Les agriculteurs, les producteurs de tous bords peuvent vociférer, casser, agresser et s’en prendre au gouvernement qui ne les protégeraient pas suffisamment de la « concurrence libre et non faussée »… rien ne pourra être fait pour les sauver. Le 29 mai 2005, comme c’est bizarre, ne semble rien dire à peu d’entre eux à part quelques nostalgiques des décisions prises par un peuple réputé souverain dont je suis. Ces manifestants décidés, malheureux, agressifs se souviennent-ils quel bulletin ils ont déposé dans l’urne en ce jour de référendum sur le traité européen ? Ce sont-ils opposés avec force à son adoption par la France ? Ont-ils été aux cotés des politiques qui soulignaient alors les effets pervers assurés du principe constitutionnalisé de la « concurrence libre et non faussée » sur la zone euro ? Ont-il réclamé un rôle accru pour le Parlement européen face à la Commission technocratique et totalement acquise au libéralisme débridé ? Ont-ils condamné les parlementaires de droite et malheureusement du PS qui avaient voté pour inverser le vote pourtant nettement acquis à 54,67 % pour le non ?
Qui a conservé la trace dans sa mémoire des positions prises par un certain Jack Lang qui était de ceux qui ont « poignardé dans le dos » un peuple ignare, obtus et inconscient ne sachant pas voir son intérêt dans un texte abscons et tourné vers le seul profit sous toutes ses formes. Lui qui était député dans le même couloir que celui qu’occupait alors Martine Faure, députée de la Gironde dont je suis le suppléant et qui faisait 2 ou 3 apparitions par an, ne se souvenant même plus où était son bureau avait voté le texte de modification de la Constitution avec un certain Manuel Valls ! Savoureux ou pathétique ? Se souviennent-ils ces agriculteurs que c’est Nicolas Sarkozy qui avait finalement réussi à imposer à la population française le traité de Lisbonne, avec l’aide de 32 sénateurs et députés du Parti socialiste.
Les élites dirigeantes françaises et européennes craignaient en ce printemps 2006 que le peuple, opposée au démantèlement par Sarkozy de l’Etat providence et aux attaques sur son niveau de vie et ses droits démocratiques, fasse une fois de plus capoter leurs projets. En permettant à Sarkozy d’imposer le traité de Lisbonne, une cohorte du PS a, dans les faits donné son aval au gouvernement pour que ce dernier mette en place son vaste programme de « réformes. ».
A Versailles, le PS était finalement divisé en trois. 32 sénateurs et députés PS avaient voté pour la modification de la Constitution française défendue par Sarkozy ;, 121 avaient voté contre et 143 s’étaient abstenus. On va revivre le même scénario sur la déchéance ? Ce vote a permis à Sarkozy d’obtenir la majorité aux trois cinquièmes requise, il permettra peut-être à Valls d’obtenir le renvoi d’ascenseur. Si tous les représentants du peuple avaient voté contre, le processus s’en serait trouvé bloqué et cela aurait certes provoqué une crise pour le gouvernement mais cela aurait pu créer les conditions de l’émergence d’un nouveau mouvement de la classe ouvrière contre la politique libérale ce que réclame désormais tous les secteurs économiques en difficulté. Le « coup de poignard » était là !
De réunion en réunion j’étais allé expliquer partout où on voulait bien écouter que le Traité contenait les germes de la décadence européenne et le déclin de pans entiers des secteurs clés de l’économie française : services publics, agriculture, vie associative notamment. Que disaient-on en tant qu’adversaires du Traité? La difficulté de faire évoluer à l’avenir, un texte qualifié de « constitution » et soumis comme les autres traités à une condition d’unanimité pour sa révision » constituait un danger grave. Que se passe-t-il actuellement quand le gouvernement français va à Bruxelles plaider la cause de ses producteurs agricoles  Ne sont-ils pas des victimes parmi tant d’autres de l’inscription « dans le marbre » de choix politiques et économiques, comme le «  libéralisme économique » n’ayant rien à faire dans un texte constitutionnel ?. Le « marché libre » et la « concurrence libre et non faussée » réaffirmés dans ce texte prenaient une valeur politique, juridique et symbolique plus forte, figeant les politiques économiques et rendant impossible leur éventuel retrait des objectifs de l’Union. L’emploi fréquent du terme « consommateurs » plutôt que du mot « citoyens » confirmait cette orientation et donc les producteurs payent plein pot ces règles dangereuses que le coup de poignard de Lang, Valls et consorts parmi beaucoup d’autres qui crient maintenant au scandale a figées.
La question des services publics avait fait l’objet d’un débat terminologique (« services publics » ou « services d’intérêt général » ou « services d’intérêt économique général ») ainsi que d’interprétations radicalement opposées. J’ai toujours dénoncé comme un danger pour les services publics français et pour les associations loi 1901, pour la coopération, pour l’économie sociale et solidaire ces classifications qui les conduiraient à la ruine !
Maintenant les producteurs ont le nez dans le lisier ou le lait caillé en surplus mais comme l’Europe a verrouillé le système, à cadenassé les principes du libéralisme triomphant, a interdit toute adaptation.. au détriment de l’humain, de la petite entreprise ou de l’action de proximité, on est dans une impasse douloureuse. Mais comme la mémoire politique a disparu on reporte sur le présent… les responsabilités des choix effectués dans le passé !

(1) Socialistes ayant voté pour la concurrence libre et non faussée : MM. Dominique Baert, Christophe Caresche, Paul Giacobbi, Mme Annick Girardin, MM. Armand Jung, Jack Lang, Michel Lefait, Mme Annick Lepetit, MM. Albert Likuvalu, Victorin Lurel, Mmes Jeanny Marc, Dominique Orliac, Sylvia Pinel, MM. Philippe Tourtelier, Manuel Valls, André Vézinhet et Jean‑Claude Viollet.