La COP 21 grande messe internationale autour du réchauffement climatique s’enlise dans des discussions sur les mots et sur une sorte de plus petit dénominateur commun qui ne rimera pas à grand chose. En fait cette conférence se résume pour les plus grands pollueurs que sont les grands trusts industriels ou les puissants pays producteurs d’énergie fossiles par un : « causez toujours vous nous intéressez ! ». Le politique ayant depuis belle lurette plus aucun pouvoir sur des décisions économiques qui lui échappent totalement. Le libéralisme laisse en effet la bride sur le cou à une mondialisation où règne une concurrence effrénée. Et pendant qu’on se chamaille sur les chemins de l’enfer climatique en les pavant de bonnes intentions, le milieu du capitalisme s’amuse à donner la leçon. Il sait fort bien que seul le prix des énergies fossiles restent le vrai régulateur de la pollution. Plus il baisse et plus la COP 21 aura du mal à atteindre des objectifs purement théoriques.
C’est ainsi que les prix du pétrole ont perdu plus de 60% de leur valeur depuis la mi-2014 et la chute s’accentue ces derniers jours. Plus précisément depuis que l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a décidé de maintenir sa production inchangée, malgré la surabondance d’offre on assiste à un véritable effondrement des prix. Pourquoi se priver de « consommer » quand les prix à la pompe ne sont plus pénalisants. Double avantage : du pouvoir d’achat en plus et une balance commerciale qui s’équilibre plus aisément.
Théoriquement, le consommateur devrait se réjouir de cette chute du prix du brut, et les prix de l’essence et du fuel devraient, logiquement, baisser. Mais, dans la réalité, la baisse des prix à la pompe (essence et gazole) ou pour le fuel domestique à l’orée de l’hiver n’est pourtant pas au rendez-vous d’une chute régulière depuis maintenant plus de deux ans des prix à la production. La COP 21 est attaquée de plein fouet sur un autre créneau. Ce reflux du prix de l’or noir risque aussi de ralentir le développement des énergies renouvelables (éolien, solaire…) au profit des énergies fossiles polluantes… bien moins chères. Toutes les propositions seront donc vite obsolètes car on annonce la poursuite de ce phénomène durant une année supplémentaire.
Le problème c’est que le prix du baril baissant les pays exportateurs augmentent les quantités sur le marché pour conserver leur niveau de revenus pétroliers. Cette offre forte est due, notamment, au retour du pétrole iranien sur le marché. En juillet 2015, l’accord sur l’encadrement du nucléaire iranien passé entre Téhéran et six grandes puissances (dont la France et les Etats-Unis) a marqué le début de la levée des sanctions occidentales. Il a ainsi permis à l’Iran de vendre à nouveau son brut sur le marché international. Ce retour sera pleinement effectif à partir de janvier 2016 et donc le marasme va s’accroître d’autant que les Iraniens savent qu’en même temps leur retour sur la place des ventes va affaiblir les concurrents dans tous les domaines du Golfe persique.
La surproduction n’affole pas l’Opep qui n’a pas annoncé de réduction (aucun objectif chiffré n’a été fixé) des volumes extraits. La production réelle des pays membres se situerait autour de 32 millions de barils par jour, soit nettement plus que ce qui est théoriquement prévu officiellement. Le cartel veut faire baisser les cours pour contrer le gaz de schiste américain, décourager les Etats-Unis de produire de l’or noir et tuer cette concurrence. A moins de 50 dollars le baril, certains forages ne sont plus rentables aux Etats-Unis, en Sibérie ou encore en mer du Nord…. voici la vraie raison de cette chute. La recherche onéreuse est suspendue. Dans le fond est-ce un véritable mauvaise nouvelle pour la planète quand on connaît les dégâts écologiques de ces initiatives des compagnies pétrolières !
Alors tout le monde stocke. Tout est plein partout. On prévoit donc un prix du baril selon ses origines entre 30 et 35 dollars le baril. La COP21 peut se terminer en fanfare. Ce sera inutile puisque les pays producteurs, très dépendants de la rente pétrolière, ne diminueront pas leurs rentrées pétrolières sans compensation que personne ne peut vraiment donner. La moitié des pays exportateurs de pétrole sont des pays en voie de développement et ils doivent eux-aussi avoir les moyens de lutter contre une pauvreté qui est souvent prégnante sur l’avenir politique des dirigeants.
Alors vous prendrez bien un baril siglé COP21 ? A la vôtre !