« Je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire », avait lancé François Hollande lors de son premier meeting de campagne au Bourget. « Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti. Il ne présentera jamais sa candidature. Il ne sera pas élu. Et pourtant, il gouverne », avait ajouté le candidat socialiste à l’élection présidentielle. « Mon adversaire, c’est le monde de la finance », avait clamé François Hollande. « En 20 ans, la finance a pris le contrôle de nos vies. En une fraction de secondes, il est désormais possible de déplacer des sommes astronomiques, de faire tomber les banques. Les G20 se sont succédé sans résultat tangibles. En Europe, seize réunions de la dernière chance n’ont jamais rien donné. Les banques, sauvées par les Etats mangent la main de ceux qui les ont nourri. Ainsi la finance s’est affranchie de toute règle, de toute morale, de tout contrôle », avait-il ajouté. Et une majorité de gens de gauche l’ont entendu, approuvé et soutenu allant jusqu’à lui accorder leur confiance. Inutile de préciser que depuis 2012 il a coulé des milliards et des milliards de dollars ou d’euros sous les ponts d’or du monde du profit et que ce type de menace ne leur fait ni chaud, ni froid.
Il n’y a qu’un seul pays au monde qui à ce jour ait mis ce type de déclaration à exécution c’est la courageuse Islande. La crise islandaise avait été la conséquence directe de la politique d’endettement et du gonflement des bilans des principales banques locales, durant les années 2000, à des niveaux dépassant plusieurs fois le PIB de l’Islande. Ce boom bancaire, qui avait soutenu artificiellement la croissance durant une dizaine d’années, place le pays au bord de la faillite après la défaillance des banques locales. La crise financière de 2008 en Islande affecte le système économique et bancaire depuis octobre 2008, dans le contexte de la crise économique mondiale. Pour prévenir l’effondrement du système bancaire islandais, les trois principales banques du pays (Glitnir, Landsbanki et Kaupþing) avait été nationalisées. Toutefois, l’endettement du pays est très élevé et le remboursement de la dette 2009 (3,8 milliards de dollars), soit 12 000 € par habitant, a créé une grave crise politique et sociale. La perfusion du FMI semble insuffisante à résoudre cette crise. La fronde populaire pour ne pas rembourser la dette a pris de l’ampleur. L’embarras politique fut total. Les créanciers (Royaume-Uni et Pays-Bas) exigeaient le remboursement. Le dernier accord prévoyait que l’Islande puisse étaler ses remboursements de 3,9 milliards d’euros entre juillet 2016 et au maximum 2046, à un taux d’intérêt de 3 % pour le 1,3 milliard d’euros dû à la Haye et de 3,3 % pour le reste, dû à Londres. Le président islandais a mis son veto et à la différence des autres pays heurtés par la crise, l’Islande a donc laissé ses banques faire faillite, ne préservant que les comptes des ménages résidents. Les étrangers qui avaient placé leur argent dans les banques du pays ont tout perdu lorsque ces banques ont fait faillite. Ailleurs, dans le reste de l’Europe, de nombreuses banques ont été nationalisées car il n’était pas concevable qu’elles puissent faire faillite. Le pays a également imposé des contrôles de capitaux. Par conséquent, les Islandais ne pouvaient plus investir ou placer librement leur argent à l’étranger, ce qui était, selon de nombreux économistes, contraire aux règles du marché libre. De plus, le pays n’est pas intervenu pour empêcher la dévaluation de la couronne islandaise, et il a toléré l’inflation. Celle-ci a provoqué une hausse des prix domestiques, mais elle a aussi eu pour effet de stimuler les exportations. Les pays de la zone euro ne pourraient tolérer une telle dévaluation ; celle-ci renchérirait les dettes nationales des différents Etats-membres. Le plan semble avoir fonctionné. La dette nationale de l’année dernière ne représentait que 82% du PIB du pays, comparativement à 95% il y a quatre ans. À la fin de cette décennie, la dette devrait même continuer à baisser pour atteindre 54% du PIB. Le chômage a également baissé de façon spectaculaire, et actuellement, le taux de chômage s’établit à 1,9%, contre près de 8% en 2009. En outre, l’Islande a fait condamner les administrateurs de Kaupthing, l’une des principales banques de la nation, non seulement à des amendes, mais à des peines de prison allant de quatre à cinq ans. 
Il faut espérer que lors de son passage en Argentine le tueur putatif du monde de la finance se renseignera sur un nouvelle épisode de ce combat. Le gouvernement argentin a en effet conclu un accord avec cinq nouveaux fonds créditeurs auxquels il a accepté de verser 250 millions de dollars plus 185 millions d’euros. Cet accord s’inscrit dans le cadre de la proposition présentée au début du mois par le nouveau gouvernement de centre-droit argentin de rembourser 6,5 milliards de dollars sur les 9 milliards que détiennent actuellement des fonds « prédateurs », également appelés « fonds vautours », qui avaient racheté à bas prix des titres de dette argentins après le défaut du pays sur sa dette en 2001. Certes ce n’est qu’une « petite » victoire de 2,5 milliards mais au moins il y a eu combat…