Lorsque l’on évoque dans les débats autour de la réforme constitutionnelle le danger possible qu’elle porte en elle d’une utilisation ultérieure malveillante est rétorqué car ça relèverait du fantasme. Impossible dit-on « qu’une majorité s’attribue via un(e) Président(e) des pouvoirs contraires au fonctionnement normal d’une République ». En plus explique-t-on « nous sommes dans une Europe qui veille sur le respect des règles élémentaires de la démocratie ». Or chaque jour ou presque il faut bien constater que les événements dans un pays ou un autre ne donnent plus aucune garantie en matière de préservation de ces valeurs. Les systèmes populistes ou réactionnaires s’empressent de s’installer durablement au pouvoir en bafouant les principes qui leur ont permis d’y parvenir. Les dégâts s’accumulent et la Commission européenne se contente de se réunir pour les constater !
Crise des réfugiés, remise en cause de l’espace Schengen, relations tendues avec la Russie, référendum néerlandais sur l’accord d’association avec l’Ukraine, risque de sortie de l’UE du Royaume-Uni, avenir de l’euro, déchéance de la nationalité, montée inexorable du racisme accepté, montée des extrémismes de tous ordres (économique, religieux, politiques)  : les lignes de fractures ne manquent pas au sein de l’UE. Or une nouvelle zone de tensions émerge, du côté de la Pologne cette fois à tel point les commissaires européens ont décidé d’activer le mécanisme de surveillance du respect de l’état de droit. Une première dans l’histoire de l’Union !
Les ultra-conservateurs de Droit et Justice (PiS) ont en effet remporté les élections législatives à la proportionnelle  avec seulement 37,5 % des voix. Grâce à leur majorité absolue à la Diète, ils ont fait passer deux réformes que ne renierait pas une majorité éventuelle de la Droite dure venant en appoint du FN. L’une menacerait l’indépendance des médias publics, l’autre neutraliserait le Tribunal constitutionnel.
Le gouvernement n’a pas hésité à limoger les directions des télévisions et des radios publiques. Ils sont maintenant désignés par le ministre du Trésor (Ministère des finances) et donc il est fort probable que le choix ne sera pas effectué sur des critères d’indépendance ! On va vers une prise en mains directe de la liberté de la presse alors que justement la Pologne se classe au 19° rang des 180 pays évalués sur ce secteur capital de la démocratie (La France n’étant que 29°). La concerne donc le fonctionnement du Tribunal constitutionnel, la plus haute juridiction du pays. Désormais, une décision du Tribunal sur des textes importants nécessite une majorité qualifiée de treize juges sur quinze. Il en fallait neuf sur quinze auparavant. Cette réforme a été combattue par ce qu’il reste de la Gauche progressiste au Parlement et des manifestations régulières ont été organisées mais en pure perte. La Constitution sera donc « adaptable » au gré des volontés de ces gens proches dans leurs convictions et leur programme de notre extrême-droite et qui bénéficie du soutien fort de la frange extrémiste de l’église.
On l’a vu en matière d’accueil des réfugiés et ce ne sont pas les derniers faits intervenus en Allemagne ou ailleurs qui vont changer une approche réellement xénophobe des pays d’Europe centrale. Orban en Hongrie avait déjà amorcé ce type de réformes avant de légèrement reculer.
Au Danemark les députés ont ainsi commencé à débattre, du « projet de loi le plus mal compris de l’histoire » du pays, comme a pleurniché le premier ministre, le libéral Lars Lokke Rasmussen. Le texte, fait partie d’une réforme plus vaste de l’accueil des demandeurs d’asile. Il a donné lieu à de sinistres comparaisons lors de sa présentation. Il s’agit en effet de contraindre la police à « saisir des biens que les demandeurs d’asile apportent avec eux afin de couvrir leurs besoins en alimentation et en hébergement ». Ce texte a alors valu aux Danois un rappel des méthodes nazies de spoliation des biens des Juifs, par le quotidien américain Washington Post. On peut si l’on suit ce raisonnement leur couper les cheveux ou leur arracher les dents en or pour les revendre ! L’opinion publique approuve comme partout ! Le texte prévoit que les réfugiés accueillis conserverait une somme maximale d’environ 400 € maximum, ainsi que des bijoux « chargés d’une valeur affective ».
La Commission européenne incapable de gérer autre chose que des testes réglementaires, des mesures coercitives, des contrôles tatillons laisse courir les prémices d’un triste retour en arrière. Elle a écrit à deux reprises à Varsovie. Une initiative qui a mis hors de lui le chef de la diplomatie polonaise qui a dénoncé « des pressions sur un État souverain » et le porte-parole du gouvernement polonais a pour sa part relativisé la portée de cette en déclarant qu’aucune décision n’avait été prise qui puisse avoir un impact négatif sur les relations entre la Pologne et l’Union européenne. On a drôlement peur en Pologne…
Mais en France ça n’arrivera jamais…car nous ce n’est pas demain que la Droite réactionnaire reviendra au pouvoir au pays des Droits de l’Homme !