Lorsque la création des grandes régions a été annoncée et formalisée j’ai dans Roue Libre à plusieurs reprises dénoncé les dangers de cette réforme qui conduirait tôt ou trad à une balkanisation de la République pourtant prétendue « une et indivisible ». Et je maintiens mon modeste avis. Le gouvernement a réussi à éviter un désastre en faisant retirer les listes PS en PCA et surtout en Nord-Pas de Calais-Picardie mais les problèmes ne font tout de même que commencer. Avec leurs millions d’habitants, leurs vastes territoires, leurs budgets conséquents et surtout des compétences décentralisées importantes les nouvelles « provinces » vont constituer un lourd handicap pour les politiques nationales. En une seule journée on a pu en mesurer l’impact de ce qui attend l’Etat dans les prochains mois. Aucune synergie n’existera entre les mesures nationales et celles qui pourront être décidées sur le terrain et rien ne contraindra les Président(e)s de l’opposition d’adhérer à des décisions qu’ils ne voudront pas mettre en œuvre. Et ils ont désormais les moyens d’afficher leurs propres choix politiques et même faire dans un certain sens « sécession » vis à vis d’un pouvoir centralisé mal en point car privé de moyens financiers.
Ainsi ce matin à Matignon ont été reçus les élus corses qui venaient rendre visite au Premier Ministre « d’un pays ami »… Ils savaient que ce dernier avait le 23 décembre, fait des déclarations fracassantes refusant toutes les revendications des partis autonomistes arrivés démocratiquement au pouvoir. Selon Jean-Guy Talamoni, « la France donne des leçons de droits de l’homme au monde entier et c’est vrai qu’elle a œuvré pour les droits de l’homme à une certaine époque ». Et maintenant ? « Feindre de ne pas savoir que la Corse a été un Etat indépendant au XVIIIe siècle, qu’il y a un peuple corse qui est une réalité objective, je crois que c’est tourner le dos à l’évidence » avait ajouté celui qui se présente comme le vrai leader d’un peuple revendiquant sa mangue, sa nationalité et la libération de prisonniers politiques : « Nous avons réaffirmé, en ce qui nous concerne, le bien-fondé de celles-ci, notamment en ce qui concerne la co-officialité de la langue corse, la question du statut de résident, la question des prisonniers et celles du transfert de la compétence fiscale », a ainsi déclaré Gilles Simeoni en sortant de près de deux heures d’entretien à Matignon. Et alors que tout avait été balayé d’un revers de main par Manuel Valls, les visiteurs insulaires sont repartis avec… 3 groupes de travail ! C’est ainsi officiel : sur de sujets hors de ses compétences une « région » peut obtenir des négociations avec l’Etat ! Que serait-il arrivé si par exemple Marine Le Pen et Marion Maréchal Le Pen avaient été élues ? Qui les auraient empêchées de défier le gouvernement ? Qui peut affirmer qu’elles n’auraient pas enfreint ou détourné au nom de la libre gestion des collectivités territoriales les règles républicaines essentielles ? Va-t-on instituer un statut de bi-nationalité pour les Corses ?
En fait le Président de la République lui-même a eu l’effet boomerang de sa réforme régionale en déclinant son plan contre le chômage. « L’Etat dégagera un milliard d’euros pour mobiliser tous les acteurs », a précisé François Hollande. Certains soulignent pourtant que le coût en sera bien plus important. Concernant les 500 000 formations, elles coûtent 4 000 à 5 000 euros en moyenne par personne. « Un effort supplémentaire de 400 000 stages représente donc, sur le papier, un coût de 2 milliards d’euros » qui ne pourra pas être mis en œuvre sans les partenaires titulaires de la compétence que sont les régions dont la majorité est présidée par ses adversaires politiques. La note devra en effet être divisée entre les différents payeurs de la formation des chômeurs, à savoir les régions, Pôle emploi et les fonds paritaires qui coûte déjà chaque année à la nation quelque 4,5 milliards d’euros, dont 2,6 financés par Pôle emploi ».
Que feront par exemple Xavier Bertrand, Christian Estrosi, Hervé Morin et consorts au moment de voter des budgets contraints puisque sans marge possible venant d’une fiscalité absente. Le versement de 50 % de la CVAE n’interviendra qu’en 2017 pour la reprise des compétences départementales sur l’économie et les transports. Le Président de PACA a donc vite réagi : « La formation est une compétence exclusive des régions alors que nos dotations baissent. Le gouvernement veut que nous cofinancions son inversion artificielle de la courbe chômage ». Attendons la suite. Xavier Bertrand a décidé de tracer sa propre route et prévoit une enveloppe de 40 millons d’euros. Suffisant ? L’aide revenant à 200 euros par mois et par emploi, elle pourrait plutôt coûter 60 millions d’euros…. qu’il va falloir trouver au détriment d’autres dépenses. Et il en sera ainsi dans chaque région qu’elle que soit sa couleur politique. Aucune réponse identique et surtout aucune obligation de suivre le gouvernement faute de moyens financiers. La France mobilisée contre le chômage va y répondre dans une cacophonie fabuleuse. Mais l’essentiel est là : on a fait croire que les grandes régions économiseront des deniers publics…