C’est la panique générale dans les rangs de la Gauche avec la publication des derniers sondages avant le scrutin de dimanche et chacun en privé y va de son explication sur le fait que dans toutes les régions (sauf la Bretagne) les listes socialistes arrivent en seconde ou même en troisième position ce qui conduira de manière quasi certaine à une inversion de la situation globale de la répartition actuelle des présidences. Est-ce réellement une surprise ? Seuls celles et ceux qui ont un esprit partisan tellement fort qu’il les aveuglent n’ont pas vu venir ce phénomène politique qui avait été largement amorcé aux élections départementales. En fait la comparaison des résultats ne sera absolument pas possible sauf si elle est effectuée sur la base des anciens périmètres régionaux.
Il est en effet certain que la fameuse réforme territoriale élaboré par un proche de Manuel Vals passé du Ministère de l’Intérieur à Matignon avec de nouveaux « cantons » a coûté cher aux sortants de gauche et que le regroupement « fédéraliste » des régions va coûter encore plus cher. Les exégètes sommaires se contenteront au soir du second tour de mettre en évidence les résultats sur 13 entités électorales alors que le précédent score portait sur… 22 ! Et on oubliera de préciser par exemple quelles auraient été les performances en Aquitaine, en Poitou-Charentes ou en Limousin séparés. Si on prend cet exemple on arrivera certainement à une vraie atténuation du constat négatif pour les uns ou triomphal pour les autres. Dans le fond le PS n’a qu’à s’en prendre à lui-même s’il a commis comme pour le scrutin des municipales, comme pour celui des cantonales a une sorte de hara-kiri institutionnel qui va se poursuivre avec la mise en place à marche forcé de la nouvelle donne intercommunale. Aucune stratégie, aucune préparation coordonnée, aucune étude sérieuse sur les effets induits des lois successives et à l’arrivée un terrible effet boomerang.
L’essentiel du résultat sera causé par une perte progressive et inexorable des repères républicains dont on vient seulement à gauche de s’emparer après la tragédie parisienne. On a laissé par manque total d’éducation populaire civique («squelettisation » du débat politique, désertification syndicale, personnalisation outrancière des débats, développement du concept consumériste, transformation des valeurs laïques en références religieuses juxtaposées, démission des référents moraux…) la place à un jeu permanent de sanction induite la perception médiatique que l’électorat captif a de la vie politique nationale. On a lentement tué la proximité (et on continue dans toutes les réformes faites ou en cours), les relations humaines et surtout les critères de la confiance dans la démocratie représentative désormais déconnectée de la notion de résultats, de travail mais liée à de l’image et des propos simplistes.
Élection après élection la situation empire autour d’un constat clé : comme il n’y a plus d’idéologie commune dans laquelle on peut espérer l’électrice ou l’électeur se contente de mettre dans une urne un bulletin négatif, un vote protestataire alors que le principe même du suffrage universel suppose une adhésion à un projet ! Plus que jamais le résultat d’une consultation populaire ne se joue pas sur un bilan ou des propositions mais sur simplement sur le rejet des décisions prises au niveau national. Ainsi Sarkozy a été battu et Hollande n’a pas gagné !
La conjonction des rancœurs corporatistes, des hostilités sociales, des oppositions frontales, du refus des réformes même légitimes, la somme des intérêts particuliers présentés comme relevant de l’intérêt général aura finalement maintenant toujours raison face aux idées constructives ou positives. On sanctionne désormais le « local » sur des thèmes absolument sans rapport avec l’objet de la consultation et ce sera le cas lors de ces régionales comme ce fut le cas lors des départementales.
Durant des années les urnes reflétaient le niveau de mobilisation des gens ayant adhéré à de grandes valeurs : développement de la solidarité, recherche permanente de l’égalité, défense de la fraternité, lutte pour la laïcité, confiance dans l’éducation, respect des cultures, soif de justice, défense du progrès social. Les candidat(e)s parvenaient à rassembler avec plus ou moins de réussite autour de ce socle républicain porté par une « école publique » motivée.
La conviction militante tournée vers les autres dans toute les secteurs de la vie collective autorisait l’espoir ce que ne permettent plus les médias audiovisuels, les sondages, les réseaux sociaux et donc nous entrons dans une période sombre de l’Histoire avec des affrontements qui n’auront rien à voir avec celles des préaux des écoles, des salles communales ou des chapiteaux enfumés. Dès l’an nouveau on entamera les présidentielles 2017, ce qui amplifiera le défouloir populiste qu’est devenu le pays des droits de l’Homme et du… Citoyen malgré la floraison tricolore de ces derniers jours.