Les grands analystes de la vie politique nationale se demandent pour quelles raisons Nicolas Sarkozy et ses ouailles ont dégoupillé après le discours du Président de la république devant le Congrès. Ils échafaudent des théories quand la raison en est extrêmement simple : Hollande vient de leur braquer leur fonds de commerce ! Et croyez moi quand on vous dérobe votre tiroir caisse électoral au moment où vous comptez bien engranger les meilleures recettes votre hargne monte d’un cran. En effet pourchassé de toutes parts par la justice le Président de l’ex-UMP avait bâti sa stratégie pré-présidentielles sur l’insécurité grandissante dans le pays... et donc sur des catalogues de mesures qu’il n’avait jamais mis en œuvre mais qui lui permettrait de capter une part de l’électorat du F.N. Et voilà que l’occupant de l’Elysée décline des mesures chocs coupant l’herbe sous les pieds à celui qui comptait exploiter plein pot les attentats. D’ailleurs ce dernier était arrivé gonflé à bloc à l’audience officielle accordé par son successeur, se promettant de dézinguer son hôte en prenant l’initiative.
Les deux hommes que tout oppose auraient pu, en temps de crise, échanger calmement. Il n’en fut rien car face à lui Sarkozy trouva un Hollande décidé à le laisser s’enferrer dans son ego surdimensionné. Le leader de l’ex-UMP attaqua en donneur de leçons sur le perron d’un lieu où il n’avait jamais fait des miracles en matière de sécurité publique sorti de ses rodomontades habituelles : « Nous devons tirer les conséquences des failles et adapter notre dispositif (…) Les Français ne se sentent pas en sécurité donc nous devons porter les changements qui leur permettent d’être en sécurité », Mal lui en a pris car son interlocuteur galvanisé par le contexte terrible qu’il devait assumer n’a pas digéré ce ton et cette attitude fort peu « républicaine » au sens noble du terme et non pas partisan.
Selon l’un de ses conseillers le Président est sorti agacé, révolté par le ton sentencieux de son hôte qui durant une heure de monologue face à lui a critiqué la politique étrangère (NDLR : défense inconditionnelle de Poutine) et sécuritaire (NDLR : les socialistes ont toujours été laxistes). Selon le Canard enchaîné il aurait confié :  » C’est incroyable : quand tu entends Sarkozy, tu as l’impression qu’il n’a pas été président de la République (…) Il a oublié ce qu’il a fait et décidé « . Et c’est vrai !
Le bilan de l’action en matière sécuritaire de Sarkozy a été au minimum un échec, au maximum une catastrophe mais il a tiré le rideau comme il l’a fait sur l’attentat de Karachi, l’argent du Qatar ou de Kadhafi pour ne parler que de quelques dossiers. Au 20 h de TF 1 l’ami du patron a encore mis une couche supplémentaire avant de prendre une belle manchette boomerang avec la convocation d’un Congrès et se faire mettre K.O. par un discours structuré, concret et qui n’a pas été applaudi que par quelques penseurs ex-UMP n’ayant pas pigé le piège dont David Douillet !
Sarkozy a failli s’étrangler de rage : Hollande demandait une révision de la Constitution qui allait fracturer son parti déjà en plusieurs morceaux ; annonçait des renforts d’effectifs pour la sécurité rappelant au passage la saignée effectuée depuis 2007 (suivez mon regard); prolongation de l’état d’urgence par les députés (qui va voter contre à droite?) ; armement possible des polices municipales avec une dotation en armes de l’État (NDLR : une demande d’Estrosi qui avait été repoussée par un bureau de l(AMF auquel je participais!) ; maintien de la décision sur le nombre de réfugiés accueillis ; constitution d’une coalition ou au moins une coordination avec les Russes et même l’Iran… Mais surtout Hollande a prononcé une formule choc qui coupe l’herbe grasse du sarkozysme poussant sur la situation budgétaire : »Le pacte sécuritaire l’emporte sur le pacte budgétaire » ! Le choix clair met un sacré pavé dans la mare !
D’abord Hollande fait de toutes de ses propositions un « pacte » à prendre en totalité avec toutes ses facettes ou à refuser en bloc mettant tous les députés ex-UMP face à l’opinion publique qui ne comprendrait pas une opposition strictement politicienne. Enfin en annonçant que l’autre pacte contraignant est légèrement entrouvert il envoie paître indirectement la règle des 3% ce qui pourrait avoir un effet positif sur l’économie et rallier les « frondeurs » de son parti ! L’Europe qui bouge pas ne peut pas lui refuser ! Formule doublement gagnante !
Celui que les Sarkozystes considéraient comme un Chamalo rose clair leur donne une sacrée leçon politique. Comme Cazeneuve en Ministre d l’Intérieur est excellent et fait modestement, efficacement, rigoureusement le boulot avec ses services l’effet est immédiat : l’agité a du mal à se contenir et se débat dans le filet tendu. Il se discrédite déclaration après déclaration et va prendre une nouvelle claque dans les sondages quand Juppé et même Marine Le Pen ont compris qu’il valait mieux donner du temps au temps pour se lancer en campagne électorale.
Sarkozy est pris dans la nasse sécuritaire qu’il a ouverte. Par contre il n’est pas certain que ses troupes l’abandonnent aussi facilement que le pensent un Juppé ou un Fillon. Attendons les sondages de fin de mois… sauf ceux du Figaro qu’il va falloir sérieusement déformer pour qu’ils soient presque vrais !