Il y a exactement 40 ans que je cotise au Parti socialiste. J’y suis arrivé avec l’espoir au cœur dans le sillage des Girondines et des Girondins qui partageaient les idées de Michel Rocard. Je vous annonce que dès aujourd’hui je me mets en congé du PS avec le sentiment que je ne peux plus rien apporter à l’actuel parti. Ma présence n’offre aucun intérêt et en plus je ne supporte plus les gouttes successives accumulées ces derniers temps dans un vase qui vient de déborder. Le liquide ressemble à de la ciguë pour ma conscience. Je ne veux pas voir mourir ce pacte signé avec un socialisme que j’avais façonné à ma façon. Je me retire donc avec mes regrets et mon passé. Je dirai que je suis de Gauche par simple opposition au FN et à l’ex-UMP et je n’irai pas voir ailleurs.
J’avais connu les salles enfumées sentant le Clan, l’Amsterdamer ou la Gitane Boyard du PSU dans lesquelles les discussions s’éternisaient autour de la définition d’un mot. J’avais aimé combattre le monde la finance avec Henri Souque qui prêchait déjà dans le vide pour un contrôle accru de l’évasion fiscale. J’avais croisé la route idéologique de Laure Lataste pasionaria de l’autogestion et première femme que j’ai vu s’engager dans la bataille électorale. J’avais aimé entendre Pierre Brana m’apprendre que « la politique n’est qu’un rapport de forces ». J’avais été disciple le de Philippe Madrelle l’infatigable laboureur de la Gironde et j’avais été le comparse de Pierre Garmendia le compagnon rude et exigeant de la vie la Rive-Droite. J’avais perdu mes illusions en juin 1968 après un mois de mai où je m’étais éclaté intellectuellement et physiquement et que je voulais retrouver. J’avais pourtant été mis en garde par mon instituteur formateur syndicaliste qui ne voulait pas que je mette un doigt dans la machine à broyer les esprits, d’un parti. J’avais écouté avec intérêt les déclarations de Mitterrand sur ce nouveau PS fort de ses courants fondateur. Habitué au fonctionnement identique du syndicat national des instituteurs j’avais bien aimé la notion de « diversité dans l’union ».
J’avais aussi rencontré à Créon des hommes prêts à mettre leur idéal similaire au mien en pratique. J’avais décidé de m’engager en cet an 1975 où naissaient localement des ambitions municipales personnelles qu’il fallait soutenir. J’avais envie de passer aux travaux pratiques (je mettrai dix ans pour m’y décider!). J’avais un amour immodéré pour les campagnes électorales et surtout les affrontements d’idées. J’avais trouvé un espace de liberté vite restreint pour m’exprimer mais qui me convenait. J’avais vite appris que l’on est mieux dans sa tête comme minoritaire convaincu que comme majoritaire passif. Je n’avais jamais choisi la facilité et je savais que je ne la choisirais jamais. Je n’avais donc pas encore en tête que je serai exclu du PS moins de deux ans plus tard et qu’à trois autres reprises, on me traduirait en commission des conflits pour ne pas savoir su retenir mes écrits !
J’avais vite appris à ne jamais renoncer et à ferrailler sur des convictions pour tenter de convaincre. Je n’avais aucune ambition personnelle de notabilité et il faudra 20 ans de ilitantisme avant d’entrer dans une fonction élective exécutive.
J’avais le sentiment que le parler-vrai, le respect des engagements pouvaient constituer la base d’une vie militante comme je l’avais appris au SNI. J’avais rencontré localement des gens reflétant une société désireuse d’espérer : cheminots, chauffeurs, fonctionnaires, ouvriers, enseignants, employés, cadres, techniciens… J’avais investi dans le monde associatif et vécu ce passage vers le politique comme logique et indispensable. J’avais confiance dans l’avenir et localement je n’ai d’ailleurs jamais perdu une élection sur mon nom atteignant même 82 % des exprimés aux cantonales.
J’ai souvent détourné le regard. J’ai parfois soutenu l’insoutenable. J’ai contenu mes révoltes. J’ai peiné à justifier des décisions prises par d’autres. J’ai payé cher le caractère atypique de mes positions. J’ai évité les combats qui ne me convenaient pas. J’ai dit tout haut ce que d’autres n’osaient même pas confier tout bas. J’ai eu un bonheur immense à voir triompher mes idées. Je me suis constitué un patrimoine fabuleux d’ami(e)s et de camarades. J’ai été fier et heureux d’être socialiste…
Depuis ce jour je tire un trait sur ces 40 ans jamais interrompus de mon fait. Je me retire pour me contenter de soutenir les proches qui me font encore confiance dans le quotidien. Je ne supporte plus cette course nationale absurde aux populisme facile au non de la rentabilité électorale. J’abandonne le champ de bataille. Je choisis d’être indépendant et ne plus avoir de comptes à rendre personne.
Petit-fils et fils d’immigrés je ne supporte pas que l’on mette en cause un tant soit peu le droit du sol sans lequel ma famille m’aurait jamais pu construire ce que je suis devenu, sans lequel je ne serais jamais…socialiste. Tant que cette proposition émanant d’un Président et d’un gouvernement se réclamant d’idées humanistes ne sera pas rapportée je suspends mes 40 ans d’appartenance au PS. Et si cette mesure est adoptée, ce serait la fin du chemin pour moi et j’en tirerai les conséquences. Je sais que ça ne bouleversera pas les équilibres politiques girondins et que personne à Paris ne s’en émouvra mais au moins, je me regarderai dans la glace en me rasant.