Nous risquons nous-aussi d'être "trumpés"…

Il va falloir singulièrement s’intéresser au phénomène Trump car son succès laisse augurer des lendemains qui déchantent pour nos propres démocraties. Croire qu’une telle candidature est impossible en France, pays dans lequel la politique est de plus en plus discréditée relève de la naïveté la plus grande. Face à une situation désastreuse de la citoyenneté et une montée fulgurante du populisme il est impératif de se poser une seule question : qui sera le Trump français ? Il est là parmi nous et surgira comme l’a fait un Tapie dans les années 80. Il sera plus outrancier, plus provocateur, plus approximatif et surfera sur le dégoût des gens pour un système auquel ils rendront le mépris qu’il leur témoigne. Porté par les médias avides de sensationnel et surtout par une fortune personnelle suffisante il va conquérir l’opinion dominante avec une étonnante facilité. Le nôtre s’appellera Dupont ou Duchmol mais il n’aura pas d’autres idées que celles du dingue américain dont on annonce la victoire aux primaires… républicaines. En fait nous prenons le même chemin puisque tout le monde s’extasie dans l’Hexagone sur cette pré-campagne officielle qui doit départager des candidat(e)s putatifs à la fonction suprême.
Pour ma part je n’ai jamais été partisan de cette course à la désignation car elle renforce l’iniquité liée aux moyens financiers dont disposent les participants ainsi qu’aux appuis médiatiques dont ils bénéficient. La France plonge dans ce système avec délectation car il permet d’entretenir de longues polémiques entre des personnalités déjà connues et reconnues du grand public. On a droit à des meetings, des débats, des confrontations qui sont réputés cesser le jour où le vainqueur est désigné. Les « primaires » marginalise les militant(e)s qui parfois depuis de longues années donnent de leur temps et de leur argent pour participer à ces moments démocratiques que sont les élections institutionnelles. Résultat : tout le monde quitte les partis devenus inutiles puisque le pouvoir de décision sera donnée à des « supporteurs » éphémères. Donald Trump apporte par ses résultats la preuve de la fracture entre « establishment » et couches réputées populaires. Son ascension fulgurante est en passe de détruire la dualité politique américaine.
Comme pour le clan Le Pen ses adversaires ont tenté d’attaquer le milliardaire sur son incapacité à proposer, en sous-entendant que son programme était inexistant. Il est vrai qu’il se contente d’afficher ses idées sur cinq thématiques : l’immigration, les impôts, les armes à feu, le département des Anciens combattants et les relations commerciales avec la Chine. Rien d’autre : le vide sidéral . On pourrait exactement reprendre mêmes thèmes adaptés en France et les développer hors des canaux habituels à condition d’avoir les moyens de le faire. Les sujets essentiels ont disparu du paysage américain comme ils sont en passe de s’estomper dans notre pays. Plus question de valeurs, de principes mais de discours simplistes avec des provocations incessantes destinées à révéler aux présent(e)s ce qu’ils n’osent pas dire ! Ils se moquent du reste !
Quand certains parlent chez nous de barbelés ou de fermeture des frontières Trump va plus loin en annonçant son intention de construire un mur tout le long de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique pour mettre fin à l’immigration clandestine« Le Mexique nous envoie des gens qui ont beaucoup de problèmes, expliquait alors Donald Trump. Ils ramènent de la drogue, du crime, ils envoient leurs violeurs. » Pas de nuance : remplacez le Mexique par la Grèce, les migrants, les réfugiés et vous avez les mêmes propos et surtout le même impact ! Il ajoute la fin du droit du sol, bien qu’aux USA toute personne née ou naturalisée aux Etats-Unis, et soumise à leur juridiction, est citoyen des Etats-Unis et de l’Etat selon la Constitution. Il fait de la déchéance de nationalité un principe ! C’est illégal mais comme « ça ne mange pas de pain » il se sert de cette mesure comme d’appât au racisme et à l’intolérance ethnique.
En matière de politique étrangère, Donald Trump veut jouer les durs. Sous son mandat, « l’armée américaine sera si puissante que je ne pense pas que nous aurons besoin de l’utiliser », assure-t-il : « Personne ne viendra nous chercher. » Pour lutter contre le groupe Etat islamique, le milliardaire compte couper les ressources des jihadistes en faisant « exploser » les installations pétrolières de la région. Après ça, « il n’y aura plus rien », promet le candidat, et les compagnies pétrolières américaines pourront se rendre sur place et reconstruire. Facile à clamer sur une estrade mais difficilement réalisable! Peu importe !
Trump promet de simplifier le Code des impôts. Opérer un gros coup de rabot pour les sociétés, qui se verraient au maximum taxées à 15%, contre 35% aujourd’hui. Limiter le taux maximal d’imposition à 25% pour les plus riches. Et supprimer purement et simplement l’impôt sur le revenu pour les individus qui gagnent moins de 25 000 dollars par an – un peu moins de 23 000 euros. Promettre des coupes dans les impôts sans indiquer quels sont les pans de la vie collective solidaire qui sont abandonnés est d’une banalité désarmante.
Sauf que pour équilibrer les comptes il taille dans les crédits de l’Agence de protection de l’environnement (pas d’état d’âme et il laisse les Etats gérer l’éducation et donc la transférer de fait au privé –autant de dépenses en moins pour l’Etat fédéral. Comme il ajoute qu’il veut la plus puissante armée au monde, qu’il souhaite renforcer la concurrence entre les assurances de santé, qu’il supprimera toutes les formes de solidarité on assiste à un déluge de promesses toutes plus démagogiques les unes que les autres… reposant sur le veau d’or de la croissance à 6 % par an !
Plus on le critique, on l’attaque, plus on le ridiculise et plus il apparait comme étant un candidat hors système et donc sincère car dénonçant ce que personne n’ose dénoncer. Ca ne vous rappelle rien ?

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