Avec calme, rigueur, modestie le Procureur de Paris François Molins a déroulé le scénario des actes de barbarie parisiens. Son souci du mot juste, de la précision exemplaire, du refus du sensationnalisme constitue une véritable cure de citoyenneté dans ce monde médiatique ayant accumulé les approximations catastrophiques, les fausses informations, les images glauques ou achetées au mépris de toute déontologie, des propos orientés par le virus politicien. Si l’on se rappelle ce qu’écrivait Albert Camus dans « La Peste » : « La presse, si bavarde dans l’affaire des rats, ne parlait plus de rien. C’est que les rats meurent dans la rue et les hommes dans leur chambre. Et les journaux ne s’occupent que de la rue ». A la suite de cette nouvelle leçon magistrale d’honnêteté celui qui n’est dans le fond qu’un « affreux » fonctionnaire de trop a démontré une fois encore les mérites de ces élites républicaines tellement critiquées depuis des années. « Six magistrats antiterroristes ont été saisis de l’enquête sur les attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis », a annoncé François Molins, qui a précisé que « 5.339 procès-verbaux avaient été dressés en 11 jours d’enquête de flagrance sous l’égide du parquet ». Des milliers de policiers, de gendarmes, de militaires, de sapeurs-pompiers ont donc depuis le premier attentat consacré une part de leur vie professionnelle ou familiale pour que les valeurs qui sont communes à la République soient respectées. Et dans 15 jours le peuple de cette France oublieuse va détruire par un bulletin de vote cette immense somme de travail en plongeant le pays dans le doute absolu sur son avenir.
Si les assassins du Bataclan, des terrasses des cafés ou des rues sont réputés être sous influence de gourous exploiteurs de leur naïveté, de leur ignorance, de leur désert culturel ou de leur échec social que doit-on penser des millions de gens qui sont sous la coupe de ces nouveaux gourous que sont certains journaux télévisés ? Moins ils ont à craindre de cette « guerre » et plus justement ils vont voter en faveur de celles et ceux qui ne peuvent que la développer et l’amplifier en donnant des arguments aux faibles d’esprit afin qu’ils se radicalisent. En fait l’essentiel réside dans les vies de ceux qui sont devenus des barbares endoctrinés par plus malins qu’eux car sachant s’éloigner des risques de l’action criminelle!
Quasiment tous les parcours des coupables des massacres ont emprunté les chemins de la délinquance ordinaire ou plus grave dans leur pays de résidence. Trafics de drogue ou d’armes, coups et blessures, violences ayant entraîné la mort, vols à main armée, complicités diverses… et probablement d’autres faits, leur ont valu les foudres de la justice avec des condamnations. Derrière leur secte se dissimule surtout une vaste entreprise de reconversion de voyous ayant trouvé une opportunité de se transformer en caïds au sens premier de ce titre, du crime avec une justification religieuse sectaire. Il faudra bien cesser de faire référence à la religion pour affirmer cette vérité et redonner leur véritable rang à ceux qui ne sont que des tueurs à gages.
Ce qui est en effet frappant c’est que les « inspirateurs », les « guides », des « chefs » semblent comme le veut toute guerre avoir conduit leurs troupes vers la mort programmée par l’attentat suicide avant de refuser de se sacrifier à leur tour. Si on suit en effet le récit circonstancié et extrêmement précis du Procureur de Paris on constate que ceux (dont je ne citerai pas le nom car c’est leur faire trop d’honneur), qui semblent avoir organisé l’ignoble opération aient renoncé à tuer dans le XVIII° arrondissement puis aient différé l’attentat suicide du quartier de la Défense ou aient abandonné leur ceinture dévastatrice sur un trottoir de banlieue avant de s’enfuir. Si l’un d’entre eux est mort ce n’est que sous les balles des forces d’intervention et ce n’est pas en « martyr » comme il l’avait exigé des autres. Rien de bien différent avec le système nazi dominé par des officiers ayant transformé des endoctrinés extrêmes en loups sanglants avant de prendre des retraites paisibles pour les autres hommes tout comme le furent les militaires chiliens de Pinochet ou argentins de Videla responsables de tueries effroyables.
A aucun moment il nous faudrait tomber dans le piège de la réaction sommaire à cette mondialisation de la barbarie touchant peu à peu toutes les nations. Et pourtant il est certain que la France va être envahie par une épidémie de peste brune qui rendra le pays irrespirable pour quelques années. On ne parle plus en effet d’espoir mais d’angoisse. On en parle plus de renouveau de la démocratie mais d’état d’urgence. On ne parle pas de culture mais de religion. On ne parle plus de tolérance mais de vengeance. On ne parle que de soumission aux idées les plus anti-républicaines quand il faudrait se dresser, s’indigner, se révolter, lutter. On ne parle que guerre quand il faudrait parler de suffrage universel ! Alors sauf à imaginer comme Albert Camus que  » la seule façon de mettre les gens ensemble, c’est encore de leur envoyer la peste » je suis contraint de me laisser aller au pessimisme !