institutionnellement contre des criminels aussi épouvantables que le furent les nazis. Il a été solide et convaincant. Il faudra cependant des années et des années avant qu’elles soient opérationnelles car il faut vaincre d’abord l’immense armée des opportunistes, des arrivistes, des individualistes, des propagandistes ou des fanatiques qui ne sont pas tous dans le camp auquel sur lequel on compte un peu trop. Quand saurons nous si nous avons su vaincre collectivement Daech ? Il est inutile de penser que l’échéance est proche !
D’abord il est indispensable de ne pas se fier aux apparences. On ne voit, on n’entend, on ne montre dans les médias que des gens conscients et possédant déjà les clés de la vie collective. Ils donnent une image du peuple de France idyllique. Il existe une identification entre ces couches sociales qui manifestent, se rassemblent et le malheur qui a frappé aux portes de vies similaires aux leurs. Ils ont tous le sentiment que ce sont eux, leurs enfants qui auraient pu mourir d’amour pour le rock, pour un repas entre potes ou un match de foot. Encore une fois comme après « je suis Charlie » la culture, la solidarité, la proximité, le courage ruissellent dans des témoignages tous plus émouvants les uns que les autres.
Par contre personne ne va gratter dans cette France glauque, souterraine, muette gavée d’idées reçues. Celle-là elle est absente de tous les hommages, elle est réfractaire à l’importance de la résistance, elle vit dans la peur à travers le déversement des images pour se vautrer dans la facilité de la haine ! Pourquoi ne pas en parler ? Pourquoi ce silence n’est-il pas évoqué ? Il se traduira pourtant le 3 décembre au soir dans les urnes. C’est là que l’on jugera la véritable appréciation des actes abominables de Daech.
Tout renoncement citoyen consistera une preuve que la barbarie a gagné puisqu’elle haït le suffrage universel, elle déteste les fondements de la démocratie, elle assassine la différence et n’admet qu’un pouvoir dictatorial infâme. Ces assassins imbéciles veulent tuer notre culture, notre liberté, notre sens de l’égalité et plus encore notre recherche de la fraternité !
Ne vous fiez pas encore une fois au miroir aux alouettes de ce peuple qui serait debout, républicain, courageux, près à soutenir l’unité nationale. Allez ne vous y trompez pas le Bataclan n’a pas que des défenseurs inconditionnels et des fans d’Eagles of Death Metal. Chez ces gens là on vote… Je crains que parmi les autres on ait oublié le principe d’Abraham Lincoln voulant « qu’un bulletin de vote soit plus fort qu’une balle de fusil » et que l’élan généreux actuel se brise sur les écueils de l’indifférence vis à vis de la politique.
Ensuite le 6 décembre au soir on saura si Daech au-delà de ses calculs strictement assassins a réussi à déstructurer totalement l’opinion publique d’un pays symbole du siècle des Lumières. On parle en effet beaucoup d’avions, de bombes, de militaires , de chars, de soldats mais on oublie que les terroristes connaissent aussi les clés de la « guerre » psychologique et qu’ils savent les utiliser. Une part de leur objectif a été de basculer d’actes isolés vers des opérations de masse touchant justement les classes éduquées représentant ce que Daech récuse le plus : la liberté d’expression, des choix sociaux, de la joie de vivre . Pour leur « guerre » psychologique ils utilisent de techniques avérées pour amener l’adversaire à penser qu’il est en position de faiblesse ou qu’il a intérêt à se rendre. C’est la guerre par les idées auxquelles ils ajoutent la terreur plutôt que par les armes matérielles.
Ses « penseurs » savent enfin fort bien que l’impact sur les démocraties fragilisées par les crises, d’actions « symboliques » du type de celles de Paris se mesure ensuite dans le chaos créé entre les composantes politiques. Que peuvent ils espérer de mieux que de voir arriver en France une majorité ayant bâti sa stratégie d’accession au pouvoir sur le confusion entre « islam » et « islamisme » sur le stigmatisation des réfugiés fuyant le « califat » ? Les stratèges de Daech utilisent des barbares fanatisés pour massacrer les idéologies pouvant vraiment les combattre… Et ce ne sont pas les réactions après le Congrès qui les en dissuaderont !